Incendies en France: quel profil pour les pyromanes?

Depuis le début de l’été, la France est frappée par des feux de forêt en série. Gironde, Bretagne, Ardèche, Hérault… Certains des incendies ont en commun une origine criminelle.

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Un pompier luttant contre les flammes à Aubais (Gard), le 31 juillet [email protected]

"Pompier pyromane" : l’expression, courante, tire son origine d’un phénomène beaucoup plus rare. Dans le cas de certains départs de feu qui ont ravagé l’Hérault la semaine dernière, elle est pourtant toute indiquée. Vendredi, un sapeur-pompier volontaire était placé en garde à vue dans ce département du sud de la France.

Âgé de 37 ans, l’homme est passé aux aveux, reconnaissant avoir déclenché 8 feux depuis le mois de mai et plusieurs autres ces trois dernières années. Il était par ailleurs un élu de la commune de Saint-Jean-de-la-Blaquière. Interviewé l’an dernier par un journal local, l’homme évoquait le métier avec passion. "Lorsque l’on est appelé sur un départ de feu, il y a la peur bien sûr, mais nous sommes surtout guidés par l’adrénaline", disait-il.

Il a expliqué son geste par la volonté de "provoquer des interventions de sapeurs-pompiers afin de s’extraire d’un cadre familial oppressant". Il était également en quête de "reconnaissance sociale" et d’"adrénaline", a-t-il reconnu. Placé en détention provisoire, il risque 15 ans de prison et 150.000 euros d’amende.

Parmi les nombreux incendies qui frappent la France cet été (un feu a encore détruit 370 hectares de forêts dans le Gard ce dimanche), plusieurs sont d’origine criminelle. En Ardèche, un homme a été interpellé pour douze départs de feux. En Bretagne et en Gironde, les enquêteurs sont persuadés que les incendies sont le fait de pyromanes, sans avoir toutefois pu identifier les coupables.

La pyromanie, entre pulsion et opportunité

En France, le ministère de l’intérieur estime que 10% des quelque 300.000 incendies recensés chaque année proviennent d’actes délibérés. Comme l’intention criminelle n’est pas toujours évident à prouver devant la justice, ce chiffre est potentiellement sous-estimé. En Australie (le pays est régulièrement la proie des flammes, lire à ce sujet l’excellent L’incendiaire, de Chloe Hooper), une étude de 2011 situait cette proportion plutôt entre 25% et 50% des incendies dont la cause est connue, selon Le Monde.

Longtemps considérée comme une maladie psychiatrique, la pyromanie concernerait 1% de la population, selon une étude américaine de 2010. Auprès du Monde, Laurent Layet, psychiatre et expert auprès de la Cour de cassation, la définissait comme "un trouble du contrôle des impulsions, qu’on retrouve chez le joueur pathologique, par exemple". Avec une nuance importante : "Certes le pyromane cède à une impulsion, mais c’est un mécanisme réfléchi".

Ainsi, le passage à l’acte serait aussi une question d’opportunité. "La personne repère des lieux où la prise de risque est minimale, la destruction assez importante et le retentissement dans les médias et le voisinage représente une valorisation", précisait dans le quotidien français la chercheuse en psychologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (Lausanne) Julie Palix.

Pas de profil type, mais…

Selon les experts, il est difficile de dresser un profil type de pyromane. "Il n’y a pas de profil-type chez le pyromane, on va voir des milieux sociaux, économiques et professionnels très variés, balisait au micro d’Europe 1 le psychiatre Mickaël Morlet-Rivelli. Le trouble de la personnalité est la comorbidité numéro un chez les individus reconnus coupables de pyromanie".

Certains points communs se dégagent néanmoins : la grande majorité des pyromanes sont des hommes, fascinés par le feu, et peuvent souvent agir sous l’effet de l’alcool ou de drogues. "Ces individus mettent le feu dans des périodes particulières de leur vie où ils sont tristes ou frustrés, détaillait dans Le Monde Laurent Layet. Comme ils sont dans l’incapacité de penser cette tristesse ou cette frustration, ils agissent".

Pour Mickaël Morlet-Rivelli, les pyromanes sont à la "recherche d’excitation, d’accomplissement d’un désir qui va se traduire par la destruction d’un bien par le feu". "C’est un allumage qui est délibéré et réfléchi. Il y a un plaisir, une gratification, voire un soulagement quand il allume l’incendie", ajoutait-il.

Comment lutter contre les pyromanes ?

En France, les auteurs de départs de feu volontaires en milieu forestier encourent une peine de quinze ans de prison et une amende de 150 000 euros. Mais le mode opératoire des pyromanes complique les poursuites pénales. Comment prouver une intention de départ de feu qui dépasse la "simple" négligence lorsqu’on abandonne un mégot, par exemple ? Certains chercheurs préconisent des méthodes de prévention, pour favoriser le lien social et l’attachement à l’environnement, et ainsi éviter le passage à l’acte.

Dans le cas des pompiers pyromanes, il est souvent compliqué de les détecter, parce qu’ils "ont une bonne capacité d’adaptation, et ils mentent à tout le monde sur le plaisir qu’ils ressentent en voyant du feu", expliquait le psychologue et criminologue Jean-Pierre Bouchard, malgré l’examen médical (physique et psychologique) auxquels sont soumis les pompiers.

Auprès de FranceInfo, l’expert insistait sur la nécessité d’avoir "des psys formés aux problèmes de dangerosité", capables de détecter les stratégies de certains candidats pour cacher des aspects de leur personnalité. De son côté, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (France) plaidait pour l’accès à la totalité des antécédents judiciaires au moment du recrutement.

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