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Philippe Lamberts à propos du nucléaire: "On doit choisir entre la peste et le choléra"

L'eurodéputé écologiste Philippe Lamberts analyse sans détour les enjeux européens sur les ondes de DH Radio.

Philippe Lamberts est venu débriefer certains enjeux européens dans les studios de DH radio. Les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement, réunis jeudi et vendredi à Bruxelles, devraient octroyer à l’Ukraine et la Moldavie le statut de candidat officiel à l’adhésion. Qu’est-ce que cela signifie pour l’Ukraine, pays envahi et mis à sang par la Russie depuis plus de cents jours ? " On est dans le symbolique ", précise d’emblée l’eurodéputé écologiste et co-président du groupe des Verts. " C’est surtout pour donner un coup de boost à la population ukrainienne, qui est nécessaire. Il faut ancrer l’idée qu’un jour ce sera le cas, mais on sait que ça va prendre du temps. " La situation catastrophique de l’Ukraine lui octroie un coup d’accélérateur dans cette procédure, alors que d’autres pays attendent leur tour depuis des années. C’est un " problème qui n’est pas correctement traité" , selon Philippe Lamberts. " Il aurait fallu accorder dans la foulée le statut de candidat aux pays des Balkans occidentaux qui ne le sont pas encore. Pour la même raison : ancrer dans ces pays l’idée qu’ils feront un jour partie de l’Union. Ca fait des décennies qu’on fait miroiter l’idée qu’un jour ils seront peut-être membres. Et ça n’avance pas. Evidemment, c’est parce qu’il y a des problèmes sur le terrain. Mais du coup, je vous assure qu’à Sarajevo, on n’y croit plus. " L’eurodéputé pointe donc un risque pour l’Europe. " Cette situation ouvre le terrain à Vladimir Poutine pour jouer son jeu sur ces territoires, pour déstabiliser ces pays et exercer une influence. On parle de pays au cœur de l’Union européenne, et on risque d’entretenir un foyer de déstabilisation. "

C’est déjà difficile de prendre des décisions entre 27 pays membres de l’Union européenne. Doit-on être plus ? " Une évidence : il va falloir abolir la règle de l’unanimité au Conseil. Parce que le parlement, lui, décide à la majorité. La Hongrie ne voudra pas ? Il va bien falloir se compter à un moment. Nous avons des leviers sur la Hongrie. Victor Orban, Premier ministre hongrois, fait du chantage sur certains dossiers qui doivent se décider à l’unanimité, mais la Hongrie est un des pays qui bénéficient le plus de la manne européenne. Donc Orban, il va falloir qu’il comprenne qu’il ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. "

Solidarité européenne

Au niveau géopolitique, la guerre en Ukraine lancée par la Russie met aussi au défi la solidarité européenne. Cette dernière tient bon, " jusqu’à présent" , estime Philippe Lamberts. " Je suis positivement surpris, par rapport à la crise de l’euro où ça avait été chacun pour soi par exemple. L’Union réagit de manière cohérente, forte et solidaire. Mais c’est un marathon. Ca va encore durer ", analyse l’invité.

J’ai évidemment quelques craintes sur l’énergie ou sur la hausse des prix ", nuance l’homme politique. " Comme lors de la pandémie avec la santé, l’énergie est une compétence nationale, pas européenne. Et on se rend compte que ça n’a pas de sens. On pourrait transférer l’énergie, et en particulier l’approvisionnement, à l’Europe. On commence à réaliser que le chacun pour soi se fait au détriment de tout le monde. C’est touchy l’énergie, on le sait, mais c’est le cœur de l’économie aussi l’énergie. "

Les objectifs climatiques européens mis à mal ?

L’Allemagne a relancé les mines à charbon pour continuer à produire de l’énergie, face à l’embargo de Poutine sur le gaz russe. Une décision qui pourrait menacer les objectifs européens fixés pour 2030 et 2050. Le Green Deal est-il compromis par la guerre en Ukraine ? " Il faut pointer le risque. Car la décision allemande est inquiétante. Quand j’écoute la présidente de la Commission européenne (ndlr: Ursula von der Leyen), elle est très claire lorsqu’elle dit que la vraie voie de l’indépendance énergétique, c’est la transition vers les renouvelables et l’efficacité énergétique. Elle a tout juste. Sauf que dans la pratique immédiate, on est dans la diversification de notre approvisionnement en énergies fossiles. Et dans certains pays, c’est même retourner à des fossiles encore plus nuisibles, comme le charbon. "

L’Allemagne serait peut-être sortie trop vite du nucléaire. " Je suis un écologiste et donc je suis contre l’énergie nucléaire. Elle doit à terme disparaître de notre mix énergétique. Mais on est là où on est, avec les choix que nos pays ont pris ces dernières années. L’Allemagne y compris. Les écolos et les socialistes allemands avaient voté une loi de sortie du nucléaire. Quand Merkel est arrivée au pouvoir, elle a aboli cette loi dans un premier temps. Et puis, après Fukushima, elle a voulu sortir encore trois fois plus vite du nucléaire que ce que les autres politiques avaient décidé des années plus tôt. Aujourd’hui, on doit choisir entre la peste et le choléra. Je pense que la prolongation de quelques centrales nucléaire est un moindre mal par rapport à la relance de centrales à charbon. Il faut surtout gérer la sortie de la manière la moins bête possible. "

L’écologiste européen n’aime évidemment pas entendre les Allemands dire qu’ils relancent les centrales à charbon à cause de l’emprise de Poutine sur l’approvisionnement en gaz de l’Europe. " Ce n’est pas quelque chose qui me réjouit. L’Allemagne – mais aussi l’Europe – est massivement dépendante du gaz russe ", pointe le politique. " C’est le résultat des années Merkel. On la dépeint souvent comme une grand héroïne européenne. En réalité, elle a fait partie de ceux qui étaient au cœur de l’organisation de la dépendance de l’Union européenne à l’égard de la Russie. Elle a une responsabilité énorme dans la situation actuelle, mais ses prédécesseurs sociaux-démocrates également. Ils étaient exactement sur la même ligne. Cette dépendance, on la paie aujourd’hui. Cette dépendance, c’est la raison pour laquelle l’Allemagne n’a pas voulu qu’on réagisse de manière brutale à l’annexion de la Crimée en 2014 par la Russie. Si on l’avait fait, peut-être que Poutine n’aurait jamais agressé l’Ukraine. "