Ce samedi, l’Union belge de football défile à la Pride

Les plus hautes instances du football belge montrent l’exemple en envoyant une délégation à la Belgian Pride. Un geste significatif dans une actu qui balance entre le coming out du jeune footballeur Jake Daniels et le refus d’un joueur du PSG  de cautionner la journée mondiale contre l’homophobie.

Ce samedi, l’Union belge de football défile à la Pride
Jake Daniels @Isopix

Alors que le cortège de la Belgian Pride s’apprête à reprendre les rues de Bruxelles ce samedi, un plan wallon alignant seize mesures vient d’être adopté. Ce plan vise à améliorer le niveau d’acceptation des membres de la communauté LGBTQIA+  grâce à une meilleure représentation à travers les associations (les sept Maisons arc-en-ciel et leur fédération PRISME voient leur budget doubler), un accueil renforcé pour les jeunes en rupture familiale, un renforcement de la lutte contre les violences dont sont victimes les gays, les lesbiennes, les bi, les personnes trans et intersex, une meilleure intégration des personnes issues de l’immigration et une plus forte attention portée aux résidents LGBT dans les maisons de repos. Lister ces préoccupations suffit à mesurer le chemin qu’il reste à parcourir pour effacer les discriminations. Jeter un œil à leur financement (près de 2,35 millions d’euros) suffit à saisir l’importance du chantier dans un pays où la région wallonne s’est autoproclamée “zone de liberté pour les personnes LGBTQIA+

Si la Pride a l’habitude d’avancer au rythme de mots d’ordre politiques bienveillants – OPEN est le thème de l’année, “comme un appel à plus d’inclusivité, de respect et d’égalité”, l’actualité se charge d’illustrer tous ces discours remplis de bonnes intentions. Il y a quelques jours, Jake Daniels, un joueur de  17 ans évoluant à Blackpool en deuxième division anglaise, a fait son coming out.  Un événement (qui ne devrait pas en être un) mais dont l’impact est ultra-positif dans les rangs des supporters, et plus particulièrement des jeunes fans, souvent en quête de modèles d’identification.

Didier Digneffe, 54 ans, rare arbitre gay et membre de l’International gay and lesbian football association, commente la décision courageuse de Jake Daniels dans un milieu où l’homosexualité est toujours tabou, inspire plaisanteries et insultes. “Le plus beau, ce n’est pas seulement son coming out, explique-t-il, mais les réactions – toutes positives – qui ont suivi ce coming out. Comme toujours, il y a bien quelques écervelés qui s’expriment sur les réseaux sociaux mais qui sont vite recadrés par les autres. On espère que les soutiens à ce jeune garçon seront toujours là une fois que son coming out ne sera plus une info. À côté de cela, il faut quand même dire qu’on devrait pouvoir vivre sa vie sans devoir annoncer son orientation sexuelle.  Être soi-même et devoir le clamer pour le revendiquer, c’est le côté triste du coming out. Aucun hétérosexuel n’a jamais fait de coming out.

En France, mais en Belgique aussi… 

Dans un mouvement de balancier comme seule l’actu en a le secret, au même moment, un autre joueur, Idrissa Gueye, 32 ans, milieu de terrain au Paris Saint-Germain, était au centre d’une polémique convoquant la question de l’homophobie dans le business du foot. Le dimanche 15 mai, Idrissa Gueye aurait refusé de monter sur le terrain lors d’un match contre Montpellier, rencontre pour laquelle les joueurs arboraient un maillot floqué aux couleurs du drapeau arc-en-ciel à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Devant la controverse, le PSG a dû s’expliquer et pointer du doigt le comportement de son joueur. Dans un communiqué, le club a précisé: “Idrissa Guye n’était pas dans le groupe pour des raisons individuelles et personnelles. Cette décision lui appartient.” Plus loin, la direction réitère sa position: “Le PSG a toujours tenu à combattre toute forme de discrimination et l’a de nouveau fait ce week-end.”

Devant les critiques essuyées par le joueur, d’origine sénégalaise, le président du Sénégal, Macky Sall, a tenu à lui exprimer son amitié en tweetant: “Je soutiens Idrissa Gana Gueye. Ses convictions religieuses doivent être respectées.” Certains pourraient se poser la question: ne pas soutenir la journée mondiale de lutte contre l’homophobie peut-il être assimilé à un geste homophobe? ”Si la lutte contre l’homophobie est portée, dans un cadre légal, par la Fédération et par les clubs – autant dire les employeurs des joueurs, tout le monde doit se mettre au service de cette cause, avance Didier Digneffe. Ceci dit, on n’a pas besoin d’aller en France pour remarquer ce genre de comportements. En 2019 et en 2021, lors de la journée Football For All en faveur de la lutte contre les discriminations dans le football, des joueurs d’Anderlecht et du Standard – Albert Sambi Lokonga et Paul-José Mpoku – ont refusé de porter ou d’afficher un brassard arc-en-ciel fourni par la Fédération et la Pro League.”

Contre toutes les formes de discriminations

Signe des temps, pour marquer son adhésion au mouvement de protestation contre les agissements discriminatoires, l’Union belge de football défilera, pour la première fois,  samedi à la Pride. ”Il était temps, s’exclame Didier Digneffe. Les choses évoluent et c’est très bien. N’oublions pas que l’Union belge de football est le plus grand mouvement de jeunesse du pays  qui occupe plusieurs milliers de jeunes chaque week-end et chaque mercredi. Personnellement, j’ai vécu cette souffrance de ne pas être moi-même dans le milieu du football. Sentir aujourd’hui qu’elle a pu servir à voir les instances du football belge défiler à la Pride, c’est un pas énorme. Évidemment, je ne manquerai pas ça, j’y serai avec mes médailles et mon maillot des Gay Games (rencontres sportives internationales lancées par la communauté LGBT en 1982 – NDLR) où j’ai arbitré la finale de foot à Paris.”

L’Union belge de football à la Pride, c’est un épisode supplémentaire – et un peu plus visible – à verser au dossier Come Together, son plan de lutte contre toutes les discriminations ayant abouti a la création d’une instance disciplinaire depuis le premier juillet 2021. “Nous avons, par exemple, contraint un joueur  qui avait tenu des propos antisémites à se rendre à la Caserne Dossin  (à Malines, camp de transit des Juifs de Belgique durant la Seconde guerre – NDLR), explique Pierre Cornez, porte-parole de l’Union belge de football. Nous serons présents à la Pride dans une action commune avec les ailes régionales de l’ACFF – l’association du football amateur francophone, et de Voetbal Vlaanderen. Dans le groupe, on trouvera différents acteurs du monde du football – des arbitres, des supporters, des entraîneurs – à qui on a demandé d’afficher des symboles LGBT.”  Les officiels du foot belge à la Pride, un pas énorme, pour reprendre l’expression de Didier Digneffe, en attendant d’y voir des joueurs stars…

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