L’Italie, laboratoire du renouveau de l’extrême droite depuis 30 ans

Troisième en France en avril dernier, deuxième en Suède il y a quelques semaines, victorieuse à présent en Italie… L’extrême droite gagne du terrain, du pouvoir et de la visibilité en Europe.

l'extrême droite de giorgia meloni remporte les élections en italie
© BelgaImage

La coalition que le Fratelli d’Italia (FdI) de Giorgia Meloni forme avec l’autre parti eurosceptique d’extrême droite, la Ligue de Matteo Salvini, et Forza Italia, le parti conservateur de Silvio Berlusconi, récolte environ 43 % des suffrages, ce qui lui assure la majorité absolue des sièges aussi bien à la Chambre des députés qu’au Sénat. Ce séisme intervient deux semaines après celui qui, en Suède, a vu la victoire d’un bloc conservateur comprenant les Démocrates de Suède (SD), parti issu de la mouvance néonazie qui a réalisé une forte percée, devenant la première formation de droite du pays nordique. Depuis avril dernier, 89 extrémistes ont été élus. La tache d’huile se répand.

Le processus a démarré dans les années 90 et, clairement, il s’intensifie. “On est dans une nouvelle phase de l’extrême droite qui s’est décomplexée, transformée et qui arrive à se légitimer grâce à un nouveau style. Elle est de plus en plus influente”, pose Benjamin Biard, chargé de recherche au CRISP et chargé de cours à l’UCLouvain. L’expert distingue quatre grandes phases dans le processus de partis qu’on croyait bannis pour toujours après la Seconde Guerre mondiale. Tout d’abord, l’extrême droite sort exsangue de la guerre et le reste jusque dans les années 50. Ensuite, elle parvient à nouveau à se développer mais de manière éphémère. Des années 70 à 90, l’extrême droite parvient à se structurer de manière durable mais reste dans l’opposition en étant diabolisée. Depuis les années 90, cette diabolisation n’opère plus. Les extrémistes lissent leur image. “Avec l’Italie, déjà, en 1994, l’Autriche en 1999 et d’autres cas en Europe centrale et orientale, mais aussi à l’Ouest, l’extrême droite arrive au pouvoir. Et ça, c’est une véritable nouveauté dans l’histoire contemporaine.

La victoire de Giorgia Meloni n’est pas une première en Italie où la Lega et l’alliance nationale ont été au pouvoir dès 1994. “Mais cette fois-ci on a une personne et un parti qui arrivent clairement en tête et qui ont les rênes en mains pour former un gouvernement.” Plus inquiétant: la manière dont la formation de Giorgia Meloni a fini par s’imposer est une source d’inspiration pour tous les groupuscules extrémistes. La formation fondée fin 2012 avec des dissidents du berlusconisme est restée dans l’opposition à tous les gouvernements qui se sont succédé depuis les législatives de 2018. À présent, Fratelli d’Italia s’est imposé comme la principale alternative, passant de 4,3 % à un quart des voix. Éric Zemmour s’est d’ailleurs emparé de l’exemple pour affirmer que la preuve était faite qu’une formation à 4 % pouvait arriver au pouvoir. “Le succès italien pourrait booster les formations d’extrême droite”, estime Benjamin Biard. En Europe, des craintes s’expriment à présent concernant les équilibres fondamentaux et le respect des droits des minorités. “Tous les États vont devoir se positionner ne serait-ce que via les questions diplomatiques. Va-t-on poser avec des représentants de ces formations au risque de faire passer un message “d’intégration” de l’extrême droite?

Fan de Mussolini

En pole position pour devenir la première femme cheffe de gouvernement d’Italie, Giorgia Meloni, une Romaine de 45 ans qui, jeune militante, disait admirer Mussolini, est parvenue à dédiaboliser son image et rassembler sur son nom les peurs et les colères de millions d’Italiens face à la flambée des prix, le chômage, les menaces de récession ou l’incurie des services publics. Avec ses deux alliés Salvini et Berlusconi, elle promet des baisses d’impôt, le blocage des migrants traversant la Méditerranée, ainsi qu’une politique familiale ambitieuse pour relancer la natalité dans un pays vieillissant.

Humilité

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait rappelé avant les élections italiennes que l’UE disposait “d’instruments” pour sanctionner les États membres portant atteinte à l’État de droit et à ses valeurs communes. Mauvaise idée? “Les Italiens ont offert une leçon d’humilité à l’Union européenne qui, par la voix de Mme von der Leyen, prétendait leur dicter leur vote”, a cinglé sur Twitter le président du Rassemblement national français Jordan Bardella.

Instabilité

Dans ce pays à l’instabilité gouvernementale chronique, les experts s’accordent déjà sur la courte espérance de vie de la coalition victorieuse, un mariage de raison entre trois alliés aux ambitions concurrentes. Pour Meloni, le défi sera de transformer son succès électoral en leadership de gouvernement qui puisse s’inscrire dans la durée. Meloni, sans expérience gouvernementale à part un passage éphémère au ministère de la Jeunesse (2008-2011), aura fort à faire pour gérer ses encombrants alliés, bien plus expérimentés: Silvio Berlusconi a été plusieurs fois chef de gouvernement et Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre.

Sur le même sujet
Plus d'actualité