La contre-offensive ukrainienne avance encore: quelles étapes à venir?

Après de nouvelles reconquêtes, l'armée ukrainienne est dans une bonne dynamique, y compris du côté de Kherson. Mais chaque front est particulier.

Soldats ukrainiens dans l'oblast de Kharkiv
Des soldats ukrainiens dans l’oblast de Kharkiv, le 4 octobre 2022 ©BelgaImage

Il y a un mois, la contre-offensive ukrainienne commençait pour de bon. En quelques jours, elle a reconquis presque toute la partie occupée de l’oblast (province) de Kharkiv. Ont suivi des petites avancées quotidiennes et depuis la fin de semaine dernière, la cadence accélère. Nouveauté frappante: l’armée ukrainienne progresse vite non seulement dans l’est mais aussi dans le sud, dans l’oblast de Kherson. En parallèle, les troupes russes ont du mal à rivaliser et ne peuvent se vanter que de très rares bonnes nouvelles. Une configuration qui permet à Kiev de regarder vers l’avenir avec un certain optimisme, bien que l’arrivée de l’hiver complique la donne avec sa traditionnelle "raspoutitsa" locale qui forme des "mers de boue" avec les pluies saisonnières. Certains fronts se révèlent plus prometteurs et d’autres sont toutefois plus difficiles à aborder pour l’Ukraine.

Nord-est: après Kharkiv, l’oblast de Louhansk en vue

Depuis début septembre, c’est surtout au nord-est que les bonnes nouvelles se sont succédés pour les Ukrainiens. Il y a un mois, l’armée russe a été éjectée des faubourgs de Kharkiv jusqu’à la rivière Oskil qui a formé la nouvelle ligne de front. Le défi pour Kiev était de passer cette barrière naturelle. Elle a donc d’abord concentré ses efforts sur Izioum, reconquise le 10 septembre, puis a réalisé une percée à la fin septembre vers Lyman, une ville stratégique puisqu’il s’agit d’un important nœud ferroviaire. Encerclée, Lyman a fini par tomber le 1er octobre. Cette semaine, l’armée ukrainienne semble finalement avoir réussi sa traversée de l’Oskil. Plusieurs villes de la rive orientale sont tombés, de Lyman à Koupiansk. C’est le cas de Borova, à mi-chemin entre les deux.

Ces derniers développements permettent à Kiev de passer à l’étape suivante dans la région: l’oblast de Louhansk. Elle a déjà commencé la reconquête dans cette nouvelle zone, comme avec la prise de la petite ville de Bilohorivka. Deux choix se présentent maintenant. La première, c’est de s’attaquer à la grosse conurbation composée des villes de Sievierodonetsk et Lysychansk. Il s’agit de la plus grande zone habitée de l’oblast (mis-à-part Louhansk, occupée par les pro-russes depuis 2014). La prendre serait une victoire éclatante pour l’Ukraine. Après tout, la ligne de front est désormais située à moins de 10 km de là. Une ville proche, Kreminna, serait déjà la cible de combats. Mais un combat en milieu urbain peut se révéler particulièrement meurtrier, ce qui représente la principale faiblesse de cette stratégie.

Une autre tactique dans cet oblast serait de reconquérir en priorité les terres situées au nord de Sievierodonetsk-Lysychansk. Cette zone pourrait être divisée en portions de territoires séparés par deux rivières: la Krasna (qui passe par Svatove) et l’Aidar (qui traverse Starobilsk). L’armée ukrainienne pourrait donc répéter ce qu’elle a fait dans l’oblast de Kharkiv avec l’Oskil: avancer de rivière en rivière pour avoir à chaque fois une ligne de front recoupant une barrière naturelle. Si tel est le cas, cela permettrait d’encercler la région de Sievierodonetsk, qui serait par conséquent plus facile à prendre. Ces derniers jours, la traversée de l’Oskil laisse de plus en plus présager une percée vers Svatove. Est-ce que Kiev va opter pour cette option ou pour l’autre, à moins de faire les deux en même temps? Les jeux sont ouverts.

Le déblocage du front de Kherson?

Alors que le front nord-est avançait, celui du sud piétinait. Kiev pouvait pourtant espérer avancer facilement au vu de la configuration de cette zone. Kherson, première grande ville prise par les Russes, se situe ici sur la rive nord du Dniepr, un grand fleuve dont le delta forme une véritable muraille infranchissable s’il n’y avait pas de ponts. Or justement, l’armée ukrainienne s’est évertuée à détruire ces derniers pour isoler les troupes russes au nord du Dniepr. Une difficulté pour Moscou qui ne l’a pas empêché de tenir bon dans la région.

Depuis le début de la contre-offensive, la ligne n’a par conséquent presque pas bougé… jusqu’à ces derniers jours. D’un coup, ce front au nord du Dniepr s’est partiellement effondré, plus précisément dans sa partie orientale. En l’espace d’une journée, l’armée ukrainienne a fait une percée de 40 km environ le long du fleuve jusqu’à Dudchany. Cette semaine, elle a fait de même plus à l’ouest, entre Davydiv Brid et Arkhanhelske. C’est l’une des plus avancées les plus marquantes pour Kiev depuis le début de la guerre.

Cette action est en cours et il va maintenant falloir voir comment elle évolue. Le but sera vraisemblablement de resserrer toujours plus l’étreinte sur Kherson. En soi, une partie de la ligne de front est déjà à 20 km au nord de celle-ci. Mais si l’armée ukrainienne arrive aussi par l’est grâce à cette récente percée, elle pourrait d’abord couper l’approvisionnement des troupes russes au niveau de Nova Kachovka, un des rares points où il est relativement facile de passer au-dessus du Dniepr, puis encercler Kherson. Une fois toute la rive nord reconquise, l’Ukraine devra s’attaquer à la rive sud, aux portes de la Crimée.

Le très disputé oblast de Donetsk

On a tendance à l’oublier mais il y a quand même une zone où la Russie tente de conquérir des territoires: l’oblast de Donetsk. Elle profite ici de la présence de la République séparatiste de Donetsk, contrôlée par les pro-russes depuis 2014. Elle représente une véritable forteresse militaire d’où elle peut mener des opérations.

C’est ainsi que Moscou a placé une bonne partie de ses troupes à la frontière de cette République auto-proclamée et dans ses environs. Son objectif: conquérir le reste de l’oblast de Donetsk, dont la partie occidentale est contrôlée par l’Ukraine. Elle a fait quelques conquêtes mais depuis août, elle patine. Ces derniers jours, elle met surtout la pression sur la ville de Bakhmut. Les troupes russes ont ici leur plus grande opportunité de remonter leur moral après les nombreuses défaites subies depuis un mois. Les combats sont importants mais pour l’instant, l’armée ukrainienne résiste.

Pour l’heure, Kiev se contente de se défendre sur cette partie du front. Pour cause: s’attaquer à la République séparatiste de Donetsk demanderait un immense effort. Elle a déjà tenté de le faire entre 2014 et 2022, sans succès. L’Ukraine met donc la priorité ailleurs, là où ses possibilités de progression sont bien plus importantes.

Le front dormant de Zaporijia

Il est enfin une région dont on parle beaucoup moins: l’oblast de Zaporijia. Près des deux tiers de cette zone sont occupés par la Russie. C’est là que se trouve la centre nucléaire de Zaporijia qui fait la une des médias internationaux. Suite aux "référendums" rejetés par la communauté internationale, Moscou a même revendiqué l’annexion de l’oblast, au même titre que ceux de Kherson, Louhansk et Donetsk.

Il n’y a que très peu de nouvelles de cette partie du front. Celui-ci reste bloqué, sans qu’un camp ou l’autre ne semble vouloir y faire de percée… pour l’instant. Si l’un d’entre eux décide de passer à l’attaque, il pourrait surprendre l’adversaire. Ici, l’Ukraine a potentiellement une carte à jouer puisque selon l’Institute of War, une guérilla pro-Kiev s’est formée du côté de Melitopol, une ville en plein milieu de la zone occupée par les Russes. La proximité de la République séparatiste de Donetsk ne faciliterait toutefois pas la tâche. Puis la Russie a tout intérêt à garder le contrôle de cet oblast au vu de sa position sur la mer d’Azov. Reste que pour le moment, c’est le statut quo de ce côté-là.

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