Crise de l’énergie : l’Europe va-t-elle sauver notre pouvoir d’achat ?

Alors que la Belgique a bien du mal à prendre des mesures énergétiques, l’UE devrait notamment décider de plafonner les prix du gaz. N’attendez pas de miracle pour autant.

un billet de 20 euro sur du gaz
Plafonner le prix du gaz? Il faudra attendre la réunion des chefs d’État européens début octobre pour y voir plus clair. © Adobe Stock

Le cap a été fixé pour la Commission européenne: elle devra présenter, et vite, des propositions pour limiter le prix du gaz, plafonner les revenus des producteurs d’électricité, forcer aussi les entreprises de combustibles fossiles à la solidarité, réduire la consommation européenne d’électricité et aider les fournisseurs d’énergie confrontés à des problèmes de liquidité. Le plafonnement du prix du gaz, une mesure poussée par la ministre belge de l’Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen), est plus que dans l’air. Mais il faudra sans doute attendre la réunion des chefs d’État européens des 6 et 7 octobre pour enfin avoir une décision.

L’Europe doit être au rendez-vous pour harmoniser les prix et protéger ses citoyens. Des entreprises profitent de la crise pour gonfler leurs prix. La réponse doit être européenne car les marchés sont interconnectés”, plaide le député européen Benoît Lutgen (Les Engagé.e.s) qui a adressé une lettre ouverte en faveur de mesures énergie avec 22 autres députés à la commissaire Ursula von der Leyen. “L’harmonisation des prix, c’est aussi pour éviter que des gens fassent cinquante kilomètres pour se fournir dans un autre pays qui serait moins cher. C’est absurde sur le plan écologique.” Benoît Lutgen a bon espoir que le plafonnement du prix du gaz puisse intervenir car aucun pays n’a de droit de veto et s’il n’y a pas unanimité, il y a une majorité de pays favorables. “Comme pour le Covid sur le plan sanitaire, nous sommes dans une catastrophe sociale et l’Europe a montré qu’elle pouvait faire face. J’ai donc bon espoir. L’urgence absolue est de soutenir la classe moyenne, dont les familles monoparentales.” Quant à la taxation des super-profits des énergéticiens, les Allemands et les Français veulent en avoir une définition stricte. “Les recettes de cette contribution doivent ensuite être affectées à financer le chômage économique qui résulte des hausses des coûts de l’énergie et à soutenir les entreprises en difficulté.”

Les mesures européennes, si elles interviennent, feront baisser les prix mais ne sauveront pas tout à fait le pouvoir d’achat, d’une part, et pourraient poser des problèmes d’approvisionnement, d’autre part. “J’espère que l’Europe fait des prévisions sur comment nous pourrons passer l’hiver. Mais en réalité, la seule vraie solution est de baisser sa consommation individuellement. Cela fera aussi baisser sa facture et en même temps baisser la demande, ce qui fera ainsi baisser les prix”, estime l’économiste de l’UCLouvain, Bertrand Candelon. C’est un des problèmes soulevés par ceux qui hésitent encore à plafonner les prix. Car si on le fait, il n’y a plus vraiment d’incitant pour baisser sa consommation. Mais les personnes moins aisées ont plus souvent des maisons très mal isolées en n’ayant pas les moyens d’investir pour améliorer la situation. “Il faut corréler la consommation à l’âge de l’habitat et à sa superficie et donner des aides à l’isolation. Mais je suis d’accord, ça ne se fait pas en trois jours.”

Un bras ou deux

Le gouvernement belge n’a toujours pas décidé d’élargir le tarif social pour immuniser la classe moyenne peu aisée. Et pour cause, les données fiscales pour prévoir le coût de l’opération sont inexistantes. Cela coûtera-t-il un bras ou deux? “C’est affolant, cela dure depuis des années. On ne connaît que les revenus des ménages mariés. On peut donc très bien décider d’élargir le tarif social mais on ira à l’aveugle sur le plan budgétaire”, explique l’économiste Philippe Defeyt.

Des marges

Afin de soutenir les PME belges, dans le cadre des négociations au sein de la chaîne agroalimentaire, le ministre David Clarinval a demandé au Comité scientifique pour l’observation et l’analyse des prix d’analyser la transmission des marges au niveau de l’ensemble des acteurs de la chaîne. En Belgique, une part importante des entreprises alimentaires fonctionne dans le cadre de contrats commerciaux annuels avec la grande distribution. Ceux-ci ne permettent donc pas de répercuter directement et automatiquement les hausses de prix et de coûts que les entreprises du secteur subissent. Une meilleure connaissance des marges réelles réalisées par les divers acteurs de la chaîne devrait rendre le processus de renégociation des contrats plus transparent.

Un coût

La politique du “coûte que coûte” est de retour, comme au temps du Covid. Parmi les grandes économies européennes, l’Allemagne prévoit une dépense totale un peu supérieure à 2,5 % de son PIB, suivie par la France, qui met 2 % de sa richesse nationale sur la table. Ces plans de soutien au pouvoir d’achat ont aussi été rendus nécessaires notamment par la faible augmentation des salaires, qui ne permet pas, seule, de neutraliser les effets de l’inflation pour les ménages. La Belgique, elle, possède le mécanisme de l’indexation salariale automatique.

Le chiffre

Les économistes de Pictet Wealth Management prévoient que les États de la zone euro dépenseront en moyenne 2 % de leur PIB pour venir en aide aux ménages, soit près de 300 milliards d’euros.

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