Mort d’Elizabeth II: quand Moustique parlait de "Lilibet, l’héritière impertinente du trône" en 1938

En juillet 1938, alors qu'Elizabeth est âgée de seulement 12 ans, Moustique dressait le portrait de la future reine d'Angleterre. Collector.

reine elizabeth enfant
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Ce texte a été publié dans le Moustique de Juillet 1938

Le couple impérial britannique a fait une visite officielle en France, où un faste inégalable a été déployé en son honneur. C’est l’heure de noter quelques détails pleins d’intérêt sur la fille ainée des souverains anglais, la princesse Elizabeth qui a, comme l’on sait, des chances sérieuses à la succession au trône de l’Empire.

Dès sa naissance, la princesse Elizabeth fut traitée comme l’enfant le plus " en vue " du monde entier. Elle n’a, en fait, jamais vécu une vie bien à elle et les journaux n’ignorèrent jamais aucun de ses faits et gestes, qu’ils s’empressaient de rapporter " urbi et orbi "… Elle n’avait pas franchi le cap de la deuxième année que déjà sa mère l’entourait de toutes sortes d’objets d’art antiques pour éveiller en elle le sens du beau. Parvenue à la troisième année, elle eut sa première robe de soie ; toutes les mères anglaises firent de même pour leur fille.

L’enfant ne parvenait pas à prononcer son prénom Elizabeth. Elle disait couramment " Lilibet ". Cela ne contribua pas peu à la rendre tout de suite populaire, si populaire même qu’à l’occasion de ses quatre ans, Terre-Neuve émit un timbre à son effigie et, quelques années plus tard, parut sa première biographie qui donnait des détails délicieusement savoureux sur les premières années de l’enfant royal.

Dès cette époque, elle fut l’être le plus envié et le plus photographié de tout Londres. Cela n’allait pas sans un véritable danger pour la formation du caractère de l’enfant. Aussi, ses parents se donnèrent-ils toute la peine du monde pour empêcher que leur fille ne devint prétentieuse et trop infatuée d’elle-même. Les portraits et les articles que les journaux donnaient de la future reine d’Angleterre lui étaient soigneusement cachés.

Enfant adulée de la nation… élevée sévèrement, mais…

Tous les cadeaux que des inconnus destinaient à l’enfant royal étaient immédiatement répartis entre les petits déshérités. Il était naturellement impossible d’empêcher la population de se livrer à d’enthousiastes ovations chaque fois que paraissait en public la " Lilibet " adulée de la nation, objet de mille attentions…

Il ne faut donc point trouver étonnant que toutes ces démonstrations d’ardente sympathie aient à la longue fait impression sur une enfant naturellement portée à certaine vanité, fréquente à cet âge.

Certain jour que la jeune " Lilibet " assistait à une matinée dans un théâtre de Londres, elle émit le désir d’aller s’installer sur un siège plus haut, de manière à ce que les spectateurs pussent la voir plus aisément. Au refus qui lui fut signifié immédiatement pa sa " maman ", l’enfant répondit : " Songe donc à tous ces gens qui seront fort déçus de n’avoir pu me voir ! "

Et la princesse avait à peine fait cette remarque qu’elle était ramenée " at home " par une gouvernante. Une autre fois que l’enfant s’était faufilée parmi la foule des invités de la maison princière, elle s’écria: " Place ! voici venir la future reine d’Angleterre !… " À l’instant même, sa mère lui administra une calotte, tandis qu’elle faisait conduire l’impertinente au lit sans manger et lui imposait une longue période de silence absolu.

Le lendemain matin, elle s’en vint à table pour déjeuner et elle salua sa gouvernante, qui ne répondit pas un mot. L’enfant renouvela son salut sans avoir plus de succès. Elle manifesta quelque dépit à l’égard de son interlocutrice : " Royalty is speaking (Vous parlez à quelqu’un de sang royal !) "

Princesse pleine de pétulance…

Voici quelques années elle assista, certain matin,  à un échange de mots un peu vifs entre ses grands-parents. Le roi George V répondait sur un ton assez " tranchant " à la reine Mary qui lui faisait observer que sa cravate n’était guère " droite ". Sur ce, la petite princesse s’exclama, se tournant vers son grand-père : " Mon Dieu, grand-papa, que dirait-on dans l’Empire si l’on savait que vous cherchez noise a grand’maman?… "

La  Reine-Mère exerça une influence profonde sur la petite princesse et il est à espérer que la petite " Lilibet " aura non seulement sa distinction, mais qu’elle saura faire montre de la même bonté et de la même sensibilité affinée. Il semble que l’enfant n’ait pas autant de respect à l’égard de son père. Certain jour, " Lilibet " avait une sérieuse altercation avec sa gouvernante. A ce moment, son père entra et fit à l’enfant les observations d’usage… Il reçut immédiatement cette réponse : " Papa. laissez-moi seule avec Mademoiselle. Vous feriez
mieux de vous occuper de vos ministres !… "

Malgré ces manifestations d’une pétulance qui est bien de son âge, il semble bien que " Lilibet " soit une enfant heureuse et fort " éveillée ". Chaque jour, la jeune princesse doit travailler trois heures et demie. Elle apprend le français et l’espagnol et elle connait fort bien déjà les lettres anglaises. Elle ne ressent guère d’attrait pour les mathématiques.

La Reine de demain…

L’on se pose déjà, en Angleterre, la question de savoir qui " Lilibet " épousera demain. Conclura-t-elle un mariage d’amour ou une union politique ? Ou, à l’exemple de la grande Reine Elisabeth, restera-t-elle célibataire ?

Sans doute, les candidats ne manquent pas… Elle aura le choix entre un prince danois, luxembourgeois, ou un Hohenzollern, voire un prince yougoslave.

Quelle que soit l’union choisie, les fidèles habitants du Royaume espèrent qu’elle sera demain la digne descendante de la grande reine qui la précéda sur le trône d’Angleterre et qu’elle puisse être, en cas d’accession au trône, le " Sweetheart " de l’Empire britannique tout entier.

Moustique Juillet 1938

© Moustique

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