Hécatombe suspecte chez les oligarques russes

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, une série de suicides chez de puissants hommes d’affaires russes suscitent des interrogations. D’autant qu’ils sont intervenus dans des circonstances similaires.

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C’est un enchaînement macabre qui a commencé fin janvier, et s’est amplifié depuis le début de la guerre en Ukraine. Comme l’a recensé le magazine américain Newsweek, au moins six grandes fortunes russes ont trouvé la mort dans des circonstances similaires cette année.

À chaque fois, la thèse du crime familial ou du suicide semble la plus évidente. Sauf que le profil des victimes, leur proximité avec le Kremlin et l’enchaînement des décès posent question.

Le dernier date du 19 avril. Ce jour-là, Sergey Protosenya est retrouvé la corde au cou, dans le jardin d’une villa de Lloret de Mar. Cet ancien cadre supérieur de Novatek, un des plus gros producteurs de gaz russe, était en vacances dans la station balnéaire du nord-est de l’Espagne. La femme de Protosenya et sa fille gisent dans une mare de sang, quelques mètres plus loin, leurs corps lacérés. Selon des médias catalans, une hache et un couteau auraient été retrouvés à côté de Sergey Protosenya. À ce stade, la piste du double homicide suivi d’un suicide reste privilégiée par les enquêteurs.

"Aucun rapport avec la réalité"

"Malheureusement, des spéculations ont émergé dans les médias à ce sujet [l’hypothèse d’un triple assassinat déguisé, ndlr], mais nous sommes convaincus que ces spéculations n’ont aucun rapport avec la réalité", a commenté dans un communiqué la société Novatek, le 21 avril.

Trois jours avant, c’est un autre oligarque, Vladislav Avayev, qui trouvait la mort. Le 18 avril, le corps de cet homme de 51 ans, ex-fonctionnaire du Kremlin et ancien vice-président de Gazprombank (la branche financière de Gazprom, le géant énergétique), était retrouvé dans son appartement de Moscou, criblé de balles. À ses côtés, sa femme et sa fille, mortes également. Le quotidien Daily Mail indique que les ""tirs du massacre ont été effectués avec le pistolet d’Avayev". L’appartement semblait verrouillé de l’intérieur.

Avant cela, quatre autres milliardaires russes avaient déjà péri dans des circonstances étrangement similaires. Parmi eux, Mikhail Watford, magnat d’origine ukrainienne, retrouvé pendu dans son garage au sud-ouest de Londres. La police locale a qualifié ce décès d’inexplicable, et s’est refusée, pour le moment, à l’authentifier en tant que suicide.

L’ombre de l’affaire Skripal

Dans une note relayée par La Libre, Grzegorz Kuczyński, directeur du programme Eurasia du Warsaw Institute, un think thank polonais, relève que "dans chaque cas, il existe de larges suspicions que ces morts aient pu être mises en scène pour apparaître comme des suicides. Mais qui aurait fait ça et pourquoi ?", s’interrogeait-il.

À ce stade, aucun élément ne permet formellement de voir dans ces décès la patte du Kremlin. Aucun de ces 6 oligarques ne s’était publiquement opposé à l’invasion de l’Ukraine. " Pour l’instant, il faut être prudent" , prévenait sur BFMTV, l’ancien diplomate russe Vladimir Federovksi, appelant à ne pas tirer de conclusions trop hâtives, quant à une éventuelle implication des services russes. Difficile toutefois de totalement l’exclure, surtout après la révélation d’un possible empoisonnement, courant mars, de l’oligarque Roman Abramovitch à la suite d’un rendez-vous en Ukraine.

L’affaire Skripal, du nom de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal, empoisonné à Salisbury, dans le sud-ouest de l’Angleterre, avait également déjà révélé dès 2018 que le régime russe n’hésitait pas à s’attaquer à ses opposants, même à l’étranger.

 

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