TotalEnergies : les salariés sont-ils vraiment trop payés pour pouvoir faire grève ?

Peut-on faire grève lorsque l'on gagne 5.000 euros ? C'est le doute que veut semer TotalEnergies. Mais la réponse est bien plus nuancée que cela.

Grévistes
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La tension est à son comble en France. Le bras de fer engagé entre TotalEnergies et ses travailleurs actifs dans les raffineries se poursuit alors que les carburants viennent à manquer dans les stations-service. Malgré les conséquences désastreuses que cela engendre, les deux parties restent inflexibles. Pire, tous les coups semblent à présent permis pour tenter de renverser l’opinion publique.

Par voie de communiqué, la société pétrolière n’a pas hésité à lancer dans la cage aux lions le montant du salaire moyen d’un opérateur interne. "La rémunération mensuelle moyenne d’un opérateur de raffinerie de TotalEnergies en France en 2022 est de 5 000 euros brut par mois, Intéressement Participation compris [4 300 euros par mois hors intéressement]" La question se pose : est-il décent de se croiser les bras pour réclamer une hausse salariale lorsque l’on empoche de telles sommes ? Est-ce décent alors que cela empêche des milliers de Français de se rendre au travail ?

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La méthode de dénigrement de TotalEnergies qui veut retourner l’opinion publique contre les grévistes agace en tout cas de nombreux commentateurs.

Les syndicats répondent avec d’autres données. D’autres chiffres bien plus tempérés. C’est ainsi que la CGT évoque des salaires à peine supérieurs à 2000 euros par mois. Selon Emmanuel Lépine, secrétaire générale CGT de la Fédération nationale des industries chimiques (FNIC), les rémunérations les plus hautes atteignent 3.000 euros pour les postes à hautes et très hautes qualifications.

Pour appuyer leurs propos, la CGT a rapidement diffusé sur les réseaux sociaux des fiches de paye des travailleurs.

Alors qui croire dans cette guerre des chiffres ? En réalité personne ne semble user de mensonges, mais tous glissent la poussière qui les intéresse sous le tapis. Si le syndicat se basent sur le salaire à l’embauche, TotalEnergies recourt au salaire moyen. Mais dans les deux cas, cela manque de nuances. TotalEnergies ne donne aucun éventail permettant de comprendre l’étalonnage de cette moyenne dans la masse. Certaines très hautes fonctions, très bien rémunérées, redresseraient cette moyenne. De l’autre côté, les syndicats se gardent bien de prendre l’ensemble des avantages et des primes que peuvent percevoir ces travailleurs.

Des chiffres en pagaille

Le quotidien Libération remarque : "Les salariés perçoivent aussi 1 % en plus par année d’ancienneté jusqu’à 20 ans et sont payés sur 13,77 mois versés en quatre fois. A cela s’ajoutent 500 euros mensuels de prime de quart, liés au rythme en 3/8, c‘est-à-dire sur un rythme de travail organisé sur 24 heures avec trois équipes qui se relaient toutes les huit heures. La prime de quart, élément essentiel de la rémunération, compense la pénibilité du rythme imposé sur ce type de poste. Elle est de 18 % pour les salariés en 3/8 et de 8 % pour ceux en 2/8. "

Ces chiffres en pagaille n’auront en aucun cas permis de remettre toutes les parties autour de la table. Chacun campe sur ses positions et la situation devient particulièrement critique dans l’Hexagone.

Pour rappel, les salariés de TotalEnergies réclament depuis des semaines une renégociation à la hausse des salaires. Ils réclament une hausse de 7% pour combler l’inflation ainsi qu’une majoration de 3% pour le " partage des richesses ", puisque dans cette crise, l’entreprise pétrolière dégage d’énormes bénéficies : 10,6 milliards de dollars au premier semestre de 2022.  De son coté, la société se retranche derrière l’augmentation moyenne de 3,5% attribuée en 2022. Elle veut attendre la séance de négociations prévue le 15 novembre prochain concernant le salaire de ses employés.

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