Décès d’Elizabeth II: controverse après l’arrestation d’antimonarchistes au Royaume-Uni

Plusieurs protestataires antimonarchistes ont été arrêtés en marge des funérailles d'Elizabeth II. Un «affront à la démocratie» selon plusieurs ONG.

Cercueil d'Elizabeth II
Le cercueil d’Elizabeth II, à la cathédrale Saint-Gilles d’Édimbourg, le 13 septembre 2022 ©BelgaImage

Au Royaume-Uni, la mort d’Elizabeth II a provoqué beaucoup de compassion pour la monarchie mais pas seulement. Paradoxalement, elle a aussi réveillé les antimonarchistes, alors que Charles III est bien moins populaire que la reine défunte. Ces derniers jours, certains ont fait entendre leur voix, ou du moins autant qu’ils le pouvaient. Car à plusieurs reprises, la police est intervenue pour arrêter ces manifestants, même lorsqu’ils ne brandissaient que de simples pancartes. Action, réaction: des associations ont critiqué cette atteinte à la liberté d’expression, provoquant ainsi plusieurs réponses officielles.

Arrêtés pour "infraction à l’ordre public"

Ce dimanche, une première femme s’est faite remarquer à Édimbourg. Alors que le cercueil d’Elizabeth II passait dans la ville, celle-ci brandissait une pancarte où il était écrit "Fuck l’impérialisme. Abolition de la monarchie". Elle a été arrêté pour atteinte à l’ordre public. Une action de la police accueillie par des applaudissements et seulement de rares protestations. "Laissez la partir, c’est la liberté d’expression", a par exemple clamé une personne présente sur place. Cette femme a depuis été libérée, bien qu’elle doive comparaître plus tard face à un tribunal. "J’ai été arrêtée à tort alors que j’exerçais mon droit de manifester", a-t-elle depuis déclaré à la presse. "En tenant une pancarte, j’ai condamné les siècles d’injustice coloniale, de génocide et d’extraction illégale qui ont été – et continuent d’être – perpétrés au nom de la Couronne britannique".

À Oxford, le même jour, un homme du nom de Symon Hill a lui aussi été arrêté lors de la proclamation de Charles III. Son tort: avoir crié "Qui l’a élu?". Comme le relate la BBC, il a été menotté par la police et a dû monter dans un fourgon de police avant d’être reconduit chez lui. "L’officier m’a dit que je serais réarrêté, puis contacté pour être interrogé à une date ultérieure, et éventuellement inculpé", affirme-t-il, tout en ne disant ne pas trouver normal qu’"un chef d’État nous soit imposé sans notre consentement". En parallèle, la police locale a déclaré qu’une enquête était lancée pour infraction à l’ordre public.

Lundi, rebelote. Charles III se rendait alors au Parlement. Face au palais de Westminster, deux manifestants ont alors chacun brandit des feuilles de papier avec les phrases suivantes: "Pas mon roi", "Abolition de la monarchie" et "Fin au féodalisme". La séquence, largement diffusée sur les réseaux sociaux, notamment via le journal Evening Standard, montre ensuite les policiers éloigner l’une de ces deux personnes. "Le Parlement accueille Charles Windsor en tant que nouveau chef d’État dans ce pays sans que le peuple ait son mot à dire. C’est un roi sans consentement, et ce n’est pas juste", se plaint la protestataire auprès de l’AFP. "Nous ne savons pas exactement mais il gagne un salaire de 24 millions de livres par an (27 millions d’euros). Pour quoi? Saluer et serrer des mains".

Ce mardi, des protestataires se sont présentés devant la cathédrale Saint-Gilles d’Édimbourg, où gît le cercueil d’Elizabeth II. Sur leur bannière, aucune inscription. Selon les médias britanniques, ils ont déclaré avoir agi de la sorte par peur d’être arrêtés.

Outre Charles III, le prince Andrew a lui aussi été visé par des critiques à Édimbourg, cette fois en lien avec son procès pour agressions sexuelles. Un homme lui a ainsi crié "Andrew, tu es un vieux pervers" suivi d’un "dégoutant". Un communiqué de police relayé par la BBC fait savoir que cet homme a été "arrêté en lien avec une atteinte à l’ordre public sur le Royal Mile vers 14h50". Dans une vidéo publiée par un journaliste de "Holyrood Daily", on voit cet homme expliquer son geste. "Les hommes puissants ne devraient pas être autorisés à commettre des crimes sexuels et à s’en tirer", se désole-t-il. En 2022, le prince Andrew a sellé un accord à l’amiable avec Virginia Giuffre, qui l’accusait d’agressions sexuelles lorsqu’elle était mineure. D’après le Telegraph, Elizabeth II l’a aidé à payer la somme, soit l’équivalent de 14 millions d’euros.

Des protestations des ONG puis des déclarations officielles

Après ces arrestations, l’organisation de défense des libertés individuelles "Big Brother Watch" a fait connaître sa désapprobation vis-à-vis des actions de la police. Sa directrice, Silkie Carlo, a déclaré au quotidien "The Independent" que la violation de la liberté d’expression "manquerait de manière flagrante aux valeurs qui définissent notre pays". "Si des personnes sont arrêtées simplement pour avoir tenu des pancartes de protestation, c’est un affront à la démocratie et il est fort probable qu’elles soient illégales", ajoute-elle. L’ONG Liberty s’est elle aussi jointe à cette protestation. "Qui que vous soyez, quelle que soit votre cause, il est essentiel que vous puissiez défendre ce en quoi vous croyez sans risquer la criminalisation. Il est très inquiétant de voir la police appliquer ses larges pouvoirs de manière aussi brutale et punitive pour réprimer la liberté d’expression et d’expression", s’inquiète une de ses représentantes.

Des réactions politiques ont ensuite commencer à se faire entendre. C’est le cas d’élus du parti travailliste qui ont également critiqué ces arrestations. La pression est devenue si forte que même Downing Street a réagi. "C’est une période de deuil national pour la grande majorité du pays, mais le droit fondamental de manifester reste la clé de voûte de notre démocratie", affirme le porte-parole de la Première ministre. Dans la foulée, la Metropolitan Police de Londres a tenu à mettre les choses au clair: "Le public a absolument le droit de manifester, nous l’avons clairement fait savoir à tous les agents impliqués dans l’opération de police extraordinaire actuellement en place et nous continuerons à le faire".

C’est dans ce contexte que Charles III a confirmé le reversement aux finances publiques des revenus tirés du patrimoine de la Couronne en échange d’une allocation annuelle fixée à 15 % de ces revenus. La somme pourrait s’élever à l’équivalent de 98 millions d’euros (selon les chiffres de 2021-2022). D’après un sondage réalisé en juin par l’institut YouGov, 62% des Britanniques veulent que leur pays reste une monarchie, contre 22% qui aspire à une élection du chef de l’État. Chez les 18-24 ans, il y a une quasi égalité entre les deux camps, avec respectivement 33% et 31%.

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