Pourquoi les Américains veulent-ils retourner sur la Lune?

Si les USA veulent retourner sur la Lune, ce n'est pas seulement pour l'exploit. Voici cinq raisons qui expliquent cette initiative.

Mission Apollo 11 sur la Lune
Mission Apollo 11 le 20 juillet 1969 sur la Lune ©BelgaImage

Le 12 septembre 1962, le président américain John F. Kennedy fixait à l’Amérique un but: envoyer des astronautes sur la Lune avant la fin de la décennie. "Nous choisissons d’aller sur la Lune (…) non pas parce que c’est facile, mais bien parce que c’est difficile", déclarait-il alors en pleine guerre froide, durant un discours fondateur prononcé à l’université Rice, au Texas. Soixante ans plus tard, les États-Unis sont sur le point de faire décoller la première mission de leur programme de retour sur la Lune, Artémis. Mais pourquoi refaire ce qui a déjà été accompli? Des critiques se sont élevées ces dernières années, par exemple de la part de l’astronaute d’Apollo 11 Michael Collins, qui a accusé la Nasa de ne pas voir assez grand en ne visant pas Mars directement. Mais pour l’agence spatiale américaine, la Lune est un passage obligé avant un voyage vers la planète rouge. Voici ses principaux arguments.

Apprendre à vivre loin

La Nasa veut développer une présence humaine durable sur la Lune, avec des missions de plusieurs semaines – contre quelques jours seulement pour Apollo. Le but: mieux comprendre comment se préparer à un aller-retour de plusieurs années vers Mars. Dans l’espace lointain, les radiations spatiales sont bien plus intenses et représentent une réelle menace pour la santé. L’orbite basse, où évolue la Station spatiale internationale (ISS), est en partie protégée par le champ magnétique de la Terre, ce qui n’est pas le cas sur la Lune. Dès la première mission Artémis, de nombreuses expériences sont prévues pour étudier l’impact de ces radiations sur des organismes vivants, ou encore évaluer l’efficacité d’une veste anti-radiation.

De plus, alors que l’ISS peut souvent être ravitaillée, les voyages vers la Lune (située 1.000 fois plus loin), sont bien plus complexes. Pour ne pas avoir à tout transporter, et ainsi réduire les coûts, la Nasa veut apprendre à se servir des ressources présentes à la surface. Notamment l’eau sous forme de glace, dont l’existence a été confirmée sur le pôle Sud de la Lune, et qui pourrait être transformée en carburant (l’eau est constituée d’oxygène et d’hydrogène, utilisé par les fusées).

Tester les équipements

La Nasa souhaite également tester sur la Lune les technologies qui lui permettront d’évoluer sur Mars. En premier lieu, de nouvelles combinaisons spatiales pour les sorties hors du vaisseau. Leur conception a été confiée à l’entreprise Axiom Space pour la première mission qui atterrira sur la Lune, en 2025 au plus tôt. Autres besoins: des véhicules (pressurisés ou non) pour que les astronautes puissent se déplacer, ainsi que des habitations.

Enfin, pour un accès durable à une source d’énergie, la Nasa travaille au développement de systèmes portables de fission nucléaire. Régler les éventuels problèmes qui se poseront sera bien plus facile sur la Lune, à seulement quelques jours de voyage, que sur Mars, qui ne peut être ralliée qu’en plusieurs mois au moins.

Étape sur la route de Mars

Un autre volet du programme Artémis est la construction d’une station spatiale en orbite autour de la Lune, baptisée Gateway, qui servira de relais avant le voyage vers Mars. Tout le matériel nécessaire pourra y être envoyé en "plusieurs lancements", avant d’être finalement rejoint par l’équipage pour se mettre en route, explique à l’AFP Sean Fuller, responsable au sein du programme Gateway. Un peu comme "passer à la station essence pour vérifier qu’on a bien tout".

Ne pas être doublé par la Chine

Indépendamment de Mars, une autre raison avancée par les Américains pour s’établir sur la Lune est de le faire… avant les Chinois. Alors que, dans les années 1960, la course à l’espace faisait rage entre les Etats-Unis et la Russie, le grand concurrent est aujourd’hui Pékin. La Chine prévoit d’envoyer des humains sur la Lune à l’horizon 2030. "Nous ne voulons pas que la Chine y aille et dise ‘c’est notre territoire’", a déclaré fin août à la télévision le patron de la Nasa, Bill Nelson.

Étoffer la connaissance scientifique

Enfin, même si les missions Apollo ont rapporté sur Terre près de 400 kilogrammes de roche lunaire, de nouveaux prélèvements permettront d’approfondir encore la connaissance de cet astre et de sa formation. "Les échantillons collectés pendant Apollo ont changé notre vision du système solaire", a souligné auprès de l’AFP l’astronaute Jessica Meir. "Et cela va continuer avec Artémis". Grâce aux investissements et à l’enthousiasme scientifique générés par ces nouvelles missions, elle anticipe en outre des retombées concrètes sur Terre (technologies, ingénierie…), comme à l’époque d’Apollo.

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