Présidentielle française: "Et si on essayait Le Pen?"

La présidentielle française s’offre une nouvelle finale “Le Pen vs démocratie”. Elle s’annonce plus serrée que jamais. D’autant que des millions d’électeurs français en auraient marre de servir uniquement de barrage à l’extrême droite.

Marine Le Pen
État de droit bafoué, identités discriminées, environnement nié… La France tentée par Le Pen joue avec le feu. © BelgaImage

“Si je vote Macron, ce sera du bout des doigts”. “Moi, je voterai blanc”. “Oui, j’envisage Le Pen”. Ces réflexions, dans leur inquiétante gradation, reviennent comme des mantras dans les témoignages des électeurs dont le vote s’est exprimé en faveur de Jean-Luc ­Mélenchon au premier tour. Et traduisent la lassitude de l’électorat de ce qu’il est convenu d’appeler la gauche “authen­tique” face au “devoir” de faire barrage contre l’extrême droite. Une expression est née dans l’Hexagone: les castros sont fatigués. Or, avec 22 % des suffrages, la France Insoumise détient la clef qui ouvrira pour les cinq prochaines années la porte de l’Élysée. C’est le seul réservoir de votes conséquent qui pourrait faire pencher les urnes vers l’une ou l’autre direction.

La première: cheminer à nouveau avec le président actuel. La seconde: tenter l’aventure Le Pen. La première voie est connue et pour beaucoup laisse un souvenir mitigé voire cruel. La répression des gilets jaunes, au nombre desquels figuraient de nombreux “Insoumis”, a marqué les corps et les esprits. Le président Macron a en outre ­cultivé, parfois malgré lui, l’image d’un homme détaché des réalités, hors sol, éloigné du peuple. A contrario, la candidate du Rassemblement National incarne, en dépit de son éducation très bourgeoise – elle est née à Neuilly et a grandi à Saint-Cloud -, une femme proche des gens, qui aime les chats et ne rechigne pas à boire une bière en tapant la discute lors du marché dominical. Sauf qu’une présidence Le Pen plongerait nos voisins français dans la tempête.

Socialement d’abord. Le référendum sur la “priorité nationale”, promis dans les semaines qui suivraient son élection, annonce de vives tensions. Institutionnaliser la discrimination entre Français et étrangers bouleverserait les fondements de l’État de droit. Quand un État ne ­respecte plus ses fondements, que peut-on attendre de ses citoyens? La loi sur l’interdiction pure et simple du port du voile, seul signe convictionnel visé, promet également son lot de troubles. Tempête économique ensuite. Même si elle table sur 16 milliards d’économies par an consécutives à l’arrêt des prestations sociales envers les “étrangers”, la “TVA à 0 % sur 100 produits”, sa mesure phare de soutien au pouvoir d’achat coûterait déjà près de 23 milliards. Tempête environnementale aussi. Marine Le Pen annonce le démantèlement des éoliennes existantes et un moratoire sur les panneaux solaires pour une transition vers le tout nucléaire. Tempête internationale, enfin. En défendant un “rapprochement” entre l’Otan et la Russie de Vladimir Poutine, elle commence à dérouler un tapis rouge à ce dernier. Avec quelles conséquences? De nouvelles lubies guerrières de l’occupant du Kremlin? L’aventure Le Pen, c’est cela.

Macron

© BelgaImage

Tempête Macron

Même si c’est celui d’Emmanuel Macron, le visage qui apparaîtra dimanche à 20 heures sur les chaînes françaises sera peut-être aussi annonciateur de tempêtes. Les partisans des gilets jaunes ont en majorité voté en faveur de Marine Le Pen au ­premier tour de l’élection présidentielle (41 %), en deuxième position, vient Jean-Luc Mélenchon (24 %). Le président sortant, qui ne recueillerait que 11 % de leurs suffrages, pourrait bien devoir faire face à une forte renaissance du mouvement social en cas de réélection.

Reports mouvants

La moyenne des sondages pour ce deuxième tour donne 53 % – 47 % en faveur d’Emmanuel Macron. Un score bien plus serré qu’en 2017 (67 % – 33 %). Les enquêtes montrent une grande volatilité des reports de voix des “Insoumis”. D’abord de l’ordre de “trois tiers” (un tiers Le Pen, un tiers Macron, un tiers ­abstention), les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen ont ensuite baissé à 18 % pour remonter à 21 %. Avec une abstention atteignant 45 %. Beaucoup d’électeurs se décideront vraisemblablement au dernier moment.

Débat crucial

Une enquête sortie juste après le débat de 2017 entre Marine Le Pen, mal préparée, et Emmanuel Macron avait attesté de l’ascendant pris par celui-ci sur sa concurrente: 63 % des téléspectateurs avaient trouvé Emmanuel Macron plus ­convaincant. Le débat d’entre-deux-tours a la réputation de ne jamais renverser la tendance. Cependant, il pourrait renforcer Marine Le Pen si celle-ci profitait déjà d’une courbe ascendante et que les deux candidats se rapprochaient dans les sondages.

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