La directrice d’Amnesty Ukraine démissionne après les accusations contre Kiev

Kiev accuse Amnesty International de faire le jeu de la Russie en publiant un rapport sur les pratiques de guerre ukrainiennes. L'ONG s'en défend.

Oksana Pokalchuk au Capitole
Oksana Pokalchuk au Capitole, à Washington D.C. le 20 juillet 2022 @BelgaImage

La directrice de l’organisation de défense des droits humains Amnesty International en Ukraine, Oksana Pokalchuk, a démissionné en réaction à la publication jeudi d’un rapport incriminant l’armée ukrainienne, que l’ONG accuse d’avoir mis des civils en danger pour repousser l’invasion russe, rapporte samedi l’agence de presse Reuters. "La manière dont est rédigé ce rapport semble soutenir la propagande russe", estime-t-elle.

L’Ukraine et Amnesty défendent leurs points de vue

Le bureau ukrainien de l’ONG a souligné à plusieurs reprises, mais en vain, auprès de la hiérarchie que le rapport d’Amnesty était partiel et devait prendre en compte la position du ministère ukrainien de la Défense, a écrit sur Facebook vendredi soir Mme Pokalchuk. "En tentant de protéger la population civile, ce rapport fait le jeu de la propagande russe", juge-t-elle. Dans ce rapport publié après une enquête de quatre mois, l’ONG accuse l’armée ukrainienne d’établir des bases militaires dans des écoles et des hôpitaux et de lancer des attaques depuis des zones peuplées, une tactique qui viole selon elle le droit humanitaire international. "Cela me peine de l’admettre mais nous sommes en désaccord avec la direction d’Amnesty International sur certaines valeurs. C’est pourquoi j’ai décidé de quitter l’organisation", explique Oksana Pokalchuk.

Face aux critiques ukrainiennes, la secrétaire générale de l’ONG, Agnès Callamard, avait déclaré vendredi que le gouvernement n’avait pas répondu à une demande de réaction ou de commentaire avant la publication du rapport. "Les pratiques militaires ukrainiennes ne justifient en rien les violations systématiques par la Russie du droit international humanitaire", avait-elle défendu. "Ignorer des violations commises par une partie privilégiée par rapport à l’autre ne serait pas une manière de rendre compte des droits humains".

Selon Oksana Pokalchuk, sur l’insistance de son équipe, Amnesty a finalement "envoyé une demande au ministère de la Défense" mais lui a "donné très peu de temps pour répondre". "Si vous ne vivez pas dans un pays envahi par des occupants qui le morcellent, vous ne comprenez probablement pas ce que c’est de condamner une armée de défenseurs", a conclu la responsable d’Amnesty Ukraine. Pour le président Volodymyr Zelensky, Amnesty a inversé les rôles, faisant passer "la victime pour l’agresseur" et a accusé l’ONG de "créer un faux équilibre entre l’oppresseur et la victime, entre le pays qui détruit des centaines et des milliers de civils, de villes, de territoires et le pays qui se défend désespérément".

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