Pourquoi la Moldavie craint d’être la prochaine cible de la Russie

Kiev accuse Moscou de chercher à « déstabiliser » la Transnistrie, après une série d’explosions sur ce territoire séparatiste prorusse de l’est de la Moldavie. La crainte de voir la guerre en Ukraine s’étendre à cette ancienne république soviétique se ravive.

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Le marteau et la faucille, emblèmes de la région séparatiste prorusse de Transnistrie, à l’est de la Moldavie @BELGAIMAGE

Kolbasna : c’est un tout petit village, d’ordinaire très paisible, situé à deux kilomètres de la frontière avec l’Ukraine. Mercredi, les autorités de la république auto-proclamée de Transnistrie, en Moldavie, ont annoncé que Kolbasna avait été la cible de tirs. Un grand dépôt d’armes, datant de la période soviétique, s’y trouve, sous le contrôle de l’armée russe. Lundi et mardi, les séparatistes de Transnistrie avaient déjà affirmé avoir été témoins de plusieurs explosions dans la région.

"Il s’agit d’une tentative pour accroître les tensions", a dénoncé de son côté la présidente moldave, Maia Sandu, après avoir convoqué un conseil de sécurité national. "Les autorités moldaves veiller[aient] à empêcher la République d’être entraînée dans un conflit", a-t-elle ajouté.

Pour l’heure, il semble difficile de savoir qui est à l’origine des incidents et quels sont les objectifs poursuivis. Kiev a accusé Moscou, qui a immédiatement nié et accusé à son tour l’Ukraine. Dans tous les cas, cette poussée de fièvre fait en redouter que le conflit voisin ne s’exporte à la Moldavie.

Qu’est-ce que la Transnistrie ?

La Transnistrie, "Transdniestrie" ou, dans sa dénomination officielle, "République moldave du Dniestr", est une petite région séparatiste et russophone de quelque 500.000 habitants. Ce territoire de 4.100 km2 (un peu plus vaste que la province du Hainaut) est coincé entre la rive droite du fleuve Dniestr, en Moldavie (à l’ouest), et la frontière ukrainienne (à l’est).

La Transnistrie s’est proclamée indépendante en 1992, mais n’est pas reconnue par l’ONU, ni par aucun Etat. À l’effondrement de l’URSS en 1991, la population, majoritairement russophone, souhaitait être rattachée à la Russie et non à la Moldavie, de langue roumaine. Une guerre civile y a opposé l’armée moldave aux forces séparatistes, soutenues par les Russes. Le conflit est gelé depuis trente ans.

Demande d’adhésion à l’UE

Pays neutre depuis 1994, la Moldavie ne peut aider de belligérants ni adhérer à une alliance militaire comme l’Otan. Chisinau (la capitale moldave) a certes apporté son soutien à l’Ukraine et accueilli de nombreux réfugiés, mais n’a pas adopté les sanctions économiques de l’UE contre la Russie.

Le pays se tourne cependant résolument vers l’ouest, et a signé en 2013 un accord d’association avec l’UE. Une semaine après le début de l’invasion russe en Ukraine, la Moldavie a introduit une demande officielle pour faire partie de l’Union.

La Moldavie, prochaine étape de la "Nouvelle Russie" de Poutine?

Si les combats n’ont pour l’heure pas débordé en Transnistrie, le contexte géopolitique et des déclarations russes récentes font craindre que la Moldavie pourrait être une cible du Kremlin. La semaine dernière, Roustam Minnekaïev, commandant adjoint des forces du district militaire du Centre de la Russie, affirmait que Moscou voulait s’emparer de tout le sud de l’Ukraine afin d’avoir un accès direct à la Transnistrie.

Le général dépeignait la population russophone de Moldavie comme victime d’ "oppression ", ce qui rappelle la rhétorique de Moscou disant vouloir "défendre" les minorités russes en Ukraine.

Certains observateurs craignent que la Transnistrie, où sont présents depuis 1992 1.500 soldats russes, puisse servir de tête de pont à l’invasion du sud de l’Ukraine. En cas de prise d’Odessa, les Russes pourraient en effet jouir d’une continuité territoriale jusqu’à la Crimée. De quoi satisfaire le projet expansionniste de Vladimir Poutine, dit de "Nouvelle Russie". Reste que la conquête qu’Odessa, deux fois plus grande que Marioupol, serait loin d’être facile.

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