Guerre en Ukraine: voici l’impact des sanctions sur l’économie russe

Une étude de l'université Yale a établi à que l'économie russe est bien plus affectée qu'elle ne le laisse paraître par les sanctions.

Rouble russe
Une pièce de rouble russe, avec la Cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux de Moscou en arrière-plan, le 28 avril 2022 @BelgaImage

C’est un des grands sujets de débat: l’effet des sanctions économiques contre la Russie est-il aussi important que prévu? Vladimir Poutine avoue que son pays doit faire face à des "difficultés colossales" mais plusieurs personnalités européennes, notamment d’extrême-droite, ont demandé à ce qu’elles soient abandonnées. C’est le cas du Premier ministre hongrois Viktor Orbán qui a estimé que la Russie souffrait moins des sanctions que l’Union européenne. Depuis, d’autres lui ont emboîté le pas, comme Marine Le Pen en France. L’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, réputé proche du Kremlin, a fait de même.

Cette semaine, une nouvelle étude de l’université Yale remet les pendules à l’heure. Oui, l’impact des sanctions sur la Russie est très lourd. Après une analyse statistique, il s’avère que celui-ci est bien plus important que ce que ne laisse paraître les chiffres officiels. Quant à l’affirmation selon laquelle l’économie russe serait plus résiliente que celle occidentale face aux sanctions, voire prospère, "c’est tout simplement faux", affirment les auteurs.

Un pays fragilisé de toutes parts

Pour arriver à cette conclusion, les universitaires de Yale ont scruté les données de consommation, opéré de multiples vérifications à partir de sources différentes, pris en compte les communiqués des partenaires commerciaux de la Russie et évidemment toutes les statistiques à disposition. Résultat: "les départs des entreprises et les sanctions paralysent de manière catastrophique l’économie russe, à court et à long terme". Premier point mis en lumière: la Russie a vu son statut d’exportateur de matières premières "irrévocablement détérioré". Elle a perdu ses débouchés d’autrefois et n’arrive pas à effectuer efficacement son "pivot vers l’Asie" voulu par Vladimir Poutine. Cette dernière option se baserait d’ailleurs sur "des hypothèses optimistes irréalistes". "La Russie représente un partenaire commercial mineur pour la Chine, […] et la plupart des entreprises chinoises ne peuvent pas risquer d’enfreindre les sanctions américaines". Interrogé par RFI, Thierry Bros, professeur en énergie et climat à Sciences-Po, ajoute à ce propos que "les acheteurs asiatiques, la Chine et l’Inde, font valoir le fait que ce sont aujourd’hui les seuls à pouvoir l’acheter. Et donc, demandent un décompte. C’est cela, la grande nouveauté".

Logiquement, les importations russes "se sont largement effondrées", constate l’université de Yale, et le Kremlin a du mal à obtenir les pièces détachées et matières premières nécessaires au fonctionnement de son économie. "Par exemple, les ventes de voitures pour les particuliers se sont effondrées de 99%. Il y a des éléments comme ça, qui laissent penser que l’économie russe ne se porte pas bien", ajoute l’économiste Agathe Demarais. Les partenaires commerciaux du Kremlin restent hésitants dans un contexte aussi instable et beaucoup d’entreprises renoncent à commercer avec Moscou. Cela "entraîne des pénuries généralisées d’approvisionnement au sein de son économie nationale" et ce n’est pas tout. "Malgré les illusions d’autosuffisance et de substitution des importations […], la production intérieure russe s’est complètement arrêtée et n’a pas la capacité de remplacer les entreprises, les produits et les talents perdus", d’où une énorme inflation qui ne manque pas de se répercuter sur les consommateurs russes. Les entreprises qui ont quitté le pays "représentent environ 40% de son PIB, annulant la quasi-totalité des trois décennies d’investissements étrangers".

L’économie russe en crise "tant que les pays alliés restent unis"

Évidemment, Moscou ne se contente pas de subir et tente de réagir. "Poutine a recours à une intervention budgétaire et monétaire manifestement insoutenable […] qui ont déjà envoyé son budget gouvernemental en déficit pour la première fois depuis des années et épuisé ses réserves de change même avec des prix élevés de l’énergie". De plus, les finances du Kremlin "sont dans une situation bien plus désespérée que ce qui est admis". "Les marchés financiers intérieurs russes […] sont les marchés les moins performants du monde entier cette année malgré des contrôles de capitaux stricts", affirment les auteurs de l’étude.

Ces derniers concluent en ajoutant que la Russie ne pourra pas avoir d’option de sortie de crise "tant que les pays alliés restent unis dans le maintien et l’augmentation de la pression des sanctions contre la Russie". "Les gros titres défaitistes affirmant que l’économie russe a rebondi ne sont tout simplement pas factuels – les faits sont que, à tous égards et à tous les niveaux, l’économie russe est sous le choc, et ce n’est pas le moment de freiner", ajoutent-ils.

Pour cette année, le FMI prévoit pour l’instant une chute du PIB russe de 6%. Cela représente une grosse récession mais cela dit moins forte qu’imaginée en avril, lorsque les prévisions étaient de 8,5%. Un optimisme tout relatif puisque pour 2023, l’organisation a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour Moscou. L’année prochaine, au lieu d’une récession de

Le FMI dit 6%, nous, avec nos modèles, on dit 10%. C’est difficile de faire une prévision, mais dire, dans ces conditions, que l’économie russe se porte bien, ça me paraît un petit peu difficile "

Selon le Fonds monétaire international, la Russie s’en sort mieux que prévu cette année, avec une récession du PIB attendue de 6,0 % en 2022, selon ses dernières prévisions publiées mardi, bien moins que le plongeon de 8,5 % sur lequel tablait l’organisation en avril. En 2023, cette même récession devrait être encore de 3,5% selon les chiffres actuels.

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