Elections au Brésil : un "choc des Titans" sous haute tension

Ce 2 octobre, les Brésiliens sont appelés aux urnes pour choisir entre deux anciens présidents : Jair Bolsonaro et Lula.

Elections au Brésil : un
AFP

C’est un véritable combat des chefs, un " choc des Titans ". Les élections de ce 2 octobre au Brésil voient s’affronter les deux plus importantes figures politiques brésiliennes de ce siècle. A ma gauche, Lula, ancien président des jours heureux (2003-2011) ; à l’extrême droite, Jair Bolsonaro, le président sortant que d’aucuns appellent le " Trump des Tropiques ".

Ce gigantesque pays de 215 millions d’habitants qui a fêté le bicentenaire de son indépendance le 7 septembre dernier, en pleine campagne électorale, est connu pour être le pays du football et de la samba. C’est aussi et surtout celui des inégalités les plus criantes, de la libre circulation des armes à feu, du clientélisme institutionnalisé et de tensions sociales et raciales à faire passer les Etats-Unis pour un pays de cocagne. Un géant plus polarisé que jamais. Ce qui fait craindre à un lendemain d’élection en gueule de bois, d’autant que son système démocratique est encore fragile – le Brésil est sorti d’une dictature militaire de vingt ans en 1985.

Lula, le mythe vivant

Pour l’heure, Lula fait la course en tête. Et au centre. L’ancien syndicaliste, chantre de la gauche, a pris un colistier de droite pour rassurer les marchés et s’appuie sur son bilan en tant que président lors de la première décennie du XXIe siècle. Grâce à son programme " Famo Zero ", il a sorti des millions de personnes de la pauvreté au point de créer une véritable classe moyenne. Le Brésil faisait alors partie des BRICS, ces pays émergeants, nouveaux poids lourds de l’économie mondiale à la croissance solide et durable.

En 2018, retour de bâton, Lula est inculpé pour corruption dans le scandale Petrobras (du nom du géant pétrolier national). Pots-de-vin, clientélisme, distribution de marchés juteux… Une sentence annulée car le procès avait des accents beaucoup trop politiques – le Tribunal suprême établissant la partialité du juge Sergio Moro, celui-ci s’étant entendu avec des enquêteurs pour faire écarter Lula de l’élection présidentielle de 2018. C’est encore plus fort qu’un film hollywoodien !

Lula sort de prison après 580 jours blanchi comme un saint. Or, si le procès était effectivement faussé, il était probablement coupable… Comme tous les politiques qui sont un jour arrivés à des postes à responsabilité au Brésil. Car ainsi fonctionne le pays… Aujourd’hui, c’est d’ailleurs Jair Bolsonaro qui est soupçonné de détournement de fonds publics…

Bolsonaro, le " Trump des Tropiques "

L’état de grâce semble prendre fin pour l’ancien militaire devenu président. Celui qui a ramené les fantômes de la dictature au pays de la samba. Jair Bolsonaro a été élu sur un discours anti-système en promettant de remettre de l’ordre dans un pays en plein chaos du fait du scandale Petrobras qui a laminé la quasi totalité de la classe politique – d’aucuns estiment aussi que la gauche était restée depuis trop longtemps au pouvoir et qu’il fallait en finir d’une manière ou d’une autre… Quoi qu’il en soit, Bolsonaro s’est imposé sur un programme simple : " Dieu, patrie, famille, liberté ".

Mais son bilan n’est pas loin d’être catastrophique. La pauvreté a explosé, tout comme la déforestation et les armes à feu circulent comme jamais avant en toute liberté. La tension sociale a augmenté (agressions de membres de la communauté LGBTQI+, descentes des forces armées dans les favelas…). Surtout, Bolsonara paye sa gestion catastrophique de la pandémie de Covid-19, cette " gripette ", comme il l’a appelée. Des millions de Brésiliens ont été laissés pour compte et le Brésil paye le plus lourd tribu de décès derrière les Etats-Unis (700.000 morts). Ne reste finalement que les chrétiens évangélistes, une partie des financiers et des militaires et… le joueur du PSG Neymar pour le soutenir.

Qui va gagner ?

Dans les sondages, Lula, qui fait campagne sur le thème du " retour à un Brésil heureux ", est donné assez largement en tête. Son électorat ? Le peuple, particulièrement les pauvres, les femmes, les Noirs et les métisses. Il peut surtout s’appuyer sur son bilan en tant que président et son statut quasi mystique. De plus, il n’effraie plus les marchés comme c’était le cas lors de sa première élection et essaie de rassembler un maximum de forces centristes derrière sa candidature. Il pourrait même gagner dès le premier tour en dépassant les 50%. Mais que se passera-t-il si ce n’est pas le cas ?

Bolsonaro est donné à 36% d’intention de votes. Et il a déjà prévenu qu’il pourrait ne pas reconnaître sa défaite. A l’instar de Donald Trump, il remet en cause le système électronique de vote (pourtant utilisé depuis 1996 au Brésil) et ne cesse de chauffer ses partisans les plus virulents, notamment les milices d’extrême droite armées jusqu’aux dents. La question est de savoir ce que l’armée, présumée proche de Bolsonaro, compte faire en cas de déni de défaite… La réponse se trouve peut-être à Washington où Bolsonaro n’a plus d’allié. Les Etats-Unis ont en effet prévenu qu’ils regarderaient de très près ce qui se passe au Brésil ce 2 octobre. Histoire que les émeutes du Capitole ne se reproduisent pas à Brasilia…

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