Royaume-Uni: comment Liz Truss s’est imposée pour remplacer Boris Johnson

Favorite pour devenir Première ministre, Liz Truss a percé en politique en se montrant souvent plus pragmatique qu'attachée à ses convictions premières.

Liz Truss à Blackpool
Liz Truss le 19 mars 2022 à Blackpool, lors d’une conférence du parti conservateur britannique ©BelgaImage

Liz Truss est la grande favorite pour le poste de Premier ministre au Royaume-Uni. La politicienne conservatrice de 47 ans est une proche confidente de l’actuel Premier ministre Boris Johnson. La "grenade à main humaine" des conservateurs doit cependant s’imposer sans le charisme de BoJo.

Des libéraux démocrates aux conservateurs

Mary Elizabeth Truss est née le 26 juillet 1975 à Oxford dans une portée progressive. Sa mère, une infirmière, l’emmène déjà à des manifestations contre les armes nucléaires lorsqu’elle est toute petite. La famille Truss déménage en Écosse lorsque la fille aînée Liz a 4 ans. À l’âge de 18 ans, elle retourne à Oxford pour étudier la politique, la philosophie et l’économie à l’Université d’Oxford.
Là, Truss fait également ses premiers pas en politique, mais avec les libéraux démocrates, le parti libéral de gauche en Grande-Bretagne. Elle devient présidente de la section universitaire des LibDems et à ce titre prône, entre autres, l’abolition de la monarchie.

Truss obtient son diplôme en 1996, puis travaille chez le géant pétrolier Shell. Pendant ses études, elle a déjà basculé au Parti conservateur. En 2000, elle a épousé Hugh O’Leary, avec qui elle a deux filles. Le passage de Truss aux conservateurs a déjà montré qu’au cours de sa carrière, elle préférerait souvent le pragmatisme aux considérations idéologiques. À l’approche du référendum sur le Brexit de 2016 – Truss fait alors partie du gouvernement conservateur depuis plusieurs années, en faisant campagne pour le camp du "Remain". Ce n’est qu’après l’annonce du résultat du référendum qu’elle change de position et qu’elle se lance dans une rupture brutale avec l’Union européenne.

Partisane fidèle de Johnson

Cette volte-face n’impacte pas sa carrière outre-mesure. Sous le Premier ministre Boris Johnson, elle sera promue secrétaire d’État au Commerce extérieur en 2019, l’obligeant souvent à représenter le Royaume-Uni à l’étranger. En 2021, elle remplacera Dominic Raab au poste de ministre des Affaires étrangères, un poste prestigieux. À ce titre, elle se querelle avec l’Union européenne sur l’application du protocole d’Irlande du Nord et, avec Johnson, elle devient le porte-drapeau de la ligne dure contre le président russe Vladimir Poutine après son invasion de l’Ukraine.

Truss appartient au noyau dur autour de Boris Johnson. Des dizaines de ministres démissionnent un à un au début de l’été pour mettre à genoux le Premier ministre en proie aux scandales, mais Liz Truss lui reste fidèle, contrairement à son rival au poste de Premier ministre, l’ancien ministre des Finances Rishi Sunak. Même après la démission de Johnson, elle a refusé de le critiquer pour les soirées de confinement à Downing Street ou pour sa promotion du député conservateur Chris Pincher, connu pour ses inconduites sexuelles. Cette attitude loyale a valu à Truss le soutien des membres du parti conservateur, qui, selon l’agence de recherche YouGov, préféreraient continuer avec Johnson lui-même.

Des défauts et une comparaison non-avouée avec Thatcher

Elle n’a cependant pas le charisme de BoJo. Elle apparaît comme affaiblie dans les débats et les apparitions à la télévision. Le discours bizarre qu’elle a prononcé en 2014 sur l’importation de fromages, de pommes et de porc en Grande-Bretagne est désormais légendaire. Les initiés de Whitehall l’ont appelée "la grenade à main humaine" pendant des années, car elle ne traite pas les cas de manière subtile. Truss est également connue pour son utilisation des réseaux sociaux, où elle partage régulièrement des photos bizarres d’elle-même. On peut la voir sur un vélo avec un parapluie Union Jack ou avec un équipement de camouflage dans un tank, comme Margaret Thatcher en 1986. Truss semble souvent vouloir se comparer avec Thatcher et ses dernières années, par exemple en portant régulièrement une tenue qui semble sortir tout droit du placard de l’ancienne Première ministre aujourd’hui décédée.

Elle-même rejette ces commentaires, décrits comme un non-sens. Mais au niveau politique, Truss semble aussi refléter la défunte Dame de Fer. Ces derniers mois, par exemple, elle a promis à ses collègues du parti de réduire les impôts dès qu’elle deviendrait Premier ministre, elle veut "libérer les entreprises d’une réglementation pesante", abolir tous les vestiges de la législation européenne d’ici l’année prochaine et elle promet de supprimer temporairement les taxes vertes pour réduire le fardeau sur l’économie. Elle ne veut pas entendre dire que, selon les critiques, elle menace de faire monter encore plus l’inflation britannique galopante.

Si elle réussit, Truss devra immédiatement faire face à d’énormes défis. L’Angleterre connaît un été exceptionnellement chaud et sec, les prix de l’énergie augmentent plus rapidement en Grande-Bretagne que partout ailleurs en Europe et l’économie britannique voit ses secteurs se mettre successivement en grève. Reste à voir si la "grenade à main humaine" peut gagner le cœur des Britanniques. Seuls les 160.000 membres du Parti conservateur peuvent voter pour le nouveau Premier ministre, représentant à peine 0,3 % de l’électorat britannique qui est en moyenne beaucoup plus jeune, plus féminin et plus diversifié que le conservateur moyen.

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