Présidentielle française: ce qu’il faut retenir de ce premier tour

Le premier tour des élections présidentielles françaises a acté la qualification de deux finalistes attendus: Macron et Le Pen. Et quelques autres nouveautés également.

Emmanuel Macron à Marine Le Pen
Illustration du second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen @BelgaImage

Cela n’a pas été la catastrophe abstentionniste redoutée. On annonçait 30 voire 35% d’abstention, on en a 26%, soit 3% de plus que lors de la précédente élection. Ni un désastre électoral, ni un succès démocratique. Un "entre deux". Si la mobilisation des citoyens français pour l’échéance électorale la plus importante de la République française n’a pas sonné le "rejet citoyen" annoncé par certains, il est des réalités qui viennent néanmoins étayer l’état d’un malaise certain.

Les extrêmes au sommet, les partis traditionnels terrassés

Avant tout parce que même si le Président Macron a viré en tête du premier tour avec près de 28%, la majorité des suffrages exprimés pointe un état de fait. Marine Le Pen, Jean Luc Mélenchon et Eric Zemmour totalisent, en effet, à eux trois plus de 52%. Les extrêmes sont en France, majoritaires. Entre 2017 et 2022, si Emmanuel Macron a amélioré son score de 4%, son action a également accru les scores de l’extrême droite et de l’extrême gauche.

Avec comme corolaire la disparition de ce qu’il était convenu d’appeler la "droite" et la "gauche" de gouvernement. Les Républicains qui faisaient encore plus de 20% avec François Fillon en 2017, n’atteignent avec Valérie Pécresse même plus le seuil fatidique des 5%; seuil à partir duquel les dépenses électorales engagées par les candidats sont remboursées. La situation est encore plus dramatique pour le Parti Socialiste dont la candidate Anne Hidalgo passe sous la barre des 2%. Une gifle pour les deux formations qui ont dirigé, tour à tour le pays pendant près de 50 ans.

Entre deux élections chacun aura, aussi, remarqué la montée du "bloc national", un euphémisme pour décrire l’extrême droite française. Zemmour, Le Pen et Dupont-Aignan constituent à eux trois la première famille politique de France. Avec 33% au premier tour de 2022, ils font ensemble autant que le score de Marine Le Pen au second tour de 2017. La candidate de Rassemblement National aborde ainsi le duel à venir face à son adversaire dans de bien meilleures conditions qu’en 2017.

C’est probablement face à cet état de fait que Jean-Luc Mélenchon a été beaucoup plus clair dans ses consignes de vote. Car tout l’enjeu de cet entre-deux tours réside dans le report des voix. Avec 22% des suffrages, le candidat de la France Insoumise représente le réservoir de voix le plus important qui pourrait se déverser entre deux finalistes. Or la colère est forte dans le camp insoumis. Près de 10% de ceux-ci avaient en 2017 voté Le Pen au second tour. Les "gilets jaunes" durement réprimés par la Présidence Macron ont décuplé cette colère. Jean Luc Mélenchon en est conscient. Si ses supporters s’abstiennent massivement le 24 avril prochain, le socle de 33% de l’extrême droite, mécaniquement, passe à 42 ou 43%. Et si un certain nombre d’entre eux – 10 ou 20%? – choisissent par détestation du Président Macron de voter Le Pen, la victoire de celle-ci est envisageable. Ce n’est pas un hasard si Mélenchon a répété par quatre fois "Pas une voix à l’extrême droite". Entre deux maux, le tribun a choisi.

Mélenchon

© BelgaImage

Réserve de voix

En 2017, le " droite et la gauche de gouvernement " totalisaient 26,5% des voix du 1er tour. Cinq ans plus tard, 6,5%. Les électeurs socialistes avaient massivement voté pour Macron au second tour mais ceux de LR avaient voté à 20% pour Marine Le Pen. Cette "réserve" n’existe désormais plus.

Projection second tour

De nombreuses estimations donnent le président sortant vainqueur au second tour le 24 avril prochain. Cependant, l’absence de réserves de voix évidentes – que vont faire, en définitive, les électeurs – notamment "Les Insoumis" dans l’isoloir? – corrobore le sondage LCI/TF1 proposé durant la soirée électorale de ce 10 avril : 49%-51% en faveur du Président. Avec la marge d’erreur, tout semble possible.

Écologie balayée

Le candidat écologiste Yannick Jadot n’atteint pas les 5%. L’appel immédiat lors de son discours de défaite à la générosité financière de ses supporters traduit la grande fragilité d’ Europe Écologie-Les Verts. Qui a d’ors et déjà changé son site. Il n’y s’agit pas de sauver la biodiversité mais bien de sauver l’écologie par une "souscription exceptionnelle".

L’inquiétude

"Si Macron ne fait pas d’urgence un geste social fort, alors son arrogance peut lui faire perdre un second tour contre Le Pen". Thomas Piketty, économiste proche du Parti socialiste.

Sur le même sujet
Plus d'actualité