Pourquoi la Russie veut-elle être payée en roubles?

La fourniture de gaz se fait généralement en devises étrangères. Mais la Russie veut changer les règles et être payée en rouble. Pour quelles raisons? Éléments de réponses.

Gaz russe
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Nouveau coup de tonnerre dans le monde de l’énergie hier. Gazprom, fournisseur de gaz russe, a décidé de couper les vannes qui approvisionnent la Pologne et la Bulgarie. Leur méfait? Ces deux pays, membres de l’Union européenne et de l’OTAN, n’ont pas effectué de paiement en roubles, la monnaie russe.

Une vengeance pour Poutine?

La Russie croule sous les sanctions économiques infligées par les pays occidentaux qui entendent ainsi punir l’offensive russe en Ukraine. Réaction de Vladimir Poutine le mois dernier: il demande désormais aux pays "inamicaux" d’acheter son précieux gaz, non plus en euros ou en dollars mais en roubles. Un moyen de renforcer sa devise fragilisée et la "souveraineté" de son pays.

Concrètement, les sociétés importatrices de gaz devront ouvrir un compte en roubles dans une banque russe pour se soumettre à cette nouvelle condition. "Au final, cela revient aujourd’hui pour les clients européens à créer un compte auprès de la Gazprombank en roubles et à continuer à payer en euros", analyse Christophe Boucher, professeur d’Économie à l’Université de Paris Nanterre, sur France Culture. La présidente de la Commission européenne souligne cependant que les entreprises européennes ne doivent pas céder à la pression russe au risque de violer les sanctions de l’Union.

Dans les faits, pas de changement fondamental mais plutôt une mesure symbolique prise par la Russie pour contrarier ses adversaires. "Ni les clients, ni les diplomates russes et européens ne comprennent ce qu’est l’objectif final de cette mesure", explique Christophe Boucher. Dans cette histoire personne ne tire un intérêt à ce que le gaz ne soit pas payé.

Les alternatives au gaz russe

En visant la Pologne et la Bulgarie, Moscou met la pression sur les pays de l’ex-Pacte de Varsovie mais également sur les pays européens qui ne se sont pas encore mis d’accord sur les sanctions à mener sur le gaz russe.

Mais à peine sanctionnés, les deux pays ont directement été secourus par leurs voisins de l’Union européenne. Une opération solidarité perçue comme un "nouvel échec" du Kremlin, selon les mots de la présidente de la Commission européenne.

Le Premier ministre bulgare estime que l’Europe doit être "plus forte" et trouver des "alternatives" pour ne plus utiliser le gaz russe. Pour cela, le Vieux continent va devoir aller le chercher ailleurs. Il discute notamment avec trois pays fournisseurs en gaz: la Norvège, l’Algérie et le Qatar. Le gaz naturel liquéfié est une autre option. Les États-Unis se sont engagés à en fournir dès cette année en quantités supplémentaires. L’Australie et le Qatar pourraient également approvisionner l’Europe. Le recours au charbon est aussi envisagé par différents pays membres.

Des solutions efficaces à court terme qui ne permettent ni d’être réellement indépendant énergétiquement, ni de respecter les objectifs climatiques souhaités par l’Union européenne. Le moment peut-être d’investir massivement dans les énergies renouvelables.

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