Pourquoi la crise en Italie inquiète l’Europe

La chute du gouvernement de Mario Draghi risque d'avoir de lourdes conséquences sur tout le continent. Avec l'Italie, c'est toute l'Europe qui vacille. Voici pourquoi.

Pourquoi la crise en Italie inquiète l’Europe
Belga

La chute de Mario Draghi arrive au plus mauvais moment pour l’Europe. Certes, on savait que ce gouvernement de quasi union nationale (allant de l’anti-système à l’extrême droite) était précaire, comme toujours en Italie, mais les dirigeants européens qu’il allait tenir encore quelques mois de plus, le temps que les crises géopolitiques passent. Or, loin de passer, celles-ci se multiplient.

Pourquoi le départ de Mario Draghi de la présidence du Conseil italien est-elle si importante pour l’Europe – et indirectement pour la Belgique ? Pour plusieurs raisons.

  1. 1. La solidarité européenne remise en doute

Durant la crise du Covid, l’Europe a, pour la première fois, montré qu’elle était unie et solidaire. La dette commune de 750 milliards d’euros devait permettre aux pays touchés par la pandémie de se remettre debout et d’attaque. L’Italie est la première bénéficiaire de ce plan de relance avec 200 milliards d’euros (68,9 milliards d’euros d’aides et 122,6 milliards d’euros de prêts). Mais cet argent doit servir, avant tout, à réformer le pays pour mieux relancer et solidifier son économie très fragilisée.

Or, Mario Draghi était, pour l’Europe, le garant de la bonne utilisation de cet argent. Jusqu’ici, l’Italie a reçu environ un quart de la somme promise et l’ancien président de la BCE l’a utilisée pour faire des réformes à pas de charges, en matière de système judiciaire, de marchés publics et de fonction publique. Mais ces réformes doivent être menées à termes et les autres dépendront de la nouvelle coalition mise en place après les élections du 25 septembre prochain.

Joyeux bordel dans l’Union – Belga

Le fait est que l’accord d’endettement commun a été obtenu de dure lutte. En gros, les pays " frugaux " du nord ne faisaient aucune confiance aux pays du sud pour mener à bien les réformes nécessaires pour que leurs économies soient plus solides. L’Italie est un test. Que l’Italie échoue et c’en sera terminé de cette solidarité européenne. Ni l’Allemagne, ni les Pays-Bas ne voudront plus mutualiser leur dette avec l’Italie ou la Grèce. Ce qui mettrait un frein très longue durée à l’intégration européenne.

  1. 2. Le risque d’une nouvelle crise de la zone euro

La zone euro est fragile. Il y a quelques semaines, la monnaie unique est passée sous la barre des 1 dollar pour la première fois. Or, l’Italie, troisième économie européenne, est considérée comme le maillon faible de la zone euro. Après la pandémie, son endettement est monté à 150% de son PIB. Quelle sera la réaction des marchés face à l’incertitude politique italienne ? A Bruxelles, on craint déjà une nouvelle crise de la dette souveraine, comme en 2010. Ce qui amènerait à une fragmentation de la zone euro – des écarts de plus en plus grands entre l’Italie et l’Allemagne. La monnaie unique peut-elle supporter une nouvelle crise de ce genre ?

Belga

  1. 3. L’unité européenne face à Moscou remise en question

Mario Draghi était un des dirigeants européens les plus fermes face à Moscou. Il est allé au front pour soutenir l’Ukraine, décider de lui envoyer des armes et décider des sanctions économiques à la Russie. Or, tous les partis de la coalition, sans compter le patronat italien, ne sont pas aussi enthousiastes à aider l’Ukraine… Surtout que l’Italie dépend à 40 % de Moscou pour son approvisionnement en gaz.

Le départ de Mario Draghi marque-t-il la fin de l’unité européenne face à Moscou ? Cela dépendra des résultats des élections de septembre. Mais si la droite, qui fait la course en tête, l’emporte, c’est très probable. Celle-ci est beaucoup plus complaisante avec Vladimir Poutine que ne l’était l’ancien patron de la BCE.

Draghi et Zelenksy, amis pour la vie – Belga

  1. 4. Le spectre d’un retour de l’extrême-droite au pouvoir en Europe

Mario Draghi n’a jamais été élu. C’est un technocrate qui a réussi à unifier l’Italie pendant un an et demi. Cela ne pouvait durer, et c’est logiquement un jeu politique et électoral qui l’a fait tomber. Le sentiment que c’était le moment pour la droite de s’unifier afin de retrouver le pouvoir. Et c’est ce qui risque de se passer. Pas n’importe quelle droite, non. Une droite extrême.

En tête des sondages, on trouve en effet Fratelli d’Italia, à 24%, un parti ouvertement post-fasciste qui se réclame de Mussolini. Cent ans après la création du parti fasciste, celui-ci va-t-il revenir au pouvoir ? En comptant sur la Lega (la Ligue de Mateo Salvini, extrême-droite donnée à 14%) et Forza Italia, le parti de droite de Silvio Berlusconi (7,2%), c’est fort possible. Les autres forces sont le parti de gauche (PD à 22%) et le Mouvement 5 Etoiles, populiste et anti-système, donné à 11%.

Antonio Tajani de Forza Italy, Giorgia Meloni de Fratelli d’Italia et Matteo Salvini de la Ligue, un peu plus à droite… – Belga

Rien n’est encore joué, mais ce qui va sortir des urnes fin septembre pourrait glacer le continent. L’Italie a toujours été à l’avant-garde politique de ce qui se tramait en Europe. Et si c’était encore le cas cette fois-ci ? En 2024, les élections législatives auront lieu en Belgique et le Vlaams-Belang et la N-VA sont proches des 50% en Flandre. Et en 2027, qui barrera la route à Marine Le Pen ? Après quinze ans à repousser l’extrême-droite, l’Europe pourrait revenir à ses vieux démons.

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