Suisse: un col apparaît pour la première fois depuis 2000 ans à cause de la fonte des glaces

L'année 2022 se profile comme record pour la fonte des glaces qui ne cesse de s'accélérer ces dernières années.

Glacier suisse
©Belga

Cette langue de terre du col de Tsanfleuron n’avait plus été à l’air libre depuis plus de 2.000 ans et l’époque romaine. Un hiver sec et les vagues de chaleurs qui ont brûlé l’Europe cet été ont eu raison de la glace qui résistait encore.

Le col se trouve à la jonction du glacier de Tsanfleuron et de celui du Scex Rouge à un peu plus de 2.800 mètres d’altitude entre le canton de Vaud et celui du Valais dans le sud-ouest de la Suisse. Il se trouve sur le domaine skiable de Glacier 3000.

15 mètres de glace en 2021

Depuis quelques jours, une langue de terre est totalement à l’air libre, alors que, comme le rappelle Glacier 3000 dans un communiqué, " en 2021 des mesures avaient révélé une épaisseur de glace d’environ 15 mètres à cet endroit ". "L’été 2022, qui a suivi un hiver avare en précipitations, est en effet catastrophique pour les glaciers", note le communiqué.

Pour le Dr. Mauro Fischer, glaciologue à l’université de Berne, "la perte d’épaisseur des glaciers dans la région des Diablerets sera en moyenne 3 fois supérieure cette année en comparaison avec les 10 derniers étés".

Mais le phénomène de fonte – désormais de fonte accélérée – est loin d’être isolé à cette partie de la Suisse. Les glaciers y ont perdu la moitié de leur volume depuis 1931, selon une étude publiée en août, par des scientifiques qui ont pour la première fois reconstitué le recul des glaciers au XXe siècle.

La fonte des glaciers dans les Alpes – que les experts attribuent aux réchauffement climatique – est étroitement surveillée depuis le début des années 2000. Mais les chercheurs ne savaient pas grand chose sur leur évolution au cours des décennies précédentes, car seuls quelques glaciers étaient alors suivis de près.

Pour mieux comprendre leur évolution, des chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) ont procédé à la reconstitution de la topographie de l’ensemble des glaciers suisses existant en 1931. "Sur la base de ces reconstructions et en comparant avec les données des années 2000, les chercheurs concluent que le volume des glaciers a été réduit de moitié entre 1931 et 2016", selon l’EPFZ et le WSL.

L’étude, publiée dans la revue scientifique La Cryosphère, indique que les glaciologues ont eu recours à des images d’archives (21.700 photographies prises entre 1916 et 1947) couvrant 86% de la surface glaciaire suisse et à la stéréophotogrammétrie, une technique qui permet de déterminer la nature, la forme et la position d’un objet grâce à des images.

2022 année record

Selon les scientifiques, les glaciers n’ont pas reculé de façon continue au cours du siècle dernier, avec même des épisodes de croissance de leur masse dans les années 1920 et 1980.

Malgré cette croissance sur des périodes à court terme, " notre comparaison entre les années 1931 et 2016 montre clairement qu’il y a eu un important recul glaciaire durant cette période ", selon un des auteurs de l’étude, Daniel Farinotti, professeur de glaciologie à l’EPFZ et au WSL. Les glaciers fondent désormais à un rythme de plus en plus rapide.

Alors qu’ils ont perdu 50% de leur volume entre 1931 et 2016, il ne leur a fallu que six ans seulement – entre 2016 et 2022 – pour en perdre 12%, selon le réseau des relevés glaciologiques suisse GLAMOS.

Matthias Huss, le directeur de GLAMOS parle d’année 2022 record. "D’autres années comme 2011, 2015, 2018 ou encore 2019 avaient déjà vu une fonte très forte. L’année 2022 est vraiment différente et bat tous les records", avait-il déclaré à l’agence ATS-Keystone en septembre.

Il doit publier à l’automne un rapport complet.

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