Abus et violences sexuelles : un livre choc fait trembler le bouddhisme

Les grandes figures bouddhistes Matthieu Ricard et le Dalaï-Lama sont mis en cause pour leur inactivité face à "des dérives systémiques".

Matthieu Ricard et le Dalaï-Lama
©Belga

Un livre qui paraît ce mercredi dénonce la " loi du silence " sur de " graves dérives ", notamment des violences sexuelles, dans le bouddhisme, mettant en cause l’inaction du Dalaï Lama et du moine français Matthieu Ricard, ce dont ce dernier s’est défendu.

Dans " Bouddhisme, la loi du silence " (JC Lattès), les journalistes Élodie Emery et Wandrille Lanos ont enquêté sur certains des centres bouddhiques tibétains ayant essaimé en Occident depuis ces quarante dernières années. Ils ont recueilli " les témoignages de 32 disciples abusés, visant treize maîtres différents ", dans plusieurs pays occidentaux, aboutissant à la conclusion qu’il y a eu " de graves dérives " dans la pratique de certains maîtres enseignants, ou lamas.

Pour les auteurs, qui signent également un documentaire éponyme (diffusé sur la plateforme d’Arte jusqu’au 11 novembre), il ne s’agit pas d' "une dérive sectaire isolée ", mais " bien un système qui gangrène l’ensemble du bouddhisme tibétain ".

En cause, selon eux: l’attentisme des grandes figures. "Jusqu’à présent, les autorités spirituelles tibétaines ont ignoré la parole des victimes, répétant à l’envi que le sujet ne relève pas de leur responsabilité. Les tentatives menées de l’intérieur pour s’attaquer au problème des agressions sexuelles dans les communautés ont été accueillies avec froideur ou franche hostilité", écrivent-ils.

Des figures de proue pointées du doigt

Sont pointés du doigt en particulier les " 40 ans de silence " du Dalaï Lama, pourtant averti dès 1993 de " comportements abusifs de maîtres " sur des disciples, lors d’une rencontre à Dharamsala avec des maîtres européens et américains.

Les journalistes se demandent également pourquoi, selon eux, le moine bouddhique Matthieu Ricard, interprète français du Dalaï Lama, connu pour ses livres dans le secteur du développement personnel, a peu ou pas réagi depuis cette dernière décennie.

Interrogé mercredi sur France Inter, Matthieu Ricard, qui a demandé de supprimer les interviews de lui dans le documentaire, a jugé " exagéré " de dire qu’il n’avait rien dit. "Il est salutaire, comme le fait le documentaire, de dénoncer (les) déviances", a-t-il ajouté.

Reconnaissant avoir acquis une certaine notoriété du fait de ses livres, il a admis : "J’en ai parlé, mais sans doute pas assez fort". Plus généralement, M. Ricard a souligné qu’il manquait une " structure institutionnelle " dans le bouddhisme. "Il y a des centaines voire des milliers de centres bouddhiques dans le monde. Il n’y a pas une autorité centrale. Tous ces centres sont totalement indépendants."

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