Les Gilets jaunes, bientôt de retour?

Dépités par la victoire d'Emmanuel Macron, les Gilets jaunes pourraient bien se remobiliser, même si rien n'est moins sûr.

Des Gilets jaunes à Vimy
Des Gilets jaunes à Vimy (Pas-de-Calais), le 13 février 2022 @BelgaImage

Il y a une semaine, les Gilets jaunes vivaient comme un jour de deuil. Eux qui voulaient "tout sauf Macron", c’est bien lui qui a été réélu président de la République. Depuis, la colère gronde et les premiers appels à la remobilisation du mouvement se font entendre. De quoi imaginer un nouveau départ?

Le Pen et Mélenchon soutenus par les Gilets jaunes

À l’issue du premier tour de la présidentielle, la grogne des Gilets jaunes envers Emmanuel Macron les avaient souvent amener à voter contre le pouvoir en place. Selon un sondage Elabe réalisé pour BFMTV, 41% d’entre eux avaient voté Marine Le Pen, 24% Jean-Luc Mélenchon, 9% Éric Zemmour et 3% Valérie Pécresse (le président a quant à lui obtenu 11% de leurs voix). Leurs anciens soutiens, qui ont depuis pris leurs distances avec les Gilets jaunes, ont quant à eux voté à 30% pour Jean-Luc Mélenchon et à 28% pour Marine Le Pen (11% encore pour Emmanuel Macron). Ceux qui n’ont jamais participé ou soutenu leur mouvement ont enfin donné leurs bulletins à 51% pour le président. Un résultat qui montre l’écart idéologique entre ces groupes.

Qu’en était-il lors du second tour? Les sondages ne se sont pas encore penchés sur la question. Interrogé par la RTBF, Vincent Laborderie, professeur de sciences politiques à l’UCLouvain, estime que "si le phénomène n’est pas numériquement important, il y a certaines personnes du mouvement qui pourraient voter Marine Le Pen même s’ils ne sont pas de droite ou d’extrême droite, mais par anti-macronisme".

"Et un, et deux, et troisième tour"

Certaines figures des Gilets jaunes n’avaient d’ailleurs pas fait de mystères sur leur état d’esprit en vue de la fin de la présidentielle. C’était le cas de Priscillia Ludosky. Si elle ne soutenait pas Marine Le Pen, elle déclarait au Parisien que "si Macron est réélu, il y a de fortes chances que j’appelle à descendre dans la rue". Quelques jours plus tard, c’est bien Emmanuel Macron qui l’a emporté, avec 58,5% des voix. Réaction de Priscillia Ludosky: "ce sera la guerre", dit-elle auprès du magazine Elle. Certes, elle est soulagée que Marine Le Pen ne l’ait pas emporté, mais elle fulmine quand même. "On ignore à quelle sauce on aurait été mangé sous Le Pen. Là, on sait déjà ce qu’on a à faire", se rassure-t-elle.

Elle n’est d’ailleurs pas à la seule à se remettre dans un état d’esprit combattif. Dimanche dernier, au moment même où les résultats étaient annoncés, des militants du mouvement ont immédiatement fait connaître leur mécontentement devant la préfecture de Montpellier. "On est reparti pour cinq années de mobilisation, pour une nouvelle société, pas la charité", annonce combattif un manifestant à Midi Libre. Sur les pancartes, un message: "Et un, et deux, et troisième tour".

Ce troisième tour, c’est les législatives, organisées en juin. Pour Vincent Larborderie, l’impact du vote des Gilets jaunes à cette occasion "peut être d’autant plus important". "La majorité des députés sont élus dans des régions semi-rurales, semi-urbaines ou dans la campagne. Et c’est justement dans ces zones qu’un sentiment anti-Macron s’est installé, ce qui aurait peut-être pour conséquence que LREM [le parti présidentiel, ndlr] perde sa majorité à l’issue des prochaines législatives".

L’avenir très incertain des Gilets jaunes

Est-ce que pour autant, cela incitera les Gilets jaunes à réactiver leur mouvement? "Non, pas fondamentalement", pense le professeur de l’UCLouvain. "Une certaine partie de la population trouve qu’Emmanuel Macron ne les représente pas. Les Gilets jaunes ont incarné ce sentiment, mais cela peut prendre une autre forme". Preuve en est: une militante du mouvement, interrogée par Le Point ne cache pas son "découragement total" suite à la réélection d’Emmanuel Macron, alors qu’elle avait voté Marine Le Pen. Démoralisée mais pas moins en colère, elle n’ira plus manifester.

Pourtant, ce 30 avril, des Gilets jaunes défilent bel et bien dans Paris. Un prélude aux manifestations du 1er Mai qui serviront de premier test pour eux sous ce nouveau quinquennat. Pour Emmanuel Macron, la gestion de cette problématique ressemble en tout cas à un casse-tête. "Quoiqu’il fera, s’il est réélu, ce ne sera pas évident pour lui", prédit Vincent Laborderie. "Il devra faire attention à ce qu’il fait, sous peine de se retrouver face à une fronde populaire. C’est difficile à dire si cette fronde sera incarnée par les Gilets jaunes. Probablement pas, mais l’esprit sera toujours là".

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