Afghanistan: que deviennent les femmes après un an de domination talibane?

Malgré leurs promesses rassurantes lors de la prise du pouvoir à Kaboul, les talibans n'ont cessé de faire reculer les droits des femmes afghanes.

Manifestante en burqa à Kaboul
Une femme en burqa proteste contre le régime taliban, le 26 janvier 2022 à Kaboul @BelgaImage

L’Union européenne s’est déclarée dimanche "particulièrement inquiète" devant la dégradation des conditions de vie des femmes et des filles en Afghanistan, au lendemain de la répression violente d’une manifestation de femmes à Kaboul.

Un an de retours en arrière

Samedi, les talibans avaient tiré en l’air de nombreuses fois, et utilisé notamment les crosses de leur fusil pour frapper des femmes qui manifestaient pour demander "du pain, du travail et la liberté". Certaines ont été poursuivies jusque dans des magasins où elles s’étaient réfugiées et frappées.

Lors de leur arrivée au pouvoir à Kaboul, les talibans avaient promis de donner plus de libertés aux femmes comparé à l’époque de leur premier régime, il y a une vingtaine d’années. Depuis, les talibans ont imposé des restrictions de plus en plus nombreuses vis-à-vis des femmes. Les experts préviennent de plus que l’Afghanistan est redevenu un refuge pour le terrorisme. Maintenant que les talibans tirent à nouveau les ficelles, les observateurs constatent un retour à la case départ à bien des égards. L’Afghanistan vit ainsi une catastrophe humanitaire, près de la moitié de la population étant menacée par la faim, et les organisations se plaignent régulièrement de la violation des droits humains et de l’exclusion des filles et des femmes de la vie publique.

Les filles et les enfants, premières victimes des talibans

"La politique draconienne des talibans prive des millions de femmes et de filles de leur droit de mener une vie sûre et libre", a déclaré fin juillet Agnès Callamard, secrétaire générale de l’organisation de défense des droits humains Amnesty International. "Aller à l’école, travailler, sortir de chez soi: chaque activité quotidienne est maîtrisée et restreinte". Des milliers de filles du secondaire ont reçu l’ordre de rester à la maison.

En outre, un rapport de Save the Children Afghanistan montre que près de 80% de tous les enfants déclarent s’être couchés le ventre vide au cours du mois écoulé. Pour les filles, le risque est même presque deux fois plus élevé, ce qui a des conséquences sur leur santé mentale: un quart présente des signes de dépression. Amnesty constate également une augmentation du nombre de mariages d’enfants et de mariages forcés.

L’UE met en garde les talibans

"L’Union européenne s’inquiète particulièrement du destin des femmes et des filles afghanes, qui se voient privées systématiquement de leurs libertés, leurs droits et leur accès à des services de base comme l’éducation", écrit aujourd’hui le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell dans un communiqué. "L’UE réitère que l’Afghanistan doit adhérer aux traités signés par ce pays, y compris en soutenant et en protégeant les droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques de tous les Afghans, et leur permettre participer pleinement et de façon égale et significative au gouvernement du pays", ajoute-t-il.

Le communiqué rappelle aussi que toute aide humanitaire à l’Afghanistan dépend du respect par les talibans des principes de bases des droits humains, "notamment les droits des femmes et des filles, des enfants, et des minorités". Il souligne par ailleurs que "l’Afghanistan ne doit pas être une menace pour la sécurité d’un autre pays". Les talibans ont assuré ne pas être au courant de la présence dans leur pays du chef d’al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, que les Etats-Unis ont annoncé le 2 août avoir tué à Kaboul d’un tir de drone.

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