Trump perd-il le contrôle sur les républicains?

L'ancien président Donald Trump a subi plusieurs défaites lors des primaires du parti républicain. Pour autant, il est encore loin d'être totalement vaincu, au contraire.

Trump en Argentine
Donald Trump et Melania Trump, à l’aéroport d’Ezeiza (près de Buenos Aires, en Argentine) le 29 novembre 2018 @BelgaImage

C’est un revers de taille pour Donald Trump: lors des primaires républicaines de Géorgie, les candidats qu’il soutenait ont tous été recalés sauf un. Une défaite cuisante parce que symbolique. Ceux qui l’ont emporté, Brian Kemp et Brad Raffensperger, sont connus pour avoir refusé d’invalider l’élection de 2020 dans cet État, malgré les demandes incessantes de Trump qui passait ses derniers jours à la Maison Blanche. Pour ses adversaires, cela pourrait être le signe que le parti républicain commence à s’émanciper de la figure menaçante de l’ancien président américain. Il est vrai que d’autres signes montrent un affaiblissement de Donald Trump. Mais globalement, ce dernier reste encore très puissant.

De multiples revers

En Géorgie, les résultats ont été clairs et nets. Selon Edison Research, le poulain de Donald Trump pour le poste de gouverneur, l’ancien sénateur David Perdue, n’a recueilli que 22% des votes, contre 73% pour la bête noire de l’ex-chef d’État, Brian Kemp. David Perdue aura beau avoir honoré son maître à penser en rabâchant continuellement son discours sur les "élections truquées", il n’a pas fait mouche. Comme pour mieux savourer sa vengeance, Brian Kemp n’a même pas cité Trump dans son discours de victoire.

Le secrétaire d’État géorgien Brad Raffensperger a quant à lui obtenu plus de 50% des voix, surpassant aisément ses concurrents dont Jody Hice, l’autre valet ultra-conservateur de Trump. Là aussi, Hice aura fait valoir son hostilité aux musulmans, aux homosexuels, etc., il a fait chou blanc. Pour le poste de procureur général, là aussi, la défaite a été cuisante pour le candidat soutenu par Donald Trump. En Géorgie, ce dernier ne peut se consoler qu’avec l’ancien footballeur controversé Herschel Walker, retenu dans la course au Sénat.

Dans d’autres États, Donald Trump a subi quelques défaites supplémentaires. C’est le cas en Alabama où l’un de ses partisans les plus fidèles (bien que Trump s’en soit récemment distancié), Mo Brooks, devrait se retrouver en ballotage. En Caroline du Nord, l’ancien président a appelé in extremis à soutenir Madison Cawthorn. Visé par plusieurs scandales, ce dernier n’a pas réussi à l’emporter. Dans le Nebraska, Charles Herbster, candidat pour devenir gouverneur, n’a pas non plus passé le cap des primaires malgré la bienveillance de Trump. Accusé de harcèlement sexuel par plusieurs femmes, il a dû s’incliner.

Un pouvoir d’influence toujours important

Au vu de ces revers, on pourrait se dire que le sulfureux homme d’affaires américain est définitivement sur la pente descendante. Et pourtant, selon un décompte fait au niveau national par Reuters, près de deux tiers des candidats soutenus par Trump pour des postes de haut-niveau ont triomphé durant ce mois de mai. Certes, certains se présentaient contre une opposition faible voire inexistante. Certes, leurs combats n’avaient pas autant d’importance que celui qui s’est déroulé en Géorgie. Malgré tout, ils existent!Pour ne citer quelques exemples, commençons par l’Arkansas. Là-bas, c’est Sarah Sanders, l’ancienne porte-parole de la Maison-Blanche (2017-2019), qui a été choisie pour viser le poste de gouverneur. Elle devrait l’emporter haut la main face aux démocrates dans cet État très conservateur. En Pennsylvanie, l’ultra-conservateur Doug Mastriano, connu pour adhérer à 200% à l’idée que les dernières élections présidentielles auraient été truquées, briguera lui aussi le poste de gouverneur. En Caroline du Nord, Ted Budd, soutenu par Trump, est resté dans la course pour le Sénat.

Un trumpisme qui dépasse Trump

Cela dit, les primaires républicaines ne sont pas encore terminées. Il faudra voir ce qu’il en sera au final pour mieux estimer le contrôle de Donald Trump sur les républicains. En attendant, il y a quand même une nouvelle tendance qui se dessine. Les analystes constatent de plus en plus que le parti n’est pas tellement divisé entre trumpistes et non-trumpistes mais adhère totalement à l’idéologie de l’ancien chef d’État. Même Brian Kemp a voté des lois allant en ce sens: réduction du droit des minorités à voter, assouplissement des lois sur les armes à feu, etc.L’ombre de Trump est partout… voire même un peu trop pour lui. En témoigne cette primaire atypique pour le poste de sénateur en Pennsylvanie. L’ancien président y soutenait la star de la télé Mehmet Oz, opposé à l’homme d’affaires David McCormick. Puis est arrivée Kathy Barnette, une commentatrice politique. Bien qu’elle ne représentait pas Donald Trump, elle a porté haut les couleurs de son "Make America Great Again" (MAGA). Elle a fini troisième mais son cas est symptomatique de l’état actuel du parti républicain: le MAGA est à la mode, au point de desservir Trump.

Cette tendance est loin d’être anodine. Si le trumpisme prospère sans Trump, ce dernier est-il encore nécessaire à l’avenir du parti? D’autres candidats pourraient peut-être faire l’affaire lors de la prochaine élection présidentielle. Car c’est bien de cela dont il est question ici. Si Trump veut revenir à la Maison Blanche, il doit garder le contrôle sur son propre mouvement.

 

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