Élections législatives 2022: 5 enjeux du scrutin

Les Français élisent leurs députés ce 12 juin, lors du premier tour des élections législatives. Mélenchon réussira-t-il son pari ? Macron pourra-t-il sauvegarder sa majorité absolue ?

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En étant réélu au mois d’avril pour un second mandat- ce que ni Sarkozy ni Hollande n’avaient réussi avant lui- Emmanuel Macron pensait sans doute avoir fait le plus dur. Et pourtant, moins de deux moins plus tard, le président français joue déjà son quinquennat. Les élections législatives, ces dimanches 12 et 19 juin, s’annoncent en effet cruciales pour la Macronie, et sa capacité à imposer un programme durant les cinq prochaines années.

L’union de la Gauche, rassemblée sous la bannière de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) pourrait en effet mettre à mal les plans du président. Selon le dernier sondage Ipsos, la Nupes dépasserait ainsi d’une courte tête (28%) le groupe présidentiel Ensemble (27%) dans les intentions de vote pour le premier tour.

Une majorité solide pour Macron ?

Comme 577 députés composent l’Assemblée nationale française, il faut 289 élus au moins pour disposer de la majorité absolue, et ainsi avoir les coudées franches pour gouverner. En fin de législature, le locataire de l’Elysée disposait de 323 députés, répartis entre son parti LREM (récemment renommé Renaissance) et le MoDem de son allié François Bayrou.

Macron, qui se plait à se présenter comme un homme de réformes, cherche à s’appuyer sur la majorité la plus confortable possible pour faire passer des dossiers difficiles, comme ceux ayant trait aux retraites ou au pouvoir d’achat.

En cas de majorité relative- c’est-à-dire si le groupe présidentiel reste le plus important à l’Assemblée sans toutefois atteindre la barre des 289 députés- l’exécutif demeurera sous la menace de ne pas pouvoir appliquer son programme, avec un nombre de députés de l’opposition supérieur à celui de la majorité. Le groupe Ensemble devrait alors chercher des alliances au cas par cas, pour faire voter ses projets de loi.

La Nupes en embuscade

Député des Bouches du Rhône, Jean-Luc Mélenchon ne sera pas candidat à sa réélection à l’Assemblée. En fédérant les socialistes, les communistes, les écologistes et son parti, la France Insoumise (LFI) sous une seule étiquette électorale, le leader de la gauche radicale veut imposer une cohabitation et décrocher la place de Premier ministre. Si la Nupes venait à atteindre le seuil des 289 députés, Emmanuel Macron serait sous pression pour désigner Mélenchon chef de son gouvernement. Un scénario pas complètement impossible, mais qui semble tout de même improbable. Selon les dernières projections, le camp de la gauche pourrait être fort de 155 à 180 députés, à l’issue du deuxième tour.

Selon Fabien Escalona, journaliste politique à Mediapart, le scrutin majoritaire à la française ne favoriserait pas la Nupes. "On s’aperçoit que les voix de la NUPES sont un peu plus concentrées dans certaines circonscriptions. C’est-à dire qu’à nombre de voix égal, elle peut remporter moins de sièges que la majorité", pointait-il dans L’Avenir.

Pour autant, en cas de forte percée, Mélenchon aura glané ses galons de premier opposant au président. Ce qui, dans une optique à plus long terme, reste intéressant. "La question est plutôt de savoir si Jean-Luc Mélenchon place vraiment ses ambitions en 2022. Il n’a que 70 ans et, en politique, on ne cesse de rajeunir, jugeait dans La Libre Christophe Sente, politologue à l’ULB. On pourrait envisager un scénario où Jean-Luc Mélenchon soit à nouveau candidat à la présidentielle dans cinq ans", esquissait-il.

Des ministres sur un siège éjectable

Nommé début mai, il est possible que l’actuel gouvernement ne passe pas le mois de juin, même avec une victoire d’Ensemble. L’Élysée a en effet assuré que la tradition serait respectée : si un des 15 ministres candidats aux élections législatives venait à être défait dans sa circonscription, il serait dans l’obligation de démissionner du gouvernement.

Or, le nouvel exécutif est fragilisé par plusieurs affaires. Celle du Stade de France, dont la gestion par Gérald Darmanin a été abondamment décriée. Il y a également l’affaire Abad, du nom du ministre des Solidarités accusé de viol par deux femmes. Dans la 10e circonscription du Nord, le ministre de l’Intérieur devrait normalement l’emporter. Damien Abad aura plus de mal à convaincre les électeurs, dans la circonscription de l’Ain.

Quant à la Première ministre, Elisabeth Borne, elle devrait arriver assez largement en tête dans sa circonscription du Calvados.

L’extrême-droite troisième groupe parlementaire ?

Après le score historiquement mauvais aux Présidentielles (4,78%) de Valérie Pécresse aux élections présidentielles, Les Républicains (LR) voient arriver un quinquennat difficile. Selon les derniers sondages, le parti de droite pourrait perdre au moins la moitié de ses 104 députés.

En perdant sa place de principal parti d’opposition, LR devra composer avec les autres groupes pour influer sur les discussions dans l’hémicycle. Deux fois finaliste de l’élection présidentielle, Marine Le Pen espère au minimum quinze députés afin de pouvoir former un groupe Rassemblement national à l’Assemblée.

Pour l’extrême-droite, cela serait une première depuis 1986. Avec 35 à 65 sièges selon les estimations (contre seulement 8 aujourd’hui), le RN pourrait s’affirmer comme la troisième force parlementaire.

Quel niveau pour l’abstention ?

Bien plus encore qu’à la présidentielle (28% au second tour), l’abstention sera une des données principales de ces législatives. En 2017, 57,36% des Français ne s’étaient pas déplacés pour le deuxième tour, un record depuis 1958. Cette fois encore, les sondeurs s’attendent à des niveaux élevés d’abstention, seuls 46% des électeurs sont jusqu’ici certains de voter dimanche 12 juin.

Une dynamique qui, selon plusieurs analystes, pourrait favoriser le camp présidentiel par rapport à la gauche, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon étant assez jeune et populaire. Soit des groupes cibles moins enclins à se déplacer pour des élections autres que présidentielles.

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