Annexions russes: la carte du vote des États à l’ONU (et ce que cela veut dire)

Les pays membres de l'ONU ont condamné les annexions russes en Ukraine à une large majorité, avec des bémols notables.

Assemblée générale de l'ONU
L’Assemblée générale de l’ONU lors du vote sur les annexions russes en Ukraine, le 12 octobre 2022 à New York ©BelgaImage

Ce 12 octobre, l’Assemblée générale de l’ONU a livré un "message clair" envers la Russie, d’après les USA. Au total, 143 membres sur 193 ont voté pour condamner les "annexions illégales" en Ukraine revendiquées par Moscou. Un résultat qui a déjoué les craintes de voir les Nations Unies divisées sur le sujet. Les États soutenant le Kremlin se comptent sur les doigts de la main et les absentions ne représentent qu’une minorité. Voici la carte pour avoir une vue d’ensemble des votes, représentant les pays pour ou contre la condamnation des actes russes, et ceux qui se sont abstenus.

Une victoire du camp opposé au Kremlin

Les parrains du texte, l’Union européenne et l’Ukraine, peuvent se réjouir: ils avaient pour but de rassembler entre 100 et 141 voix. Finalement, ils ont légèrement surpassé leur objectif. Avec 143 voix, le vote contre la Russie a été encore plus massif que lors de la condamnation de l’annexion de la Crimée à l’ONU (qui avait rassemblé 100 votes en 2014). Idem comparé à la condamnation de l’invasion russe en Ukraine (141 États en mars dernier). Un nombre suffisant pour affirmer que la communauté internationale soutient encore massivement Kiev. Cela entame également la rhétorique du Kremlin qui affirme que l’Occident serait seule contre elle.

Ici, la carte montre qu’une large partie du monde s’oppose à Moscou. Au-delà des pays occidentaux, on trouve ainsi une grande majorité des États d’Amérique latine. Plus important encore: le Moyen-Orient et l’Afrique ont en bonne partie voté contre la Russie. Un revers pour le Kremlin quand on sait qu’il tente d’imposer sa présence dans ces régions. Tous les pays du Golfe ont par exemple condamné les annexions russes, malgré la visite de Vladimir Poutine dans la région cette semaine.

Les soutiens de Moscou

À l’inverse, les États qui soutiennent explicitement Moscou sont presque anecdotiques. À part la Russie elle-même, les seuls régimes qui ont voté en sa faveur sont qualifiés de dictatoriaux selon l’index de démocratie du groupe de presse britannique "The Economist Group". On y trouve ses deux obligés, la Biélorussie et la Syrie, qui dépendent l’un comme l’autre directement du Kremlin. Minsk est bloquée par son union vitale avec Vladimir Poutine, la Biélorussie projetant de créer potentiellement une alliance de type confédérale. Quant à Damas, le régime de Bachar el-Assad doit en bonne partie sa survie à l’aide reçue depuis son allié russe.

À lire: L’Assemblée générale de l’ONU condamne les  " annexions illégales  " en Ukraine par la Russie

À part cela, il ne reste que la Corée du Nord et le Nicaragua. a forgé des liens rapprochés avec Moscou, un des seuls États qui accepte de parler avec la dictature de Kim Jong-un, sans oublier le fait que la Russie est un des rares pays voisins de la Corée du Nord. Quant au Nicaragua, le président Daniel Ortega continue ici son isolement de la scène internationale. Depuis plusieurs semaines, Managua expulse des diplomates occidentaux et rompt ses relations diplomatiques avec certains d’entre eux, comme les Pays-Bas, qualifiés de "néo-impérialistes" et "néocoloniaux". En septembre, la version espagnole de CNN a été coupée lorsque la chaîne diffusait le discours du président ukrainien aux Nations Unies. Depuis un an, plus de trente médias ont été fermés par les autorités nicaraguayennes.

Les abstentionnistes

Reste les États qui se sont abstenus. On trouve ici de nombreux États de l’ancien bloc soviétique toujours étroitement liés à Moscou, notamment en Asie centrale. Pareil pour l’Arménie, qui compte beaucoup sur le soutien de Moscou dans le cadre de son conflit avec l’Azerbaïdjan. Plusieurs États asiatiques bénéficiant des livraisons énergétiques de la Russie se sont également abstenus, comme l’Inde et la Chine. En Amérique latine, seuls le Honduras, Cuba et la Bolivie ont fait de même.

Les votes les plus marquants viennent d’Afrique, où le nombre d’abstention n’est pas négligeable. Faut-il y voir le résultat des efforts russes à s’implanter sur ce continent? Cela fait en tout cas plusieurs années que la Russie est accusée d’y mener des opérations de désinformation en vue de réduire l’influence occidentale dans les anciennes colonies. C’est notamment le cas du Mali, dont le régime est de plus en plus favorable à Moscou.

À noter que quelques États n’ont pas voté au cours de la réunion d’hier à l’ONU. On y trouve notamment l’Iran, un pays connu pour ses liens tissés avec Moscou (comme avec la vente de matériel militaire) et le Turkménistan, ancien pays du bloc soviétique.

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