Du côté du Moscow Times, journal russe indépendant en exil à Amsterdam depuis le début de la guerre, "l’attaque de la Russie contre l’identité ukrainienne fait écho à la persécution soviétique des Allemands". Le quotidien rappelle ainsi comment le régime de Staline avait déporté en 1941 des Russes d’ethnie allemande, présents depuis le XVIIIe sur le territoire national, dans des parties reculées de l’empire avec des conditions de vie déplorables. Même après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ces Germano-russes ont continué à être discriminés, notamment en vue de détruire leur culture. L’étau sur eux n’a commencé à se relâcher que dans les années 1970-1980.

The Moscow Times estime que les Ukrainiens subissent aujourd’hui un sort similaire, à la seule exception que Kiev n’envahit pas la Russie comme l’avait fait l’Allemagne. Pour contourner cette différence, "le président russe a cherché à nier l’existence de l’Ukraine en tant qu’État national, arguant que sa création était un hasard de l’histoire et une erreur des premiers bolcheviks après la révolution russe", rappelle Joshua R. Kroeker, chargé de recherche à l’université de Heidelberg. De plus, "des rapports émergent selon lesquels des Ukrainiens vivant en Russie sont arrêtés dans les rues et forcés de déverrouiller et de montrer à la police leurs smartphones. Être Ukrainien en Russie s’apparente à être l’ennemi. Alors que l’Ukraine se bat pour son droit d’exister, le gouvernement russe travaille sans relâche pour éliminer la notion d’Ukraine. C’est en effet l’un des aspects les plus terrifiants de la guerre de Poutine contre l’Ukraine".