France: quel calendrier pour la suite (gouvernement, législatives, etc.)?

Si la page des présidentielles françaises se tourne, de nombreuses échéances administratives et électorales sont encore à venir.

Emmanuel Macron au Champ de Mars
Emmanuel Macron suite à l’annonce de sa réélection, au Champ de Mars (Paris) le 24 avril 2022 @BelgaImage

Hier soir, le 24 avril, les présidentielles se sont clôturées par la réélection pour cinq ans d’Emmanuel Macron avec 58,54% des voix. La fin d’un marathon pour la course à l’Élysée mais pas de la période électorale. Entre proclamation des résultats, investiture, renouvellement du gouvernement français et législatives, le calendrier est encore bien chargé.

27 avril: proclamation des résultats

Le bilan de la présidentielle est clair: Emmanuel Macron a gagné. Pour autant, la présentation officielle des résultats ne se fait pas tout de suite. "Lundi, dans la journée, on a un enregistrement définitif des résultats sur la base de tous les résultats qui ont été recollés de tous les bureaux de vote et qui sont centralisés par le ministère de l’Intérieur", explique à l’AFP Jean-Philippe Derosier, professeur de droit public à l’université de Lille.

Dès le scrutin clos, le Conseil constitutionnel peut être saisi dans les 48 heures suivantes, notamment sous prétexte que les "conditions et formes légales ou réglementaires n’ont pas été observées". Cette période se terminera donc mardi soir. Mercredi, le Conseil constitutionnel sera dès lors libre d’annoncer le vainqueur de la présidentielle. Le jeudi 28 avril, cette annonce sera publiée au Journal officiel.

"Ces jours-ci": la démission du gouvernement

Le Premier ministre Jean Castex l’a promis sur France Inter: son gouvernement démissionnera "dans les jours qui suivent" l’élection présidentielle. Il n’est pas obligé de le faire, aucune loi ne le lui impose, mais c’est une tradition ancrée lors d’une réélection en France. En 2002, Jacques Chirac a ainsi nommé Jean-Pierre Raffarin Premier ministre suite à sa victoire sur Jean-Marie Le Pen. En 1988, idem pour François Mitterrand qui a nommé à Matignon Michel Rocard.

Mais dans ces deux derniers cas, le contexte était particulier. Que ce soit en 1988 ou 2002, cela suivait une période de cohabitation entre la gauche et la droite et le nouveau gouvernement devait restaurer la prise en main du parti présidentiel à Matignon. Ici, ce n’est pas le cas. Le parti d’Emmanuel Macron, La République en marche (LREM), avait déjà le contrôle. Il n’empêche, cela pourrait permettre à Emmanuel Macron de donner une impulsion supplémentaire pour les législatives, afin de marquer les esprits et éventuellement de rassembler le soutien du plus d’électeurs possibles. Le jour de cette démission "devrait être le jeudi 28 ou le vendredi 29 avril", fait savoir un ministre à France Télévisions. Un dernier Conseil des ministres aurait de toute évidence lieu ce mercredi.

Avant le 13 mai: une investiture "version réduite"

À partir de l’annonce officielle de la victoire d’Emmanuel Macron au Journal officiel, c’est-à-dire ce jeudi, le président réélu sera libre d’organiser l’investiture de son nouveau quinquennat. Quand? C’est la question. Le mandat actuel se termine le vendredi 13 mai. Cette étape doit donc être organisée avant cette date. Pour l’instant, aucune information n’a filtré sur le moment précis de cette cérémonie. En 2017, une semaine avait séparé l’élection et l’investiture.

Le jour J, les résultats officiels seront proclamés dans la salle des fêtes de l’Élysée par le président du Conseil constitutionnel et le procès-verbal de l’investiture sera signé par le président de la République. Évidemment, il n’y aura pas de passation de pouvoir comme en 2017 avec François Hollande. La cérémonie est donc "réduite au minimum". Le grand collier de la Légion d’honneur sera décerné et un discours d’investiture prononcé. Enfin, 21 coups de canons seront tirés. Une vieille coutume qui trouve son origine dans les 101 coups de canon tirés pour annoncés la mort du roi de France et l’intronisation de son successeur. En 1958, ce nombre a été réduit à 21.

Un nouveau gouvernement d’ici la semaine prochaine?

Si l’investiture a lieu rapidement, Emmanuel Macron pourrait nommer son nouveau gouvernement d’ici peu de temps. "Je connais Emmanuel Macron, il veut toujours que ça aille vite, mais ça met toujours dix jours", confie un ministre à France Info. "Le mercredi 4 mai, est-ce qu’on aura le premier Conseil des ministres du nouveau gouvernement? Ça peut très bien être aussi le vendredi ou le samedi suivant".

Lorsque cela aura lieu, il faudra choisir le nom du nouveau Premier ministre. Il est loin d’être certain que Jean Castex soit remis à son poste. Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a également promis que son "prochain Premier ministre sera directement chargé de la planification écologique". Les médias français, se fiant aux bruits de couloirs, citent souvent Élisabeth Borne, actuelle ministre du Travail, et Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne et ex-directrice du FMI. Un choix qui serait historique puisqu’à ce jour, seule une femme a été nommée à ce poste: Édith Cresson, qui n’était restée que 10 mois à Matignon sous Mitterrand. L’actuel ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, et le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, sont également souvent cités. Si Emmanuel Macron veut séduire la droite, il a aussi l’option Gérald Darmanin, actuel ministre de l’Intérieur, ou Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, tous deux transfuges du parti de Nicolas Sarkozy, LR (droite). Selon un sondage Ifop révélé par TF1 Info, les électeurs LREM préfèreraient Christine Lagarde, suivie par Bruno le Maire. Le nom d’Édouard Philippe, ancien Premier ministre, est souvent cité mais en l’occurence plus pour obtenir un autre poste.

Pour ce qui est des autres portefeuilles ministériels, le flou règne. Il reste deux ministres de l’ère Hollande qui ont survécu à la chute du PS: Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et Annick Girardin, ministre de la Mer. Resteront-ils à leurs postes? La question est posée. Selon Le Parisien et La Dépêche, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, pourrait partir après avoir cristallisé trop de tensions autour de sa personne. Marlène Schiappa, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, ne sera pas candidate aux législatives et pourrait par conséquent partir aussi du gouvernement. Justement, ces deux noms sont cités par le sondage Ifop pour ce qui est des ministres dont les Français veulent le moins. Ils sont suivis par Éric Dupont-Moretti, ministre de la Justice, accusé de conflits d’intérêts.

Selon le JDD, plusieurs ministres devraient enfin rester. Outre Darminin et Le Maire, ce serait au moins le cas d’Olivier Dussopt (Comptes publics), Agnès Pannier-Runacher (Industrie) et Gabriel Attal (porte-parole).

Du 16 au 20 mai: les candidatures aux législatives

Si les différents partis sont déjà dans l’ambiance des législatives (en témoignent par exemple les discours de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour hier), il va falloir maintenant déposer les candidatures pour cette nouvelle élection. Cela ne pourra se faire que du 16 au 20 mai à 18 heures, via la remise d’une déclaration dans la préfecture en charge de la circonscription revendiquée. Il existe à ce jour 577 circonscriptions en France (dont 558 métropolitains et pour les départements d’outre-mer, 8 pour les collectivités d’outre-mer et 11 pour les Français établis à l’étranger).

Les 12 et 19 juin: les élections législatives

En juin, c’est le fameux "troisième tour", à savoir les législatives. Les Français de l’étranger et de Polynésie voteront déjà les 4-5 juin pour le premier tour. Ces élections détermineront si Emmanuel Macron pourra former facilement ou pas une majorité et donc un gouvernement le soutenant. Pour obtenir cette fameuse majorité, il lui faut au moins la moitié des sièges de l’Assemblée nationale, à savoir 289. Actuellement, LREM en a 267 et bénéficie du soutien du MoDem de François Bayrou (centre, 57 sièges), ainsi que du groupe Agir ensemble (centre-droit, 22 sièges), d’où un total de 346 députés.

La nouvelle Assemblée nationale sera officiellement formée le mercredi 22 juin et les nouveaux groupes parlementaires seront formés à cette occasion. Les commissions permanentes seront composées une semaine plus tard, le 29 juin. La période électorale sera alors définitivement close. Sauf en cas d’organisation d’un référendum (sur le climat ou les retraites par exemple), les prochains rendez-vous électoraux seront les sénatoriales (au scrutin indirect, en 2023), les européennes (en 2024) et les municipales (en 2026). Les prochaines présidentielles auront quant à elles lieu en 2027.

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