Café ou dentifrice au gramme, les Nigérians contraints de tout acheter en minuscules quantités

Écrasés par l'inflation, la population doit acheter ses produits quotidiens en très faibles quantité.

Marché au Nigéria
©Belga

Cinq grammes de dentifrice ou dix centilitres d’huile de cuisson: étranglés par le coût de la vie, les Nigérians achètent désormais leurs produits de première nécessité en petite quantité, emballés dans de minuscules sachets plastiques, à consommer dans la journée.

Les grandes marques à l’origine de cette " sachétisation de l’économie ", y voient là une " innovation ", permettant un accès à la consommation pour tous les Nigérians, dont la majorité survit au jour le jour. Pour d’autres, c’est une aberration économique et écologique. Sur le stand qu’Ibrahim Atahire tient depuis 30 ans dans une voie animée d’Obalende, tout est vendu en sachet: du café ou du lait en poudre pour une tasse seulement, quelques grammes de céréales pour un bol, de la pâte à dentifrice pour un brossage de dent, des rasoirs emballés et vendus individuellement, de la lessive en poudre pour un unique lavage, serviette hygiénique à l’unité. Même la crème anti-moustique pour soulager les piqûres est vendue dans un emballage plastique plus petit qu’une paume de main.
Pour le déjeuner, l’huile de cuisson s’achète aussi en sachet, tout comme les épices, la sauce tomate. Un sachet, pour chaque ingrédient et pour chaque repas.

Une inflation à 17%

Depuis des années, je propose des sachets à la vente, mais récemment les gens n’ont plus les moyens d’acheter en quantité normale, donc je vends plus que ça" , explique le vendeur. Acheter en sachets chaque jour coûte plus cher à la fin du mois, mais difficile pour certains citoyens de mettre de l’argent de côté. C’est ainsi que les plus pauvres, se retrouvent in fine " à dépenser plus " que les autres, avance l’économiste Tunde Leye.

La première économie du continent a été frappée de plein fouet par la pandémie de coronavirus, qui a fait grimper les prix en 2021 de 17%, et particulièrement ceux des produits alimentaires, faisant tomber dans la pauvreté six millions de Nigérians supplémentaires. Elle subit désormais les retombées de la guerre en Ukraine et d’une politique économique très critiquée: en 2022, la Banque Mondiale prévoit une inflation de 15,5% et un million de pauvres en plus. En tout, le nombre de personnes vivant dans la grande pauvreté devrait atteindre les 95,1 millions soit près d’un Nigérian sur deux, selon ses projections.

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