Massacre de Boutcha: ces images satellite contredisent la version russe

Les images des rues jonchées de cadavres à Boutcha, dans la banlieue de Kiev, ont choqué la communauté internationale. La Russie a nié sa responsabilité, expliquant que les corps avaient été placés après le départ de ses troupes. Une version démontée par des images satellite.

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Image satellite de la ville de Boutcha, le 31 mars @BELGAIMAGE

Des maisons éventrées, des carcasses de voitures calcinées, et surtout, surtout, des dizaines (au moins) de corps de civils gisant dans les rues ou dans une fosse commune : à Boutcha, la victoire de l’Ukraine ne pourrait pas avoir de goût plus amer. En battant en retraite pour se concentrer "sur la libération du Donbass", les forces russes ont révélé l’ampleur de la dévastation.

En visite lundi dans cette petite localité du nord-ouest de Kiev, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a dénoncé des "crimes de guerre" et évoqué un "génocide". La communauté internationale n’a pas tardé à condamner ces "atrocités", pour reprendre le terme du président du Conseil européen, Charles Michel.

De son côté, la Russie a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU à propos de ce qu’elle qualifie de "provocations des radicaux ukrainiens ". Le Kremlin parle de "canular (sic)", qui ne serait rien d’autre qu’une mise en scène ; les corps auraient ainsi été placés par l’Ukraine après le retrait des forces russes de Boutcha aux alentours du 30 mars…

Une version démontée par une analyse des vidéos et des images satellites de la ville. Lundi soir, le New York Times a publié une enquête se basant notamment sur les photos fournies par l’entreprise d’imagerie spatiale Maxar. Une première série de clichés datent du 28 février, aux premiers jours de la guerre.

En 15 jours, les formes humaines visibles depuis le ciel n’ont pas bougé

Une seconde série date du 19 mars, en pleine offensive russe. Sur les photos satellites du 19 mars, le quotidien américain a pu repérer des formes sombres, de la taille d’un être humain. Le NYT a ensuite recoupé ces images avec une vidéo filmée le 1er avril (attention, le tweet ci-dessous montre des images violentes susceptibles d’heurter la sensibilité) dans les rues de Boutcha, (soit après le départ des Russes), montrant que ces formes se trouvaient exactement à l’emplacement des cadavres figurant sur les images filmées le 1er avril.

D’autres éléments présents sur les photos, comme des épaves de voitures en bord de route, coïncidaient également. Le quotidien s’est aussi appuyé sur des images satellites du 21 mars, et les a comparées avec d’autres vidéos tournées après la libération de Boutcha. Là-aussi, les images avant/après correspondaient.

Pendant près de quinze jours, les formes humaines visibles depuis l’espace n’ont pas bougé, ce qui permet au NYT d’affirmer que de nombreux civils ont été tués alors que la ville était encore sous contrôle russe. Le journal indique que si les causes de ces décès ne peuvent être déduites à partir des images satellites, celles montrent "certains corps […]à côté de ce qui semble être le cratère d’un impact, d’autres […] près de voitures ou de vélos abandonnés".

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