Elizabeth II: comment son état de santé s’est dégradé au fil du temps

Autrefois connue pour sa santé de fer, Elizabeth II s'est montrée de plus en plus affaiblie d'année en année et Buckingham de moins en moins bavard.

Elizabeth II à Londres
Elizabeth II à Londres ©BelgaImage

La nouvelle était redoutée. Le Royaume-Uni a retenu son souffle et tous les médias du pays ont consacré leurs unes à l’état de santé inquiétant d’Elizabeth II. Preuve que la situation était inhabituelle: la famille royale s’est réunit à Balmoral pour voir la reine, y compris Harry et Meghan pourtant mis au ban de la famille royale. Les ex-Premiers ministres Tony Blair et David Cameroun se disaient "profondément préoccupés", tout comme les plus grands dignitaires religieux du pays (catholique, juif ou encore musulman). Même la traditionnelle cérémonie de la relève de la garde a été annulée au palais de Buckingham. Finalement, Elizabeth II est bel et bien décédée ce 8 septembre 2022. La reine est pourtant connue pour avoir une santé robuste. Mais d’année en année, elle n’a cessé de montrer des signes de faiblesse, et ce de manière toujours plus alarmante.

Jusque 2012, surtout des petits incidents et des maux de dos

Depuis toujours, la reine du Royaume-Uni fait en sorte d’être présente le plus souvent possible lors de ses engagements prévus dans son agenda. Chaque absence est ainsi scrutée de très près par la presse britannique. En 1993 par exemple, une grippe l’a forcée à annuler plusieurs rendez-vous. Mais plus tard dans l’année, elle a tenu à se rendre dans une usine de sacs à main, malgré le fait qu’elle venait de se faire mordre par un de ses corgis avec plusieurs points de suture au passage. En janvier 1994, elle se casse le poignet en tombant de cheval à Sandringham, après plusieurs années sans chute, mais pas de problèmes de santé particuliers à ce moment-là.

Fin de l’année 2002 commence un de ses principaux problèmes de santé, celui qui concerne ses jambes. Elle se tord alors le genou à l’hippodrome de Newmarket (dans le Suffolk, à l’est de l’Angleterre). Elle apparaît avec une canne et doit être opérée du genou droit en janvier 2003 sous anesthésie générale à l’hôpital King Edward VII de Londres. Une intervention présentée comme mineure sur un cartilage déchiré. En 2006, c’est un mal de dos qui pose problème cette fois. Une douleur assez invalidante pour l’amener à reconfigurer son programme et à prendre un congé à Balmoral. En 2012, rebelote, encore une fois à cause de son dos.

Des Britanniques toujours plus inquiets depuis une dizaine d’années

Au cours de la dernière décennie, au-delà de ses problèmes de mobilité, c’est surtout lorsqu’elle tombe malade que la reine suscite l’inquiétude. En octobre 2011, elle manque une visite au British Museum après avoir attrapé un rhume. Début 2013, elle souffre d’une apparente infection à l’estomac, d’où l’annulation de plusieurs de ses engagements, dont un à Rome. Des experts extérieurs interrogés par la presse britannique parlent alors d’un éventuel recours à une réhydratation par voie intraveineuse.

Petit à petit, les Britanniques se font un sang d’encre dès le moindre signe de faiblesse, avec parfois de belles frayeurs. En témoigne cette erreur d’un journaliste de la BBC en 2015, où il affirme que la monarque a été hospitalisée en urgence. Le pays est en émoi, certains imaginent même déjà la reine décédée, mais en réalité il n’en est rien. Il s’agissait juste d’une mauvaise manipulation de la section nécrologique du média britannique. La reine a bien été à l’hôpital King Edward VII de Londres mais seulement pour faire son bilan de santé annuel. Scénario similaire plus d’un an après, mais cette fois-ci avec une vraie maladie en cause. Du 9 décembre 2016 au 8 janvier 2017, Elizabeth II souffre d’un mauvais rhume et ne fait aucune apparition publique, ratant même les services de fêtes du Nouvel An. Cette longue pause n’a pas manqué de suscité des rumeurs, avec par exemple un canular sur Twitter lancé depuis un faux compte de la BBC affirmant qu’elle était morte. À nouveau, plusieurs Britanniques se font avoir et pleurent leur reine qui est pourtant bien vivante.

Pour ne rien arranger, la monarque tombe plusieurs fois malade, et cela ne passe pas inaperçu. En juin 2018, elle manque un service à la cathédrale Saint-Paul de Londres, où était célébré le 200e anniversaire de l’Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges. Les réponses du palais commencent à être lacunaires, expliquant que la reine "se sentait mal", sans s’étaler sur les détails. Progressivement, les médias britanniques se demandent ce qui pourrait arriver si Elizabeth II s’avérait incapable d’être à la tête de l’État. Pourrait-elle devoir quitter son trône à cause de telle ou telle pathologie? Le débat est désormais ouvert.

Depuis la crise sanitaire, une situation toujours plus compliquée

C’est à ce moment-là qu’arrive la pandémie de coronavirus. À Buckingham, c’est l’alerte générale. Il faut absolument éviter que la famille royale ne soit contaminée, ce qui ferait courir un grand risque aux membres les plus âgés de la monarchie. Pour limiter le risque, Elizabeth II se replie dans son château de Windsor. Elle y restera durant une bonne partie de la crise sanitaire. L’arrivée du vaccin anti-Covid fait baisser la pression mais en avril 2021, le Royaume-Uni est en deuil. Le prince Philip vient de mourir. Hospitalisé à plusieurs reprises depuis 2017, il venait de subir une intervention pour un problème cardiaque. Les causes de sa mort resteront très peu évoquées et son certificat de décès notera brièvement qu’il a succombé à la "vieillesse".

En octobre 2021, c’est à nouveau l’état de santé de la reine qui préoccupe la population. Elle est admise à l’hôpital privé King Edward VII et il n’est d’abord question que de consulter quelques spécialistes. Elle y restera finalement une nuit et les explications du palais restent à nouveau très brèves. Il est question d’examens "préliminaires", sans précision supplémentaire. Durant les mois suivants, elle s’accompagne de plus en plus de sa canne et se montre de moins en moins, confiant même mi-février 2022 qu’elle "ne pouvait pas bouger". Sa venue à une cérémonie religieuse en hommage au prince Philip à Westminster le 29 mars 2022 a représenté sa première grande apparition publique depuis des mois.

Ces absences sont alors de plus en plus la norme. C’est flagrant le 10 mai dernier, lorsqu’il est annoncé qu’Elizabeth II ne prononcera finalement pas le discours du trône, une première depuis 59 ans. Cette fois-ci, il est clair que la bonne santé de la monarque n’est plus qu’un lointain souvenir. Certes, elle a attrapé le Covid-19 en avril 2022 mais elle ne cache pas qu’elle en est sortie "épuisée". Les mois passent, la reine a de plus en plus de mal à bouger et Buckingham en dit de moins en moins.

Aujourd’hui, l’attitude préoccupante de la famille royale qui se réunit à Balmoral laissait présager le pire. La déclaration inhabituelle du palais intrigue encore plus, celui-ci ne cachant plus le fait que "les médecins sont inquiets". Pour Richard Sunner, ancien correspondant royal de la BBC, c’est la preuve que quelque chose ne va vraiment pas. Interrogé par BBC News, il déclare: "La politique du palais a toujours reposé sur l’euphémisme et j’ai toujours soupçonné qu’il y avait peut-être plus qu’un problème de mobilité en cause ici. J’espère que c’est une tempête passagère qui peut être surmontée, mais je pense qu’à en juger par la formulation soignée du palais, quelque chose de grave se passe peut-être ici".

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