Pakistan: "Littéralement un tiers du pays est sous les eaux"

La ministre du Changement climatique, Sherry Rehman, évoque une situation "aux proportions inimaginables" et a adressé des critiques aux grands pays industrialisés.

Inondations au Pakistan en 2022
©Belga

Un tiers du Pakistan est actuellement " sous les eaux " après les inondations causées par la mousson, a indiqué lundi dans une interview à l’AFP la ministre du Changement climatique, Sherry Rehman, évoquant une " crise aux proportions inimaginables ". Le Pakistan est aux prises avec les pires pluies de mousson depuis 30 ans, qui ont fait au moins 1.136 morts, selon le dernier bilan publié lundi par l’Autorité nationale de gestion des catastrophes (NDMA), et affecté 33 millions de personnes.

"Voir la dévastation sur le terrain est vraiment ahurissant", a déclaré Mme Rehman. "Nous sommes habitués chaque année à la mousson, mais n’avons jamais rien vu de tel. Cela a été huit semaines d’averses constantes", principalement dans les provinces du Sind (sud) et du Baloutchistan (sud-ouest).La ministre a dit s’attendre à ce que le bilan s’aggrave encore, alors que de nombreuses zones du nord, où des dizaines de cours d’eau sont en crue à cause des pluies record et de la fonte des glaciers, restent coupées du reste du pays.

"Littéralement un tiers du Pakistan est sous les eaux actuellement, ce qui dépasse toute limite, toute norme constatée par le passé", même lors des inondations de 2010 quand 2.000 personnes avaient été tuées et près d’un cinquième du pays submergé par les pluies de mousson, a-t-elle expliqué. La force des flots fait penser à "un film dystopique", où "si vous survolez ce paysage, vous ne voyez aucune terre sèche, vous ne voyez que des kilomètres de champs inondés, de villages anéantis".

"Quand nous envoyons des pompes à eau, ils nous demandent d’où pomper. Tout n’est qu’un grand océan, il n’y a pas d’endroit sec d’où pomper l’eau. C’est devenu une crise aux proportions inimaginables".

Mme Rehman a renouvelé l’appel à l’aide internationale lancé par son pays. "Il est temps pour nos amis internationaux de comprendre combien cette calamité est choquante et catastrophique", a-t-elle estimé. "Nous avons réellement besoin d’une dynamique concertée pour répondre au manque de ressources", a-t-elle ajouté, précisant que les besoins immédiats pour les trois ou quatre prochains jours s’élevaient à un milliard de dollars.

Le Pakistan est en contact étroit avec l’ONU, la Banque asiatique de développement et le Fonds monétaire international (FMI). "Espérons qu’ils puissent trouver une solution qui aide vraiment l’un des pays les plus affectés par le changement climatique au monde, quand il a tant besoin", a ajouté Mme Rehman.

Les grands pays industrialisés dans le viseur

Ministre du Changement climatique depuis seulement avril, celle-ci a en ce cours laps de temps été confrontée à une vague de chaleur qui a parfois dépassé les 50°C, à des feux de forêts ravageurs et à des crues dévastatrices causées par la fonte rapide des glaciers. Cette ancienne diplomate de 61 ans ne mâche pas ses mots à l’égard des grands pays industrialisés pour leur rôle dans le réchauffement climatique.

Le Pakistan est responsable de moins de 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais il figure en 8e position des pays les plus menacés par les phénomènes météorologiques extrêmes, selon une étude de l’ONG Germanwatch.

"Vraiment, il est temps que les grands émetteurs (de gaz à effet de serre), revoient leurs politiques. Nous avons clairement franchi un seuil, pas seulement le Pakistan mais plusieurs pays. Le climat mondial a franchi un seuil plus tôt qu’attendu."

"Nous constatons que les promesses et ambitions dans les forums internationaux formulées par certains pays, les pays riches, ceux qui se sont enrichis sur le dos des combustibles fossiles, ne se matérialisent pas vraiment."

"Maintenant, nous avons à peine l’argent pour secourir (les victimes des inondations), encore moins reconstruire le pays. Il va être très difficile de construire un pays résistant au changement climatique. Mais nous devons le faire, nous n’avons pas d’autre option."

Une crise agricole à venir

D’ici là, le Pakistan s’attend à connaître des heures sombres. Déjà en crise, son économie sera fortement impactée par ces inondations, le pays dépendant lourdement de son agriculture. "Le Sind est la moitié du grenier à grains du Pakistan et ne pourra rien faire pousser du tout la saison prochaine", a pronostiqué Mme Rehman. "Non seulement nos exportations seront impactées, mais notre sécurité alimentaire va en prendre un coup cette fois-ci. C’est vraiment une crise multi-dimensionnelle et complexe."

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