Présidentielle française: les leçons du débat de 2017

Ce mercredi soir, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se retrouveront pour le traditionnel débat de l'entre-deux-tours de la présidentielle. 5 ans après leur premier affrontement, les deux candidats ont dû tirer les leçons de 1er round et adapter leur préparation en conséquence.

Présidentielle française: les leçons du débat de 2017
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C’est un passage obligé et un moment crucial de l’élection présidentielle française. Ce mercredi soir, dès 21H, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affronteront pour le traditionnel débat de l’entre-deux-tours. Le thème du pouvoir d’achat ouvrira le débat de 2H30, animé par Léa Salamé et Gilles Boileau. La candidate du Rassemblement national a été tirée au sort pour prendre la parole en dernier. Il s’agit donc de retrouvailles pour les deux candidats, qui s’étaient déjà affrontés en 2017. Un premier round qui leur a permis de tirer des leçons pour cette revanche. 

Pour Marine Le Pen 

Tous les experts s’accordaient pour le dire: la performance de Marine Le Pen au débat de 2017 a été un échec cuisant. La candidate le reconnait elle-même au micro de France Info: "Le débat du second tour a été un échec dont j’ai payé un prix d’ailleurs très lourd. J’ai avoué, je crois avec modestie, que j’avais raté cet exercice. Et je le ne referais pas de la même manière".

La candidate avait multiplié les erreurs et les approximations, confondant même les dossiers Alstom et SFR. "Vous êtes en train de lire une fiche qui ne correspond pas au dossier que vous avez cité. C’est triste pour vous. (…) Vous confondez les uns avec les autres", lui avait alors répondu Emmanuel Macron. Nos confrères du Monde, et leurs services " Les Décodeurs ", avaient, à l’époque, relevé les 19 intox relayées par Marine Le Pen dans le débat.  Au delà de ces "contre-vérités", Marine Le Pen n’avait pas convaincu par son attitude. Son imitation, quelque peu surréaliste, des Envahisseurs avait marqué les esprits et en avait amusé plus d’un.

Marine Le Pen avait fait le choix d’une posture offensive, provocatrice face à Emmanuel Macron. Ce qui lui avait valu de perdre pas moins de 5-6 points entre le débat et le dimanche du vote. Selon François Kraus, directeur du Pôle politique de l’IFop, interrogé par le Huffington Post, ce raté avait couté à Marine Le Pen " l’un des principaux marqueurs électoraux de la candidate: le vote de contestation". 

Beaucoup pointent aussi que la candidate était arrivée "épuisée" au débat.Cette fois-ci, l’agenda de Marine Le Pen aurait été complètement vidé dans les jours qui précèdent le débat. Selon les médias français, la candidate aurait passé le début de semaine à préparer l’exercice. Selon nos confrères d’Europe1, elle aurait, notamment, libéré son emploi du temps pour de multiples simulations de débat avec une "doublure" d’Emmanuel Macron.

Ce mardi, le vice-président du Rassemblement national, Louis Aliot, a assuré sur France 2 que Marine Le Pen avait "beaucoup travaillé, elle maîtrise les sujets. Ce n’est pas une question de peur, c’est une question de concentration". Elle souhaiterait par ailleurs aborder le débat de manière plus calme en faisant usage de moins de "piques" qu’en 2017. "Ce que je souhaite c’est que le débat se déroule sereinement, que ce soit une confrontation d’idées", a prévenu la candidate lundi lors d’un déplacement dans le Calvados.

Pour Emmanuel Macron 

Face à cet échec de Marine Le Pen, Emmanuel Macron était sorti gagnant du débat. "Du moins parce qu’il n’a pas perdu", soulignait à l’époque Frédéric Dabi, directeur général de l’institut de sondages Ifop, dans les colonnes du Figaro. "Il a marqué des points en démontant le programme de Marine Le Pen, notamment sur l’euro et en soulignant les insuffisances de son projet", estimait pour sa part Christian Delporte, historien et professeur à l’Université de Versailles-Saint Quentin, interrogé par le quotidien.

Sous bien des aspects, le débat de ce mercredi soir s’annonce différent du précédent. "Emmanuel Macron sera dans une situation beaucoup plus inconfortable parce qu’il a un bilan", avance l’historien et politologue Jean Garrigues, interrogé par France Info.  Les observateurs s’accordent pour d’ailleurs dire que l’exercice est généralement plus compliqué pour un président sortant. "Marine Le Pen insistera peut-être aussi sur des points particuliers comme le scandale McKinsey", juge Vincent Larborderie, politologue à l’UCLouvain, interrogé par nos confrères de la Dernière Heure. "Pour Macron, montrer sa supériorité peut être contre-productif. Il s’est développé durant son quinquennat une image d’arrogance de sa part, en particulier à travers des expressions malheureuses".

Il s’agira, pour le président sortant, de surveiller sa posture, au risque de paraître, une nouvelle fois, trop arrogant. Comme le soulignent nos confrères de FranceInfo, peu d’informations ont toutefois fuite sur la préparation du président sortant. Selon un cadre de la campagne, interrogé par le média français, le candidat ne s’attaquerait pas à la personne de Marine Le Pen. Mais seulement à ses propositions, le programme du Rassemblement national ayant été "décortiqué pour en repérer les failles".

De quoi changer la donne? 

Quant à savoir si ce débat peut véritablement changer la donne de l’élection, la réponse est nuancée. "Historiquement, on n’a jamais vu un débat qui a renversé le cours des choses dans les intentions de vote", note ainsi Matthieu Gallard, directeur d’études à l’institut de sondage Ipsos, auprès de nos confrères du Huffington Post. "On parle souvent du débat de 1974 entre Mitterand et Giscard d’Estaing, mais les écarts étaient très faibles entre les deux. On ne peut pas savoir avec certitude quel rôle a joué le débat sur l’issue du scrutin". 

Même son de cloche du côté du politique Jean Garrigues, interrogé par France Info: "Le débat de l’entre-deux-tours, bien qu’incontournable, n’a jamais été décisif. Il est toujours la confirmation d’une dynamique de campagne." Selon le baromètre quotidien OpinionWay des Echos, seuls 14% des Français attendraient le débat pour se décider.

Matthieu Gallard note pourtant que le débat de 2017 est le "seul qui a vraiment changé la donne". "Marine Le Pen a perdu encore plus lourdement que ce qu’elle devait perdre. Mais cela n’a pas changé l’ordre d’arrivée. Et ce serait improbable qu’on assiste à un croisement des courbes sur la base du seul débat de mercredi soir". 

"Dans un contexte très serré, comme aujourd’hui, remporter le débat peut vous permettre de gagner l’élection", estime de son coté Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l’université de Paris Panthéon-Assas, au micro de  FranceInfo. "Si Marine Le Pen parvient à pointer les aspects négatifs du bilan et qu’elle arrive à se crédibiliser, alors on ne peut pas exclure que sa performance lui permette de mobiliser un électorat, notamment à gauche, qui déteste Macron".

Les derniers sondages (mardi 19 avril) donnent le président sortant gagnant au second tour avec une légère avance sur sa concurrente. Selon la dernière enquête Opinion 2022 réalisée par Elabe pour BFMTV, Emmanuel Macron recueillerait 54,5% des intentions de vote contre 45,5% pour Marine Le Pen. Le baromètre quotidien OpinionWay-Kea Partners fait, de son coté, état d’une avance de Macron avec 56% des intentions de vote, contre 44% pour la candidate du Rassemblement national. Réponse ce mercredi soir à 21h, sur TF1 ou France 2 en Belgique.

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