Céréales ukrainiennes: quand l’alimentation devient une arme de guerre

Blocus, pillages… les Occidentaux accusent la Russie d’utiliser l’alimentation comme arme de guerre.

blé céréales blocus prix alimentaire guerre Ukraine invasion Russie
@BELGAIMAGE

"Le Kremlin utilise les stocks alimentaires comme armes", a accusé mercredi le président du Conseil européen, Charles Michel. La Russie "utilise l’alimentation comme arme de guerre, vole du grain, bloque des ports (ukrainiens) et transforme les terres agricoles en champs de bataille", a lancé le Belge lors d’un discours en séance plénière du Parlement européen, à Strasbourg.

Selon le président du Conseil, il y a "plus de 20 millions de tonnes de céréales, blé et maïs bloquées en Ukraine" par la guerre, ce qui "tire les prix vers le haut", et augmente les risques d’une famine "globale".

Blocus sur la mer Noire

Longtemps grenier à blé de l’Europe, l’Ukraine reste l’un des plus gros producteurs de blé et de maïs au monde. De nombreux pays d’Afrique du Nord, dont l’Egypte, l’Algérie ou la Tunisie, dépendent en grande partie de sa production bon marché. Plantés à l’automne, les millions d’hectares de blé du pays doivent être récoltés en juillet. Les moissons de maïs, en août. Mais de lourdes incertitudes pèsent sur ce secteur-clé de l’économie ukrainienne, alors que la guerre fait plus que jamais rage, plus de 100 jours après le début de l’invasion. Et ce, à cause des destructions, des affrontements toujours en cours dans le Donbass et du casse-tête logistique qui en découle.

Selon Le Monde, la principale association agricole ukrainienne s’attend à une récolte 2022 sensiblement moins importante que les années précédentes. Celle-ci devrait représenter 66,5 millions de tonnes de céréales et d’oléagineux cette année, soit près de 40% de moins par rapport à 2021.

Sur ce total, la part des exportations pourrait se limiter à 18 millions de tonnes, vu le blocus imposé par Moscou. La marine russe contrôle en effet l’accès à la mer Noire via la côte ukrainienne ; seul port stratégique à ne pas être tombé à l’ennemi, Odessa est impraticable, les Ukrainiens ayant eux-mêmes placé des mines pour le protéger.

Le blé, l’autre arme diplomatique des Russes

Comme le rappelait la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, la crainte est de voir les prix des céréales, déjà très hauts, monter encore.  "Rien que cette année, il est probable que quelque 275 millions de personnes soient au moins à risque élevé d’insécurité alimentaire à travers le monde. (…) La Banque mondiale a estimé que chaque point de pourcentage d’augmentation des prix alimentaires poussait 10 millions de personnes dans l’extrême pauvreté", pointait Ursula Von der Leyen.

En plus du blocus, le pillage par la Russie d’une partie de la production ukrainienne pourrait également bouleverser l’équilibre des marchés. Plusieurs puissance occidentales affirment en effet que la Russie "vole" des chargements de céréales, pour les exporter et en tirer un maximum de profit.

À la mi-mai, le ministre allemand de l’Agriculture avançait déjà :"La Russie vole et confisque les biens et les céréales dans l’est de l’Ukraine". Des affirmations jugées depuis "crédibles", par le chef de la diplomatie américaine, Anthony Blinken.

Selon les autorités ukrainiennes, près d’un demi-million de tonnes de céréales auraient été volées, et transférées vers la Crimée. Les Russes pourront également moissonner une partie du blé planté à l’automne dans les terres conquises depuis le 24 février. Sans parler de leur propre production. "Avec leurs stocks et une récolte à venir qui s’annonce record, les Russes vont avoir 100 millions de tonnes de blé tendre disponibles chez eux", cadrait dans Le Monde Arthur Portier, analyste pour le cabinet d’études Agritel. Soit 13% environ de la production mondiale de blé ; de quoi en faire une arme diplomatique majeure, à l’image de son gaz.

Sur le même sujet
Plus d'actualité