OTAN: quand et comment se fera l’adhésion de la Suède et de la Finlande?

Stockholm et Helsinki ont encore franchi une étape dans leur adhésion à l'OTAN ce mardi mais leur chemin n'est pas encore terminé.

Réunion de l'OTAN à Bruxelles
Le secrétaire général de l’OTAN ave les ministres des Affaires étrangères suédois et finlandais, à Bruxelles le 5 juillet 2022 @BelgaImage

Ce mardi à Bruxelles, les trente pays membres de l’OTAN ont officiellement lancé le processus de ratification pour l’adhésion de la Finlande et de la Suède. Il s’agit d’une des dernières étapes avant que ces deux pays puissent rejoindre définitivement l’organisation. La phase qui s’ouvre maintenant s’annonce être le seul véritable obstacle pour que cela devienne réalité mais Stockholm et Helsinki vont devoir prendre leur mal en patience. Cela pourrait encore prendre un certain temps.

Maintenant, l’approbation de chaque État

Jusqu’à aujourd’hui, la Finlande et la Suède n’étaient que des partenaires proches de l’OTAN, ce qui ne leur permettait que d’assister à certaines réunions sur des questions les concernant directement. Depuis ce 5 juillet 2022, ces deux pays ont le statut d’invités officiels. Ils sont donc les bienvenus à toutes les réunions de l’organisation, bien qu’ils ne puissent pas voter, et peuvent avoir un meilleur accès aux services de renseignement transatlantiques. Stockholm et Helsinki ne sont toutefois toujours pas protégés par la clause de défense collective de l’OTAN. Cela n’arrivera que lorsque les deux États seront pleinement membres.

Pour finaliser ce cheminement, les trente pays de l’organisation doivent ratifier ces adhésions au niveau national, par notamment via un vote parlementaire, ce qu’ils peuvent faire dès ce mardi. Certains pourraient le faire très rapidement, notamment en Europe du Nord. C’est le cas de l’Estonie, où la Première ministre Kaja Kallas a affirmé sur Twitter qu’elle proposerait déjà ce mercredi la ratification accélérée de l’accord au Parlement estonien. Trois autres membres, le Danemark, l’Islande et la Norvège, ont annoncé ce mardi dans un communiqué qu’ils étaient prêts à ratifier eux aussi. Le Canada et l’Allemagne ont pour leur part assuré qu’ils utiliseraient une procédure accélérée pour cela soit fait de leurs côtés.

La menace d’un nouveau blocage turc

Si dans toute une série d’États, cette ratification devrait presque ressembler à une formalité, il y en a un qui posera plus de problèmes: la Turquie. La semaine passée, Ankara a accepté de lever son veto à une adhésion de la Finlande et de la Suède à condition que ses demandes soient respectées. Si l’accord conclu lors du sommet de l’OTAN à Madrid n’est pas respecté, le président Recep Tayyip Erdoğan menace de bloquer à nouveau le processus, soit avec un vote négatif du Parlement turc où son parti (l’AKP) est proche de la majorité absolue, soit en n’envoyant tout simplement pas la question au Parlement.

Dans le détail, le mémorandum de Madrid édicte par exemple qu’il n’y a pas d’embargo sur les armes envoyées à la Turquie. Au-delà de cela, il répond surtout à la volonté d’Ankara de lutter contre ce qu’elle désigne comme le "terrorisme" kurde. Il s’agit dans les faits de lutter contre les organisations armées qui aspirent à l’autonomie voire à l’indépendance de cette communauté répartie entre l’est de la Turquie, le nord de la Syrie, le nord de l’Irak et le nord-ouest de l’Iran. Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est ainsi qualifié de "terroriste", une dénomination déjà reconnue par les États-Unis, l’Union européenne et d’autres États occidentaux, et ses objectifs sont rejetés.

Les termes sont plus flous pour qualifier son cousin syrien, le PYD, et ses Unités de protection du peuple (YPG), qui ont combattu en Syrie aux côtés des Occidentaux. Dans leurs cas, Helsinki et Stockholm s’engagent à "ne pas appuyer ces organisations d’une façon qui puisse avoir un impact sur la sécurité de la Turquie, en leur envoyant des armes ou de l’argent par exemple, mais nous ne le faisions pas de toute façon", a précisé la ministre des Affaires étrangères suédoise, Ann Linde. Il en est de même vis-à-vis du mouvement religieux de Fethullah Gülen, ancien allié d’Erdoğan devenu depuis son ennemi politique, le président turc le désignant comme "organisation terroriste de Fethullah", ou Fetö (il l’accuse par exemple d’être derrière la tentative de coup d’État de 2016 à Ankara, malgré le démenti de Gülen).

Des extraditions comme prérequis?

Peu après la conclusion de cet accord, la Turquie a fait une nouvelle demande: "nous allons demander à la Finlande l’extradition de six membres du PKK et six membres de Fetö, et à la Suède d’extrader dix membres de Fetö et onze du PKK". Aucun nom n’a été donné, sous-entendu que Stockholm et Helsinki sauraient pertinemment de qui il s’agit. Pour Ankara, ce prérequis ferait partie intégrante de l’accord, bien qu’elle n’ait été clairement formulée que par la suite.

Le sujet fait depuis à nouveau l’objet de tensions, la Suède affirmant que les extraditions devaient être soumises à une justice "indépendante". La Première ministre suédoise Magdalena Andersson a tenu aussi à assurer les près de 100.000 Kurdes de son pays qu’ils "n’ont pas à avoir peur". "Je comprends que certaines personnes craignent que nous commencions à arrêter des gens pour les extrader. Mais il est important de souligner que nous respecterons toujours la loi suédoise et les conventions internationales dans toute décision, et que nous n’extraderons jamais des citoyens suédois", dit-elle. Le ministre des Affaires étrangères Pekka Haavisto a déclaré pour sa part que la Finlande agissait déjà conformément à l’accord de la semaine dernière et qu’il n’avait pas été question de noms de personnes à extrader.

Est-ce que ce problème peut réellement bloquer tout le processus d’adhésions à l’OTAN? C’est difficile à dire. "C’est un accord tellement ambigu", affirme au journal finlandais Iltalehti un spécialiste de la Turquie, Anu Leinonen, également représentant de la Fondation de l’Institut finlandais du Moyen-Orient. Il explique notamment que l’AKP a fait de la question un enjeu électoral, alors que les élections générales turques doivent avoir lieu en juin 2023 et qu’Erdoğan est donné largement perdant face au parti social-démocrate à la présidentielle. Pourtant, les activités du PKK en Finlande seraient anecdotiques, comme en témoigne l’absence de chapitre sur la Finlande dans le rapport de l’AKP sur la présence du PKK en Europe. Ce même document consacre toutefois une section plus longue à la Suède.

Après la ratification, la conclusion

En tenant compte des obstacles qui s’annoncent, notamment avec la Turquie, Pekka Haavisto prévoit que plusieurs mois pourraient s’écouler avant la ratification de l’adhésion de la Finlande et de la Suède par les 30 pays de l’OTAN. Est-ce qu’il serait possible que la Turquie accepte le dossier finlandais tout en bloquant celui suédois? "Tout est possible", affirme le ministre des Affaires étrangères finlandais à la chaîne MTV3. "Mais puisque la Finlande et la Suède sont allées aussi loin ensemble, essayons d’aller ensemble jusqu’au bout aussi".

Une fois que chaque État membre de l’OTAN aura ratifié les deux adhésions, il ne restera plus qu’à clôturer le processus. Le secrétaire général de l’organisation invitera alors Helsinki et Stockholm à rejoindre l’OTAN. Les deux pays pourront ensuite soumettre la question à leurs parlements respectifs. Si les députés donnent leur approbation, les gouvernement suédoise et finlandais pourront confirmer la mise en œuvre de l’accord qui pourra (enfin) entrer en vigueur. La Finlande et la Suède deviendraient dès ce moment-là membres à part entière de l’OTAN.

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