Quels prisonniers la Belgique veut échanger avec l’Iran?

La Belgique pourrait ce mardi édicter une libération très controversée pour obtenir un échange de prisonniers.

Affiche avec Ahmadreza Djalali
Ahmadreza Djalali sur une affiche à Bruxelles @BelgaImage

Le professeur de la VUB Ahmadreza Djalali n’est pas la seule personne qui pourrait être libérée grâce à l’accord conclu entre la Belgique et l’Iran sur le transfèrement de prisonniers. Depuis février, un employé belge d’une ONG est également détenu à Téhéran, rapporte De Standaard mardi.

Des prisonniers contre un diplomate

Le projet de traité belgo-iranien doit être débattu mardi matin en urgence en commission des Relations extérieures de la Chambre. Il était jusqu’ici admis que cet accord avait été conclu pour faire sortir Ahmadreza Djalali, condamné à mort en 2017, de sa cellule iranienne. Le professeur suédo-iranien invité à la VUB serait alors échangé contre le diplomate iranien Assadollah Assadi, qui a été condamné à vingt ans de prison à Anvers l’année dernière en tant que cerveau d’un attentat contre des membres de l’opposition iranienne déjoué en 2018 à Paris. Surveillé par les services de renseignement qui voyaient dans sa protection diplomatique une couverture pour viser les opposants au régime iranien, Assadi a été arrêté en Allemagne après avoir remis un sac rempli d’explosifs à un couple belge d’origine iranienne au Luxembourg en 2018.

Or, il semblerait également qu’un Belge pourrait faire l’objet d’un transfert. L’individu, employé d’une ONG, est également emprisonné dans la capitale iranienne, depuis le mois de février. Selon Iran International, une chaîne de télévision critique du régime qui émet depuis Londres en persan, il s’agit d’un quadragénaire détenu arbitrairement sans charges précises. Des sources au sein des services de sécurité craignent même qu’il ait été arrêté par l’Iran pour servir de monnaie d’échange contre Assadollah Assadi.

Des dignitaires américains indignés

Ce lundi, neuf dignitaires américains ont écrit dimanche à la présidente de la Chambre Eliane Tillieux pour dénoncer le projet de traité belgo-iranien sur le transfèrement de personnes condamnées, qui doit être débattu ce mardi matin en urgence en commission des Relations extérieures de la Chambre. "Ce traité sera utilisé par Téhéran pour obtenir immédiatement le retour en Iran de la cellule terroriste activée en 2018 pour attaquer le rassemblement du Conseil national de la Résistance iranienne en France, ainsi que de leur agent du ministère du renseignement et de la sécurité (MOIS), Assadolah Assadi", soulignent, dans ce courrier parvenu à Belga, l’ancien directeur du FBI Louis J. Freeh, l’ex-conseiller de Barack Obama et ancien commandant suprême de l’OTAN en Europe ("Saceur") James L. Jones, ou encore l’ancien sous-secrétaire d’État à la sécurité internationale Robert Joseph.

Le traité belgo-iranien, fait à Bruxelles le 11 mars dernier, autorise qu’une personne condamnée sur le territoire d’une Partie soit transférée sur le territoire de l’autre Partie pour y subir le reliquat de la condamnation qui lui a été infligée. En outre, chaque Partie peut accorder la grâce, l’amnistie ou la commutation de la condamnation, dit le texte, dénoncé par l’opposition iranienne.

La N-VA se demande si Assadollah Assadi pourrait être échangé contre le professeur irano-suédois de la VUB, Ahmadreza Djalali, condamné à mort et incarcéré en Iran, et dont la Belgique cherche depuis plusieurs années à obtenir la libération. Dans l’opposition également, le député Georges Dallemagne (Engagés) voit dans ce projet de traité un "coup dur sans précédent pour la lutte antiterroriste et notre État de droit" et un signal d’"impunité donnée à l’avenir à tout pays qui sponsorise le terrorisme".

"Les autorités judiciaires de Belgique, de France et l’Allemagne ont coopéré étroitement et efficacement pour arrêter la cellule terroriste d’Assadi. (…) Ce projet de traité est totalement irrespectueux des officiers judiciaires qui ont risqué leur vie pour prévenir l’attentat de 2018", affirment les dignitaires américains dans ce courrier. À leurs yeux, le texte fera non seulement de la Belgique un "sanctuaire" pour les cellules terroristes dormantes qui, si elles sont découvertes, pourront rentrer en Iran même après avoir été condamnées, mais il fera aussi de l’Iran un "centre de commandement pour l’Europe". "En tant que siège de l’Union européenne, Bruxelles est en réalité la capitale de l’Europe. Pour nous, membres des communautés policières et militaires, il est inconcevable que le gouvernement du Royaume de Belgique envisage de proposer d’accueillir le quartier général des opérations terroristes de l’Iran en Europe".

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