Les nouveaux visages de la révolte iranienne: Nika Shakarami, Shervin, etc.

À la suite de Mahsa Amini, d'autres personnes sont devenues de véritables symboles de la révolte iranienne, parfois après une mort brutale.

Nika Shakarami
Photo représentant Nika Shakarami ©Capture d’écran Twitter

Mi-septembre, la société iranienne commence sa rébellion contre les autorités suite au décès de Mahsa Amini, une fille arrêtée peu avant par la police qui l’accusait d’avoir mal porté son voile. Depuis, 154 personnes sont mortes suite à la répression des manifestations par l’État, selon l’ONG Iran Human Rights. Mais cette semaine, le décès d’une jeune fille de 17 ans, Nika Shakarami, a tellement frappé l’opinion publique qu’elle est devenue à son tour un symbole. C’est également le cas d’autres personnes qui sont tour à tour devenues les visages de la révolte.

L’histoire tragique de Nika Shahkarami et de sa famille

Nika Shahkarami est morte dans des circonstances floues, en marge d’une manifestation qui protestait à Téhéran le 21 septembre dernier suite au décès de Mahsa Amini. Une vidéo la montre ce jour-là brûlant son hijab et chantant en public. Après sa participation à l’événement, sa famille n’a plus eu de nouvelles pendant huit jours. Ce n’est qu’après cette période qu’elle a été invitée par la police à reconnaître son corps (ou plutôt une partie de son visage, le reste n’ayant pas été montré), le 1er octobre plus précisément.

Les forces de l’ordre assurent ne pas être responsables de sa mort et plaide une mort due à une chute d’une grande hauteur. Ce n’est pourtant pas la thèse prônée par des sources anonymes de la BBC au sein des Gardiens de la révolution iraniens. Selon elles, l’adolescente aurait été détenue dans une prison d’Evin, dans la capitale iranienne.

La tragédie ne s’arrête pas là puisque la famille de Nika Shahkarami a été interdite d’organiser des funérailles. Ce sont les autorités qui ont enterré son corps, sans que les proches ne soient invités. A priori, le but était d’éviter de nouvelles manifestations. Pire: la tante a été arrêtée après avoir parlé de sa nièce et la famille a été forcée de dire sur une chaîne de télévision iranienne que Nika était morte accidentellement. "Les confessions obligatoires constituent une technique classique de la République islamique", précise à LCI Farid Vahid, directeur de l’observatoire du Moyen-Orient de la fondation Jean Jaurès. "On sait qu’ils ont reçu des menaces en disant que s’ils n’acceptaient pas la version du régime, d’autres membres de la famille pourraient avoir de sérieux problèmes". Iran Human Rights tient le régime iranien pour responsable de la mort de Nika et demande qu’une enquête internationale soit lancée.

Hadis Najafi et une vidéo virale… qui lui a été attribuée à tort

Une autre femme est devenue un des symboles des manifestations. Le 21 septembre, Hadis Najafi, 20 ans, a été tuée par plusieurs balles tirées par la police touchant sa tête, son cou et sa poitrine. La brutalité de sa mort a fait d’elle une martyre pour les protestataires qui ont fait d’elle un autre visage de leur révolte.

C’est alors que circule sur les réseaux sociaux une vidéo montrant une femme se nouant les cheveux avant de rejoindre les manifestants. Rapidement, elle devient virale et des médias commencent à affirmer que les images montrent Hadis Najafi. L’information est reprise à travers le monde… sauf qu’il ne s’agissait pas d’elle. La BBC a en effet contactée par cette femme qui confirme ne pas être Hadis Najafi, même si elle précide qu’elle se battra "pour tous les Mahsas et Hadises".

Il n’empêche que malgré l’imbroglio, plusieurs femmes ont commencé à se reproduire la vidéo, en se représentant de dos avant de rejoindre des manifestations. Un phénomène né d’un malentendu mais qui a bien pris racine.

Chanter pour la rébellion et risquer la prison 

Ces derniers jours, une autre histoire émeut l’Iran: celle de Shervin Hajipour. La semaine passée, il met en ligne une chanson, "Baraye". Dans cette chanson, il reprend les messages postés sur les réseaux sociaux par les protestataires afin de relayer leur colère. Très populaire dans son pays, l’artiste a vu son titre écouté près de 40 millions de fois en 48 heures, au point qu’il devienne un des hymnes représentant les manifestations, même à l’étranger.

Le 29 septembre, Shervin Hajipour est arrêté. Motif selon l’agence de presse ultra-conservatrice Tasnim: "avoir manifesté son soutien aux émeutiers et sa solidarité avec les ennemis en publiant la chanson sur les réseaux sociaux sans en obtenir l’autorisation". Ce n’est que ce mardi qu’il a été libéré tout en restant sous la menace d’une procédure judiciaire. La vidéo a été supprimée du compte de l’artiste, sous la contrainte selon ses proches, mais reste relayée à travers le web.

Il ne s’agit d’ailleurs pas de la seule chanson qui représente la révolte iranienne. Fin septembre, un internaute du nom de Gandom poste une vidéo montrant une jeune Iranienne, les cheveux à découvert. Le nom de cette dernière est inconnu mais son interprétation de "Bella Ciao" en farsi a ému beaucoup de personnes. En témoignent les trois millions de vues qui apparaissent au compteur.

De la Turquie à la France, des expatriés iraniens ont eux entonné "Bella Ciao". Cette reprise a même été réutilisée chez nous par le collectif de 50 artistes francophones qui ont coupé leurs cheveux en soutien aux manifestantes iraniennes. Il est impossible de savoir ce que cette femme qui apparaît dans la vidéo est devenue depuis au vu du peu d’informations connues sur elle.

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