Pourquoi Marine Le Pen n’est pas féministe

La moitié des Françaises considèrent que Marine Le Pen est féministe. Un chiffre surprenant compte tenu du programme de la candidate à l'élection présidentielle, et des actes de son parti.

Marine Le Pen
Le prétendu féminisme de Marine Le Pen est surtout affaire de stratégie politique. © BelgaImage

C’est une évidence: il ne suffit pas d’être une femme pour être féministe. Pourtant, ce rapprochement trop rapide est encore fréquent. "L’élection présidentielle qui arrive est l’occasion de porter ces préoccupations, celles qui nous habitent toutes en tant que femmes, au sommet de l’État en élisant une femme", a déclaré Marine Le Pen dans sa "Lettre aux Françaises" à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier. Depuis 2012, la candidate du Rassemblement national tente de séduire un électorat féminin, traditionnellement plus réticent à voter extrême droite. Une stratégie de banalisation qui fonctionne: 49% des Françaises la considèrent désormais comme "féministe", contre 30% pour Emmanuel Macron, selon un sondage Ifop publié récemment par le magazine Elle.

Si le faible échantillon de participantes (1.039) pousse à prendre ce sondage avec des pincettes, il soulève toutefois une question intéressante à la veille de l’élection présidentielle française: le programme de Marine Le Pen est-il féministe? Sans surprise, non.

La femme génitrice

Première raison: aucun livret thématique n’est consacré à l’égalité entre les hommes et les femmes. Le cœur battant du féminisme. Les seules lignes où les femmes méritent son attention, c’est au sein des chapitres sur la famille, en prenant soin de leur rappeler leur prétendue fonction première: celle de génitrice. "Choisir l’immigration, ce serait considérer que les êtres humains sont interchangeables, réductibles à des statistiques économiques. À l’inverse, faire le choix de la natalité, c’est s’engager à assurer la continuité de la nation, et la perpétuation de notre civilisation", écrit Marine Le Pen dans son programme. Elle encourage la maternité par une série de mesures d’allègement fiscal et d’aides sociales, bien loin de la logique émancipatrice défendue par le féminisme.

Aider les femmes, mais pas toutes

Pire encore, Marine Le Pen instrumentalise les droits des femmes pour son agenda anti-immigration. Si elle entend lutter contre les violences conjugales et le harcèlement de rue, c’est pour asseoir sa politique discriminatoire. Si elle annonce proscrire le port du voile dans la rue, c’est pour invisibiliser les femmes musulmanes, déjà moins privilégiées.

Autre point étrange pour une prétendue féministe: en cas d’élection, la candidate fera disparaître le ministère consacré à l’égalité, se satisfaisant d’une délégation interministérielle.

Opposition systématique à l’égalité

Si elle se dit sensible à la cause des femmes, ses actes la contredisent. "À l’Assemblée nationale, comme au Parlement Européen, Marine Le Pen et les élus de son parti se sont opposés quasiment unanimement et systématiquement aux textes qui promeuvent l’égalité entre les femmes et les hommes – que ce soit pour l’égalité salariale, l’accès à la contraception, la lutte contre les violences faites aux femmes et les violences de genre, ou la promotion de la parité", rappellent les associations de défense des droits des femmes, qui ne sont "pas dupes", dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche.

Par rapport à l’IVG, emblématique de la lutte pour les droits des femmes, Marine Le Pen a abandonné l’expression très controversée d’"avortement de confort" et ne s’oppose plus au remboursement de cet acte médical. Mais sa position sur le sujet n’a pas fondamentalement changé. L’héritière du programme profondément patriarcal du Front national n’a jamais caché son admiration pour des politiques parmi les plus masculinistes et anti-IVG, comme Donald Trump, Jair Bolsonaro ou Viktor Orban. En février dernier, elle et son parti ont voté contre l’allongement de l’accès à l’IVG de douze à quatorze semaines. En novembre 2020, au Parlement européen, les élus RN ont voté contre une résolution visant à condamner fermement l’interdiction quasi-totale de l’avortement en Pologne.

Même opposition systématique lorsqu’il s’agit de défendre ou d’élargir les droits LGBT+. Ou les droits des travailleuses du sexe, à qui elle veut refuser l’accès gratuit aux soins médicaux. Alors que le féminisme vise à améliorer la condition sociale de toutes les femmes, Marine Le Pen, elle, s’avère une nouvelle fois sélective.

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