L’audience des principales chaînes contrôlées par l’Etat russe s’effondre de 25% : la propagande s’enraye

La guerre ne se fait pas qu'avec des armes à feu. La propagande joue un rôle crucial dans la stratégie menée par le Kremlin.

Vladimir Poutine
©Belgaimage

Depuis le 24 février 2022, la guerre de la vérité est déclarée. Avec le début d’une " opération militaire spéciale ", comme l’a présenté le président russe Vladimir Poutine, c’est une véritable déclaration de guerre qu’a lancé l’invasion russe en Ukraine, selon la grille d’analyse dressée par les Occidentaux.

En Russie, à la télévision, dans les journaux, le récit des exactions menées sur le territoire ukrainien prend l’autoroute d’une propagande devant justifier l’injustifiable. Mais la machine semble se gripper. Depuis six mois, les audiences des trois principales chaînes fédérales dépendantes du Kremlin – Perviy Kanal, Rossiya 1 et NTV – sont en chute libre. Respectivement, elles régressent de 25,5 %, de 23 % et de 16,6 % durant le mois de juillet. Ces données n’enlèvent toutefois pas la place de leader à Perviy Kanal.

Tous vers Telegram

Dans les colonnes du Monde, Françoise Doucé, directrice du Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen, relève plusieurs raisons à cette dégringolade. Elle souligne d’abord la lassitude qui gagne les téléspectateur face aux programmes entièrement consacrés à la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, ce sont les émissions de divertissement qui tirent leur épingle du jeu. " C’est comme si la population faisait semblant d’ignorer cette guerre, pour prendre ses distances ", explique-t-elle au quotidien français.

Mais le véritablement enseignement, c’est que l’audience se déplace vers un autre médium : Telegram. La messagerie cryptée, déjà très populaire en Russie, ne cesse de prendre du galon. Plus 25 % d’utilisateurs russes sur la dernière semaine de juillet. Cette plateforme conquière de l’audience grâce à la diffusion d’une information qui ne peut être filtrée par le Kremlin. Mais l’application est loin d’être une rivière  de vérités. Là aussi, la désinformation ruisselle. " Faute de pouvoir l’interdire, l’Etat l’a investie et y déverse aussi sa propagande. Par exemple, les chaînes de[l’ex-président] Dmitri Medvedev, très actif, et de Ramzan Kadyrov [l’homme fort de la Tchétchénie, impliqué dans la guerre en Ukraine] figurent parmi les plus suivies par la population ", confie l’experte à nos confrères. Et comme le succès de Telegram s’est construit sur le secret, impossible de savoir ce que consomment les utilisateurs.

Ce shift qui s’opère dans la consommation de l’information par les Russes va peut être obliger le pouvoir à revoir ses plans de communication, lui qui investit chaque année près d’1,7 milliard d’euros dans sa propagande.

Sur le même sujet
Plus d'actualité