Thierry Michel vs le pouvoir congolais: l’histoire d’une injustice

Le réalisateur belge Thierry Michel livre au Congo un combat pour la vérité. Ce sera le dernier d’une longue série.

Thierry Michel
© BelgaImage

Thierry Michel

Le premier
Zaïre, le cycle du serpent est le premier documentaire que le réalisateur carolo consacre à l’ancienne colonie belge. Il dressait le portrait d’une société à deux vitesses, meurtrie après trente années d’indépendance et vingt-cinq années de mobutisme.

Le plus connu
Thierry Michel a réalisé treize films sur le Congo. Son œuvre la plus connue est, sans doute, L’homme qui répare les femmes: la colère d’Hippocrate, Magritte du meilleur documentaire 2016. Ce documentaire était consacré au Prix Nobel de la paix le Dr Denis Mukwege qui procède à des opérations de chirurgie réparatrice sur des femmes victimes de viols, à l’hôpital de Panzi à Bukavu.

Le dernier
L’empire du silence est le film testament de Thierry Michel et clôt le “cycle congolais”. Il dénonce vingt-cinq années de violences qui ont causé des millions de morts dans le pays et leur impunité. Et pointe des ­responsables dont certains occupent toujours des fonctions officielles.

Le plus osé?
Pour défendre son film qui supporte, tout comme le Dr Mukwege, la campagne “Justice For Congo” demandant que les responsables des massacres soient enfin jugés, Thierry Michel est parti pour une tournée durant laquelle il le projettera à la population congolaise. Non sans risque.

Le pouvoir congolais

Mobutu
Zaïre, le cycle du serpent qui montrait, en substance, une classe dirigeante ultra-privilégiée congrue et l’immense majorité de la population vivant dans la précarité avait fortement déplu au dictateur Mobutu. Thierry Michel fut arrêté puis détenu deux jours avant d’être expulsé du pays.

Kabila
L’homme qui répare les femmes est provisoirement interdit de diffusion en République démocratique du Congo, au motif d’une “volonté manifeste de nuire à l’armée congolaise et de salir son image”. Le ministre de la Communication de l’administration Joseph Kabila confirme son interdiction définitive.

Plagiat
Les frères Balufu, deux cinéastes congolais, accusent Thierry Michel de “contrefaçon, de plagiat et de voler l’imaginaire des Congolais”. Ils déposent plainte et – curieusement – réclament une copie du film “afin d’effectuer des comparaisons” avec le leur.

Tshisekedi
Le procès débute cette semaine à Kinshasa. Un avocat indépendant a par ailleurs conclu à une absence de ­contrefaçon et de plagiat: il y a quatre images – provenant de la banque d’images Reuters – en commun entre le film de Thierry Michel et celui des frères Balufu. Cette affaire est un test de l’indépendance de la justice congolaise. Mais elle embarrasse d’évidence la présidence Tshisekedi.

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