Ces pays d’Europe où l’extrême droite est en embuscade

Si l'extrême-droite n'a pas remporté les élections en France, elle lorgne sur d'autres pays, notamment deux grands d'Europe de l'Ouest.

Le Pen, Salvini et Meuthen
Marine Le Pen (RN), Matteo Salvini (Lega) et Jörg Meuthen (AfD) à Milan, le 18 mai 2019 @BelgaImage

Ce 24 avril 2022, jamais l’extrême-droite française n’a été aussi puissante, Marine Le Pen obtenant 41,5% des voix lors de l’élection présidentielle. Mais puisqu’il n’y a qu’un seul gagnant, celle-ci repart bredouille. Elle ne peut qu’espérer une percée lors des législatives de juin mais le scrutin majoritaire à deux tours pourrait ne pas jouer pas en sa faveur (le FN n’ayant d’ailleurs obtenu en 2017 que 8 sièges de députés sur 577). Par contre, ailleurs en Europe, l’extrême-droite monte en force, et pas qu’avec le Fidesz de Viktor Orbán en Hongrie. Lors de prochaines élections, elle pourrait même être en position de prendre le pouvoir dans plusieurs pays.

Italie: la montée de la Lega et de Fratelli d’Italia

Un des États où l’extrême-droite est en pleine ascension n’est pas des moindres puisqu’il s’agit de l’Italie. Les dernières élections en date, en 2018, avaient vu le sacre du Mouvement 5 Étoiles de Luigi Di Maio, un parti transversal anti-corruption, avec 32% des voix. Mais ce temps est déjà révolu. Pour arriver au pouvoir, les "Cinque Stelle" ont choisi une alliance avec l’extrême-droite de la Lega. En quelques mois, ce parti, mené par Matteo Salvini, est passé de ses 17% recueillis lors de ces élections, à 32% dans les sondages, voire plus. Le mouvement de Di Maio s’est quant à lui effondré. Aujourd’hui, il ne recueille que 12-14% des intentions de vote. Depuis, la Lega a été éjectée du pouvoir en 2019 et remplacée par les socio-démocrates du Parti démocrate et ceux d’Italia Viva. La défection de ce dernier parti en 2021 a pour finir mené à la formation d’un gouvernement mené par Mario Draghi et rassemblant quasiment tous les partis du Parlement.

C’est dans ce contexte qu’actuellement, l’un des seuls partis d’opposition a fait une percée fulgurante dans les sondages: Fratelli d’Italia ("Frères d’Italie"), mené par Giorgia Meloni. Sur l’échiquier politique, il occupe la même place que la Lega mais ses origines sont très différentes. Là où Matteo Salvini prêchait d’abord l’autonomie du nord du pays, Giorgia Meloni (originaire de Rome) milite au niveau national. Son parti est souvent présenté comme l’héritier des néo-fascistes, ce qu’elle récuse. Pourtant, son symbole est bien la flamme de l’ancien parti fascite, le Mouvement social italien (flamme d’ailleurs aussi récupérée en France par le FN puis par le Rassemblement national). Un héritage qui ne l’empêche pas d’être très populaire. En ce mois d’avril 2022, Fratelli d’Italia est au coude à coude avec le Parti démocrate pour avoir la première place dans les sondages, à environ 21%.

La situation est donc la suivante aujourd’hui: Fratelli d’Italia et le Parti démocrate sont devant, suivis par la Lega à environ 15-18%, le Mouvement 5 Étoiles à 12-14% et le parti de droite Forza Italia de Silvio Berlusconi à 8-10%. Un myriade de petits partis, presque tous de gauche (à l’exception d’un militant pour un "Italexit" de l’UE), restent bloqués à 2-5%. Mathématiquement, si les élections devaient avoir lieu maintenant, une coalition de droite radicale Fratelli d’Italia-Lega-Forza Italia serait donc en position de force pour former un gouvernement, totalisant environ 45% des intentions de vote. Seul obstacle à cette hypothèse: la droite italienne ne parle pas d’une voix. En janvier, Giorgia Meloni estimait que la Lega et Forza Italia n’étaient plus des "alliés", voire étaient de "centre-gauche" selon elle. Face à sa montée en force, ces deux autres partis renforcent d’ailleurs leurs liens pour lui faire barrage. Mais qu’en serait-il de ces tensions après des élections et la nécessité d’un nouveau gouvernement? Pourraient-ils se réconcilier? Si c’est le cas, seule une coalition du Parti démocrate, des 5 Étoiles et de tous les petits partis de gauche pourraient s’opposer à eux, mais ils seraient dans une position de faiblesse face à ces trois partis de droite. Les prochaines élections italiennes doivent avoir lieu d’ici mai-juin 2023, avec la possibilité évidemment que les sondages changent d’ici là.

Espagne: Vox en embuscade

À Madrid aussi, on s’inquiète de la montée de l’extrême-droite, représentée en l’occurrence par le parti Vox de Santiago Abascal, qui ne renie pas du tout l’époque franquiste, au contraire. Lors des dernières élections, en novembre 2019, il avait recueilli 15,1% des voix. Il était alors troisième, devançant la gauche radicale de Podemos (avec son leader Pablo Iglesias, 12,9%) mais se plaçant derrière les deux grands partis traditionnels espagnols. Les socio-démocrates du PSOE (dirigés par l’actuel Premier ministre Pedro Sánchez) avaient alors obtenu 28% des votes, contre 20,8% pour les conservateurs du PP (menés par Pablo Casado, depuis remplacé par Alberto Núñez Feijóo).

Aujourd’hui, le PSOE et Podemos tiennent les rênes d’un gouvernement minoritaire au Parlement. Dans les sondages, PSOE et PP se disputent toujours la première place, à environ 26% (avec un léger avantage PSOE). Mais le grand changement depuis 2019, c’est que Vox est toujours sur une pente ascendante. Les intentions de vote donnent aujourd’hui à l’extrême-droite espagnole environ 17-20%. Convertis en sièges, le PP et Vox pourraient théoriquement obtenir une majorité de députés.

Ce rapprochement entre les deux partis de droite semble d’autant plus probable que le PP a opéré un virage radical sous Casado. Aujourd’hui, le cordon sanitaire qui existait jadis est rompu. Vox et PP gouvernent déjà ensemble en Castille-et-León. Dans la communauté de Madrid, le PP est seul au gouvernail en la personne d’Isabel Díaz Ayuso mais avec le soutien de Vox. Il faut dire qu’une bonne partie des électeurs de Vox étaient, il y a encore peu de temps, des électeurs du PP. Le but d’Alberto Núñez Feijóo est donc aujourd’hui vraisemblablement de les récupérer. La volcanique Isabel Díaz Ayuso est quant à elle parfois qualifiée de "Trump madrilène". À voir ce que cela donnera d’ici les prochaines élections, organisées d’ici décembre 2023.

Et ailleurs en Europe de l’Ouest?

Dans l’autre grand pays de l’Union européenne, l’Allemagne, les élections viennent d’avoir lieu en septembre dernier. Là-bas, l’extrême-droite est principalement représentée par l’AfD. Elle avait remporté 10% des votes l’année passée et n’a pas bougé depuis dans les sondages.

Chez nos voisins néerlandais, le paysage politique est plus éclaté. Ici, trois partis se placent à l’extrême-droite. Le plus puissant est le PVV de Geert Wilders, qui est arrivé troisième avec 10% des voix lors du dernier scrutin (en mars 2021). Suivent le FvD (5% en 2021) et le JA21 (2,4%). Depuis, le PVV est monté dans les sondages à environ 14%. Le JA21 a fait de même avec près de 10%. Le FvD est resté stable. Mais là aussi, les élections ne sont pas non plus pour tout de suite puisqu’elles devraient avoir lieu en 2025. Pour l’instant, une arrivée au pouvoir de l’extrême-droite ne semble pas faisable au vu de la tradition des coalitions néerlandaise, du système électoral et de la répartition des sièges des députés aux Pays-Bas.

Au Portugal, les élections viennent tout juste d’avoir lieu début 2022. Si l’extrême-droite a longtemps été absente, elle a fait une première incursion cette année. Le parti Chega a ainsi obtenu 7,18% des voix, là où il était quasi inexistant auparavant. Au Parlement, il est donc extrêmement faible et surtout tout seul dans cette partie de l’échiquier politique.

Au Luxembourg, le parti qui représente le mieux l’extrême-droite, c’est l’ADR. Mais à nouveau, celui-ci est très faible. Il a obtenu 8% des votes en 2018 et 4 sièges sur les 60 disponibles à la Chambre des députés. Selon le dernier sondage en date, il serait monté à 11% depuis.

En Irlande, c’est simple: aucun parti d’extrême-droite n’a obtenu de sièges lors des dernières élections, en 2020. Ils existent bel et bien (à l’image de l’Irish Freedom Party) mais ils n’ont même pas passé la barre du 1%. Un fait rarissime en Europe. L’Irlande ressemble en cela au Royaume-Uni, même s’il y avait là-bas le parti UKIP. Cela dit, ce dernier est désormais loin de sa période de gloire, quand il obtenait 12,6% des voix en 2015. Son leader, Nigel Farage, l’a quitté pour créer un autre parti, le Brexit Party (devenu depuis Reform UK), ce qui a provoqué sa chute. Le UKIP est aujourd’hui presque inexistant. Reform UK a obtenu quant à lui 2% lors des dernières élections, en 2019, sans obtenir de sièges à la Chambre des communes. Il est crédité aujourd’hui de 3-4% dans les sondages.

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