Présidentielle française: les propositions à reproduire en Belgique

La bataille de l’Élysée est éclipsée par la guerre en Ukraine. Mais certaines propositions des candidats au premier tour du scrutin de ce 10 avril pourraient nous inspirer. Ou pas.

affiches des candidats à la présidentielle française
© BelgaImage

Certains jeunes sexagénaires belges, pressés d’aller biner leur potager ou lire les piles d’ouvrages jamais ouverts qui meublent leur bibliothèque, ­doivent regarder la campagne présidentielle française avec une certaine nostalgie. Chez nous, l’âge légal de départ à la retraite sera bientôt fixé à 66, puis à 67 ans. Chez nos voisins, il est encore fixé à 62 ans. Emmanuel Macron voudrait le ­porter à 65 ans. Mais d’autres, comme François Roussel (Parti communiste français), Jean-Luc Mélenchon (France insoumise), Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste) ou Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) proposent, eux, de l’avancer à 60 ans. Ne rêvons pas, sur ce terrain-là, ce qui se décide à Paris ne fera pas reculer Bruxelles. Cela dit, certaines propositions – on dit bien certaines – mériteraient peut-être qu’on s’y attarde chez nous.

Impôt sur la fortune

Absent en Belgique, son retour en France est souhaité par tous les candidats. De Jean Lassalle (Résistons) qui veut rétablir l’ISF tel quel jusqu’à Nathalie Arthaud qui veut en plus “exproprier les grandes fortunes”, en passant par Marine Le Pen (Rassemblement national) qui veut taxer les for­tunes financières, les douze candidats se pro­noncent à un degré ou à un autre pour l’ISF. Tous sauf Emmanuel Macron qui l’a supprimé au début de son quinquennat.

Minima sociaux

Dans notre pays, le Revenu d’intégration sociale s’élève pour un isolé à 1.094 euros et est accessible à partir de 18 ans. Son équivalent français, le RSA est de 565 euros et accessible aux plus de 25 ans. Sur ce point, c’est donc les Français qui pourraient nous envier. Nathalie Arthaud veut porter ce montant à 2.000 euros, Jean-Luc Mélenchon à 1.063 euros (soit le seuil de pauvreté), Fabien Roussel veut l’ouvrir aux moins de 25 ans, Yannick Jadot (Europe Écologie Les Verts) veut que soit versée automatiquement une aide garantissant que personne ne vive avec moins de 918 euros par mois, Anne Hidalgo (Parti socialiste) est imprécise sur le sujet, Emmanuel Macron veut conditionner son versement à 15 à 20 heures “d’activité”. Valérie Pécresse (Les Républicains) formule la même ­proposition que Macron sans plus de précision sur la nature de “l’activité”. Si Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) précise qu’il s’agira de travaux d’intérêt général, Éric Zemmour affirme, lui, qu’il supprimera les minima sociaux pour les étrangers (hors UE).

Macron en campagne présidentielle

Emmanuel Macron
est donné gagnant pour un second mandat. © BelgaImage

Revalorisation du métier d’enseignant

Caroline Désir, notre ministre de l’Enseignement, a douché les espoirs d’augmentation en février dernier: “On ne peut pas travailler sur tous les fronts”. Chez nos voisins, c’est tout l’inverse. Belle unanimité sur la revalorisation des salaires des enseignants: de 3 % par an chaque année ou de 15, 20, 30 à 33 % immédiatement. Unanimité également pour la revalorisation des métiers de la santé.

Nucléaire

La Belgique vient d’entériner dans la douleur et en catastrophe son prolongement. Chez nos voisins, le nucléaire déclenche moins de passions. L’écologiste Yannick Jadot prône une “sortie responsable” du nucléaire, en ne construisant pas de nouvelles ­centrales et en arrêtant, d’ici 2035, dix réacteurs nucléaires sur… 58. Le plus radical est Philippe Poutou qui veut sortir du nucléaire “dans 10 ans”, loin d’Anne Hidalgo qui parle d’utiliser le ­nucléaire comme “énergie de transition”, mais sans calendrier, tout comme Jean-Luc Mélenchon qui reste sur une très prudente “planification de sortie” sans date butoir. Les autres candidats sont – peu ou prou – pro-nucléaire. Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Éric Zemmour voulant construire respectivement trois, six et quatorze nouveaux réacteurs.

Modulation de la TVA

Pour atténuer la hausse des prix en général, et de l’énergie en particulier, neuf des douze candidats proposent de baisser, voire de supprimer, la TVA sur certains biens. Si Nathalie Arthaud et Philippe Poutou veulent sa suppression pure et simple, Nicolas Dupont-Aignan, lui, veut supprimer la TVA sur les carburants, les honoraires d’avocat, les travaux de logement de personnes âgées et les ­protections féminines.

Droit d’asile

Sammy Mahdi, le ministre de l’Asile et de la Migration gère l’accueil avec des différences manifestes de traitement entre les réfugiés européens et les autres. Mais la France ne fait pas mieux et les positions en la matière y sont conformes au clivage ­gauche/droite. À gauche, cela va de la tiède “poli­tique d’immigration apaisée” d’Anne Hidalgo à la liberté de circulation des migrants de Philippe ­Poutou et de Nathalie Arthaud en passant par la régularisation des sans-papiers de Yannick Jadot. À droite, on parle “quotas” chez Valérie Pécresse, de “s’affranchir des conventions européennes sur l’immigration” chez Dupont-Aignan, d’“interdiction des régularisations” chez Marine Le Pen et de “renvoi de tous les étrangers indésirables” chez Zemmour. Avec, comme pivot, le “durcissement de l’accès aux titres de séjour” d’Emmanuel Macron.

Lutte contre le terrorisme

La plupart des propositions des candidats sont construites sur l’accroissement des moyens dévolus aux services de renseignement, l’expulsion des personnes “fichées S” ou l’interdiction de la diffusion de “l’idéologie islamiste”. Une proposition sort tout de même du lot. Nicolas Dupont-Aignan se prononce sur l’établissement d’un bagne réservé aux condamnés pour des faits de terrorisme sur les îles subantarctiques de Kerguelen. Ces possessions françaises sont situées à 3.000 kilomètres au sud de Madagascar, terre habitée la plus proche.

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