OTAN-Russie: quel rapport de force?

Si l'armée russe surpasse celle ukrainienne sur tous les plans, elle restait souvent en-deçà de l'OTAN. Un écart qui se creuse avec la guerre.

Drapeau de l'OTAN à Rukla
Drapeau de l’OTAN tenu par un soldat à Rukla (Lituanie) lors de la visite d’Ursula von der Leyen, le 7 février 2017 @BelgaImage

C’est officiel: la Finlande va bel et bien demander son adhésion à l’OTAN. C’est ce qu’ont déclaré ce dimanche le président finlandais, conjointement avec la Première ministre Sanna Marin. En fin de journée, les sociaux-démocrates suédois, au pouvoir à Stockholm, doivent édicter s’ils feront de même. Dans les deux cas, c’est la peur de la Russie qui explique ces revirements. Une fois dans l’OTAN, ces pays bénéficieraient de protection commune des membres de l’organisation du traité de l’Atlantique Nord. Une force non négligeable, surtout face à une Russie qui s’est affaiblie durant le conflit en Ukraine.

Le nombre de militaires

Selon le Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE), situé à Mons, l’OTAN peut "compter sur près de 3,5 millions de personnels, militaires et civils réunis". Les trois pays comptant le plus de soldats sont les USA (près de 1.400.000 militaires actifs, avec 800.000 réservistes non compris), la Turquie (425.000 militaires et 200.000 réservistes) et la France (270.000 dont environ 200.000 militaires et 70.000 réservistes). Outre les effectifs nationaux, l’organisation dispose d’une "Force de réaction" propre, créée en 2002 et opérationnelle depuis 2004. Ce bras armé de l’OTAN regroupe 40.000 militaires sont sous commandement direct, auxquels on peut ajouter 100.000 soldats américains déjà déployés en Europe, surtout de l’Est. Si la Finlande et la Suède venaient à rejoindre l’OTAN, ce seraient respectivement 22.000 et 16.000 soldats qui rejoindraient le camp de l’organisation transatlantique.

Face à elle, la Russie comptabilisait au début de la guerre 900.000 soldats actifs d’après les chiffres de l’International Institute for Strategic Studies (IISS). L’Ukraine bénéficie pour sa part d’une force de 196.000 militaires (sans compter les 900.000 réservistes et les civils mobilisés depuis le début du conflit). Il est difficile de savoir quelles sont exactement les pertes après deux mois et demi de guerre. Selon Washington, près de 15.000 soldats russes ont été tués. L’Ukraine estime même que ce chiffre monte à 25.000. Plus largement, le nombre de blessés serait encore trois fois plus élevé et "25% des troupes russes ont sans doute été mises hors de combat" d’après l’ancien ambassadeur américain en Ukraine John Herbst, interrogé par L’Express. Londres ajoute ce dimanche que la Russie aurait déjà perdu un tiers de ses troupes terrestres.

Un budget défense croissant

Pour ce qui est des dépenses militaires, la Russie dispose d’un gros budget défense. 4,3% de son PIB y est consacré, ce qui représente 61,7 milliards de dollars selon la Banque mondiale. L’Ukraine dépense en comparaison 5,9 milliards de dollars pour le même secteur, soit 4,1% de son PIB.

Parmi les membres de l’OTAN, il faut distinguer les contributions directes destinées au fonctionnement de l’organisation et les dépenses globales de ces pays au niveau national. Les premières ne représentent que 0,3% des dépenses de défense totales des Alliés, ce qui représente un total de 2,5 milliards de dollars. À cela peuvent s’ajouter des contributions indirectes et ponctuelles, notamment lorsqu’un pays affecte des forces à une opération de l’OTAN tout en assumant son coût.

Au niveau national, l’OTAN recommande à ses membres d’accorder au grand minimum 2% du PIB à leurs budgets défenses. En pratique, seuls un tiers d’entre eux suivent ce conseil. La Grèce arrive en tête (3,82% en 2021), suivie des USA (3,52%, soit 705 milliards de dollars) et de la Croatie (2,79%). Au-dessus des 2%, on retrouve aussi le Royaume-Uni, l’Estonie, la Lettonie, la Pologne, la Lituanie, la Roumanie et la France. En 2021, la Belgique était sur le podium des mauvais élèves avec 1,12% du PIB. Seuls l’Espagne et le Luxembourg avaient des scores encore plus faibles.

Cette situation est appelée à évoluer avec la guerre en Ukraine qui incite tous les pays européens à revoir à la hausse leurs budgets défense. L’Allemagne a par exemple débloqué un budget de 100 milliards d’euros pour rééquiper son arme. La France compte passe de 40,9 milliards d’euros dépensés par an à 50 milliards en 2025. Pour sa part, la Belgique prévoit un milliard d’euros supplémentaires à la Défense d’ici 2024, date de fin de la législature actuelle.

Armes contre armes

Au début de la guerre en Ukraine, l’armée russe disposait d’un arsenal bien plus important que celui des forces de Kiev. Selon l’IISS, Moscou bénéficiait de 2.840 chars d’assaut contre 858 pour l’Ukraine, 5.220 véhicules de combat contre 1.184, et 1.846 avions militaires contre 187. Mais ça, c’était avant. Depuis le début du conflit, selon des chiffres relayés par BFMTV, la Russie aurait perdu 599 chars (soit 21% de son total d’avant-guerre), 2.883 véhicules de combat (55% du total), et 114 aéronefs (c’est-à-dire 6%). Côté OTAN, l’organisation comptait en 2016, d’après les chiffres du journal Le Monde: 9.857 chars d’assaut, 29.275 blindés, et 5.277 avions de combat.

Enfin, il reste l’arme ultime: le nucléaire. D’après l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), la Russie comptait en janvier 2021 6.255 ogives, soit le nombre le plus important au monde. Face à elle, l’OTAN dispose d’un total de 6.065, répartis entre les USA (5.550), la France (290) et le Royaume-Uni (225).

Sur le même sujet
Plus d'actualité