Effrayant effondrement d’un glacier kirghize, symptôme de la crise climatique (vidéo)

La vidéo de la rupture du glacier de Juuku, devenue virale, est également un signe préoccupant du sort des glaciers, notamment en Asie centrale.

Avalanche du glacier de Juuku
Avalanche du glacier de Juuku, le 8 juillet 2022 au Kirghizistan @Capture d’écran Instagram

Ce 8 juillet, à 14h45 heure locale, la rupture d’un énorme glacier au Kirghizistan a fait craindre le pire pour une dizaine de randonneurs présents sur place. Le groupe, composé de neuf Britanniques et d’une Américaine, parcourait les gorges de Juuku, dans le massif du Tian Shan à l’est du pays, quand la scène a eu lieu. Ils étaient alors au point culminant du trek et au même moment, l’un d’entre eux s’était éloigné pour faire de belles photos du lieu. Il ne s’y attendait pas mais c’est à ce moment-là que le glacier s’est effondré sur la vallée, la recouvrant entièrement en un temps record. Une scène filmée entièrement par ce touriste qui a réussi à survivre à la catastrophe. Les images se sont diffusées à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux depuis leur mise en ligne ce dimanche, braquant ainsi les projecteurs sur les effets du réchauffement climatique dans cette région d’Asie centrale et, à plus large échelle, sur le sort des glaciers dans le monde.

"Cinq minutes plus loin sur notre trek, nous serions tous morts"

Sur son compte Instagram, le rescapé qui a immortalisé la scène précise comment celle-ci s’est déroulée. "Pendant que je prenais des photos, j’ai entendu le bruit de la glace profonde craquer derrière moi. C’est là que la vidéo commence", écrit-il. "J’étais là depuis quelques minutes déjà, alors je savais qu’il y avait un endroit pour m’abriter juste à côté de moi. J’étais au bord d’une falaise, donc je ne pouvais que m’enfuir de l’abri (d’où la raison pour laquelle je ne bouge pas). Oui, je suis parti à la dernière seconde, et oui, je sais qu’il aurait été plus sûr de partir au refuge tout de suite. Je suis très conscient que j’ai pris un gros risque. Je me sentais en contrôle, mais peu importe, quand la neige a commencé à arriver et qu’il faisait sombre/plus difficile à respirer, je la briquais et pensais que je risquais de mourir".

Plus tard, il réussit à rejoindre son groupe, qui "riait et pleurait". Ils n’ont eu que quelques blessures et des ecchymoses, à l’exception de la touriste américaine qui s’est coupé le genou jusqu’à l’os et qui a dû être cousue et emmenée dans un hôpital. "Ce n’est que plus tard que nous avons réalisé à quel point nous avions été chanceux. Si nous avions marché cinq minutes plus loin sur notre trek, nous serions tous morts. Si vous regardez attentivement dans la vidéo, vous pouvez voir le léger sentier gris serpentant à travers l’herbe. C’était le chemin. Nous l’avons traversé par la suite, marchant parmi d’énormes rochers de glace et des rochers qui avaient été jetés beaucoup plus loin que nous n’aurions pu courir, même si nous avions agi immédiatement".

Le risque d’une "catastrophe imminente"

Cette avalanche au Kirghizistan met en lumière les effets du réchauffement climatique dans les montagnes de l’Asie centrale. Comme le relaye The Guardian, l’ONU a décrit la disparition des glaciers kirghizes comme un problème urgent. Un danger qui préoccupe également le président du pays, comme il en a fait part dans une interview à The Independent. "Le Kirghizistan abrite près de 10 000 glaciers. Au cours des 20 dernières années, nous assistons à une fonte irréversible de ces glaciers centenaires", faisait-il savoir, "ce qui peut conduire à une catastrophe imminente".

Le Kirghizistan s’inquiète également d’une conséquence directe de cette situation: la raréfaction des ressources en eau dans la région. En 2021, des violences ont éclaté avec son voisin, le Tadjikistan, pour le contrôle contesté d’un point de distribution d’eau à la frontière. Après avoir causé plus d’une quarantaine de morts et des centaines de blessés, sans oublier les dizaines de milliers de personnes déplacées, un cessez-le-feu a été conclu.

Quant à l’incident du 8 juillet, aussi impressionnant soit-il, n’aura donc pas fait de victimes. Ceux qui admiraient le glacier de la Marmolada, le plus haut sommet des Dolomites (en Italie), n’ont pas eu cette chance. Son effondrement le 3 juillet dernier a causé la mort de 11 personnes, sans oublier les huit blessés dénombrés par le dernier bilan en date. En France, les autorités craignent des phénomènes similaires cet été et ont fermé l’accès à plusieurs glaciers particulièrement préoccupants: celui de Tignes, de l’Alpes d’Huez, des Deux Alpes et de Val-d’Isère.

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