Viktor Orban en cinq dates

Le controversé Premier ministre hongrois est en quête d'un quatrième mandat d'affilée. En face, l'opposition s'est unie de la gauche à l'extrême droite pour lui barrer la route. Par sûr que cela suffise...

Viktor Orban en meeting
Belga

Qui est Viktor Orban, ce chef d’Etat " illibéral " qui donne des sueurs froides à l’Union européenne lors de chaque sommet des 27 ? Ce dimanche, la Hongrie se rend aux urnes. L’opposition est unifiée pour empêcher le lider maximus d’engranger un quatrième mandat. Mais malgré la corruption qui mine l’Etat et les accointances avec Poutine, le Premier ministre reste très populaire dans son pays. Voici comment mieux comprendre le cas Orban en cinq dates.

1988 : militant anticommuniste

C’est en tant que leader étudiant lors de manifestations anticommunistes que Viktor Orban se fait un nom. Nous sommes à la fin des années 80. Personne ne le sait encore, mais le rideau de fer s’apprête à tomber. La Hongrie sera le premier pays à se libérer du joug soviétique.

En 1988, le Parti Fidesz est créé, d’obédience démocrate-chrétien (le PSC hongrois, en somme) et farouchement anti-communiste. Viktor Orban a alors 25 ans et il ne faudra pas cinq ans pour qu’il prenne la tête du parti. En 1998, la droite remporte les élections et il devient Premier ministre. Poste qu’il devra quitter quatre ans plus tard, mais auquel il a pris goût.

2010 : majorité absolue et virage autoritaire

Après huit ans dans l’opposition, Viktor Orban gagne les élections législatives de 2010 avec la majorité absolue et les deux-tiers des sièges à l’assemblée. Ce qui lui laisse les coudées franches pour étaler son pouvoir sur tous les pans de la société hongroise.

A peine arrivé au pouvoir, il révise la Constitution, gravant dans le marbre les valeurs hongroises du " christianisme " et de " la famille traditionnelle ". Ce qui annonce de bien difficiles années pour les musulmans et membres de la communauté LGBTQI+.

Dans le même temps, Orban installe la présence des membres du Fidesz dans toutes les institutions, la justice passe sous l’emprise du gouvernement, tout comme la banque centrale. Quant à la presse, elle doit désormais répondre à une " autorité des médias " qui peut sanctionner tout organe en cas de diffusion d’information qui " manque de nuances ".

Ces réformes autoritaires qui mettent à mal la division des pouvoirs alarment l’Union européenne et les Etats-Unis quant à " la situation de la démocratie en Hongrie ".

2015 : rideau de fer contre les migrants

Alors que surgit ce qu’on a appelé la " crise des migrants " en Europe, Viktor Orban répond de manière cinglante : pas question de prendre sa part comme le demandait l’Union. Au contraire, le Premier ministre hongrois renforce sa politique anti-migration en construisant une clôture de plusieurs centaines de kilomètres aux frontières serbes et croates.

Pour Orban, les migrants sont une menace de " dissolution de l’identité hongroise et européenne ". En 2016, il propose un référendum sur la question de la répartition des réfugiés voulue par l’Europe. Durant la campagne, les affiches assimilent les migrants à des terroristes. Le " non " à l’immigration l’emporte, mais la participation est trop faible pour prendre le vote en compte. Quoi qu’il en soit, Orban a bien fait savoir son point de vue sur la question des étrangers : ils ne sont pas le bienvenu en Hongrie.

2017 : Viktor, Vladimir et Visegrad

Orban ne cache pas son admiration pour Poutine. En 2017, il accueille deux fois le chef d’Etat russe, dit ouvertement que le système de " démocratie illibérale " russe est un modèle pour la Hongrie et en profite pour acheter un peu plus de gaz à Vladimir dont elle est dépendante à… 100%. Par ailleurs, durant la pandémie, la Hongrie avait été le seul pays de l’Union (avec la Slovaquie) à acheter le vaccin russe Sputnik V.

Dans le même temps, Orban pousse ses pions au sein de l’Union européenne. Sa vision de l’Union étant : donnez-nous les fonds et ne vous occupez pas de nos affaires ! A savoir la mise à mal de l’Etat de droit en Hongrie, la corruption et les droits de l’homme… Pour se faire, Orban reconstitue une division Est-Ouest au sein de l’Union avec le groupe de Visegrad qui comprend aussi la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque, anciens satellites soviétiques quelque peu eurosceptiques.

2022 : la guerre en Ukraine, et après ?

Face à la guerre en Ukraine, soit à sa frontière est, il est difficile de suivre Viktor Orban. Quelques jours seulement avant l’invasion, il posait fièrement avec son ami Vladimir qui lui expliquait qu’il reconnaissait l’indépendance du Donbass. Après l’invasion russe, Orban, d’autant plus surpris que Vlad lui avait semble-t-il caché ses intentions, s’est rangé corps et âme du côté européen : sanctions économiques, renforcement de la défense intégrée, accueil des réfugiés. Orban se souvient-il pourquoi il est entré en politique ? Ses premiers combats face à l’impérialisme soviétique ? A voir…

Alors que les élections approchaient, le chef d’Etat hongrois a pris une position plus nuancée sur la guerre en Ukraine – une position qui diffère de celle de ses (anciens?) alliés polonais : accueil des réfugiés au compte-goutte, non à la livraison d’armes à l’Ukraine et non au boycott du gaz russe.

Tout récemment, sans doute pour mieux se démarquer de l’opposition hongroise qui s’est positionnée sur un front pro-ukrainien, il a lancé à la foule de ses sympathisants que la guerre en Ukraine n’était pas celle de la Hongrie : " Nous devons rester en dehors de cette guerre. Les guerres ne sont pas menées pour nous et ne sont pas dans notre intérêt ". Et dans un nouveau repli nationaliste, il a ajouté : " Parfois l’une (des grandes puissances) veut nous pousser au front, parfois une autre. Quand il s’agit de leurs intérêts, ils nous sacrifient ".

Viktor Orban est-il parti pour un quatrième mandat ? Il reste favori, même si les sondages annoncent des résultats serrés. L’opposition craint par ailleurs des irrégularités lors du scrutin. L’OSCE enverra un nombre " massif " d’observateurs pour vérifier du bon déroulement du vote. Du jamais vu dans un pays de l’Union européenne.

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