France: quelles chances de majorité pour Macron ou Mélenchon?

Le premier tour des législatives françaises a affiné les perspectives de majorité pour le parti présidentiel et la Nupes, malgré une incertitude latente.

L'Assemblée nationale française
L’Assemblée nationale française, à Paris le 23 mars 2022 @BelgaImage

Les résultats sont tombés tôt ce lundi matin. Selon le ministère français de l’Intérieur, le premier tour des législatives s’est clôturé par un coude à coude entre l’alliance présidentielle (Ensemble, 25,75%) et la coalition de gauche (Nupes, 25,66%). Suivent le Rassemblement national de Marine Le Pen (18,68%), la coalition de droite LR-UDI (11,29%), et le parti d’extrême-droite d’Éric Zemmour Reconquête (4,24%). Mais au fond, peu importent ces pourcentages au niveau national. Ce qui compte, ce sont les sièges de députés qui sont en jeu dans chacune des 577 circonscriptions du territoire. Les instituts de sondage ont ainsi affûté leurs prévisions pour prévoir si Emmanuel Macron pourrait ou pas bénéficier d’une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale à l’issue du second tour, dimanche prochain. A priori, la partie devrait être serrée.

Ensemble devant la Nupes dans les prévisions

La première projection en sièges a été réalisée hier par Ipsos à 20h, soit lors de l’annonce des premiers résultats. La deuxième a été publiée par Ifop au même moment puis mise à jour peu avant minuit. En combinant les deux, on arrive au résultat suivant. Grâce à des bons résultats dans une grande partie de l’Hexagone, Ensemble devrait récolter entre 255 et 310 sièges. Du fait d’un électorat géographiquement plus concentré, la Nupes pourrait espérer élire moins de députés, entre 150 et 205.

À droite, les reports de voix désavantagent les partis extrémistes au second tour. Le Rassemblement national (RN) ne devrait donc obtenir que de 15 à 45 sièges, bien qu’il soit encore présent au second tour dans 208 circonscriptions. C’est assez pour former un groupe parlementaire, ce que Marine Le Pen n’avait pas pu faire suite aux législatives de 2017, mais son parti devrait paradoxalement se retrouver derrière LR-UDI. Ifop prévoit pour ses derniers 45 à 65 sièges. Ipsos y ajoute des élus divers droite, ce qui donne un total de 50 à 80 députés pour cette coalition.

Pour les candidats divers gauche (qui ne font pas partie de la Nupes), les estimations sont très diverses. Ifop ne donne à cette tendance politique que de 3 à 9 sièges. Ipsos leur est plus favorable, avec de 15 à 25 députés. Reconquête n’a qualifié aucun candidat pour le second tour et ne sera donc pas représenté à l’Assemblée nationale, y compris par Éric Zemmour éliminé avec pourtant un score de 23,2% dans sa circonscription du Var. Les autres tendances politiques pourraient obtenir entre 3 et 17 sièges.

Une majorité très précaire pour l’Élysée

Pour espérer former une majorité parlementaire, il faut rassembler la moitié de l’Assemblée nationale, établie à 289 sièges. Autrement dit, le calcul est vite fait. Selon les instituts de sondage, seul Emmanuel Macron pourrait obtenir le fameux Graal… mais rien n’est joué! Il pourrait très bien en obtenir moins, ce qui l’inciterait à former une cohabitation avec un autre parti ou à former un gouvernement ne disposant que d’une majorité relative.

Ce scénario du pire pour Ensemble, c’est exactement ce qu’espère la Nupes. Officiellement, la coalition de gauche espère encore obtenir la majorité puisqu’elle sera présente dans 380 circonscriptions au second tour. Mais d’après Ipsos et Ifop, elle ne bénéficie que de trop peu de reports de voix pour espérer obtenir assez de sièges encore en jeu. Tout ce que le leader de l’alliance, Jean-Luc Mélenchon, pourrait espérer, c’est d’en avoir en suffisance pour contrecarrer les plans de l’Élysée.

Quand l’entre-deux-tours renverse la table

La dynamique d’entre-deux-tours sera essentielle en ce sens. Si Jean-Luc Mélenchon arrive à susciter l’engouement des électeurs, la Nupes peut encore faire bouger les lignes. Les dernières élections, en 2017, en donnent un bon exemples, en sens inverse. À l’issue du premier tour il y a cinq ans, l’alliance présidentielle LREM-Modem avait obtenu 32% des voix et les sondages lui donnaient entre 400 et 455 sièges (sur un total de 577). Ce résultat était si colossal que durant l’entre-deux-tours, un sursaut s’est formé pour soutenir les autres partis encore en lice. Au final, la majorité présidentielle n’a obtenu que 351 élus, soit en deçà des prévisions.

Est-ce que Jean-Luc Mélenchon pourrait créer un mouvement similaire au point d’obtenir les fameux 289 sièges, comme il le revendique? A priori, cela semble compliqué. Il faudrait pour cela faire un bon de 84 sièges par rapport à la projection la plus optimiste de la Nupes. Réussir cela représenterait une fameuse performance et ne constitue pas l’hypothèse la plus probable pour l’heure. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que pendant ce temps-là, Ensemble est encore représentée dans 417 circonscriptions pour le second tour. Ce serait un véritable échec pour Emmanuel Macron non seulement de ne pas avoir de majorité mais en plus de la céder à la Nupes.

Des majorités alternatives pour Macron?

Reste qu’il est tout à fait probable que la dynamique d’entre-deux-tours empêche Ensemble d’obtenir 289 députés. Dans ce cas-là, que se passerait-il? C’est peut-être la question la plus mystérieuse qui se pose aujourd’hui. Est-ce que l’Élysée serait contrainte à une cohabitation avec la Nupes? Ce serait possiblement le souhait de la Nupes, qui rêve d’un Mélenchon Premier ministre. Le nouveau gouvernement bénéficierait alors d’une très large majorité, au-delà des 400 sièges à l’Assemblée nationale.

Pourtant, l’Élysée n’aurait pas que cette carte en main. Au cours de la formation de la Nupes, plusieurs personnalités politiques de gauche ont refusé de rejoindre cette nouvelle alliance autour de Mélenchon, dont plusieurs socialistes. Aujourd’hui classés par les sondages comme "divers gauche", ils sont encore 29 à être en lice et certains pourraient devenir députés. Si Ensemble ne rate la majorité que de peu et désire éviter le scénario d’un gouvernement basé sur une majorité relative à l’Assemblée nationale (c’est-à-dire avec moins de 289 députés), elle pourrait éventuellement tenter un rapprochement avec ces élus isolés. Idem à droite avec des divers droite, qui sont 15 à tenter d’obtenir un mandat au second tour, au même chez les divers centre (avec 10 candidats encore présents pour dimanche prochain).

Enfin, si la coalition présidentielle est bien en-dessous des 289 sièges, si elle n’obtient pas assez de faveurs parmi les divers gauche et droite, ou si elle juge sa position trop fragile, il reste une dernière option: une alliance avec LR-UDI. Avec cette possibilité, le gouvernement pourrait se reposer sur un solide bloc à l’Assemblée nationale mais encore faudrait-il que ces partis acceptent cette éventualité. Rien n’est moins sûr. Le patron de LR, Christian Jacob, a néanmoins déjà appelé ses électeurs à ne donner "aucune voix pour les extrêmes" au second tour. Dans son langage, la Nupes pouvant être associée à l’extrême-gauche du fait du radicalisme du parti de Mélenchon (LFI), cela revient à inviter les partisans de LR à voter pour Ensemble. Signe qu’un rapprochement entre l’Élysée et la droite n’est pas non plus une théorie totalement fantaisiste.

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