Présidentielle française: le "McKinseyGate", la polémique qui gêne Macron

Sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, le recours au cabinet de conseil McKinsey a explosé. Or la firme américaine n’aurait plus payé d’impôts en France depuis une décennie... L’affaire embarrasse le Président-candidat, alors qu’à 8 jours du premier tour de l’élection, son avance sur Marine Le Pen diminue.

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Emmanuel Macron, en campagne le 31 mars à Fouras (sud-ouest) @BELGAIMAGE

Il en faudra sans doute plus pour empêcher Emmanuel Macron de terminer en tête à l’issue du 1er tour du scrutin. Reste que pour la première fois dans une campagne mise en sourdine par la guerre en Ukraine, le président sortant apparaît sur la défensive. En meeting samedi devant 35.000 personnes à l’Arena de Nanterre, le candidat LREM aura à cœur de reprendre son élan.

La publication à la mi-mars d’un rapport du Sénat français a en effet donné du grain à moudre à ses adversaires dans la course à l’Elysée. Durant le quinquennat, les budgets alloués aux cabinets de conseil ont plus que doublé. Gestion des masques et campagne vaccinale durant la pandémie, aides aux logements, réforme des retraites… les missions confiées aux cabinets de conseil par l’Etat français concernaient des sujets sensibles.

Macron, président des riches

Rien que pour l’année 2021, le gouvernement a dépensé 893,9 millions d’euros en rapports divers. Si Nicolas Sarkozy et François Hollande y avaient également recours en leur temps, ces cabinets ont depuis pénétré tous les niveaux de pouvoir, de l’Etat central aux collectivités territoriales. Le rapport sénatorial évoque d’ailleurs une mainmise "tentaculaire" et une "dépendance" de l’appareil d’Etat vis-à-vis de ces firmes.

Parmi lesquelles l’entreprise américaine McKinsey, grassement payée par le contribuable, mais qui n’aurait plus payé d’impôts sur les bénéfices des sociétés en France depuis dix ans. Rien de forcément illégal là-dessus : il existe en effet des mécanismes d’optimisation fiscale qui permettent aux multinationales de réduire leurs impôts en toute légalité. Mais l’affaire vient toutefois renforcer cette image de  " président des riches" dont Emmanuel Macron a bien du mal à se débarrasser depuis cinq ans.

Pour la Macronie, le "McKinseyGate" tombe d’autant plus mal que si le cabinet de conseil n’a pas joué de rôle officiel dans la campagne du candidat Macron en 2017, plusieurs consultants ou "ex" de McKinsey s’y sont investis sur leur temps libre, comme l’explique Le Monde. Et après la victoire, certains consultants ont décroché des postes au sein de la République en Marche ou dans des ministères.

Pas de " combines "

On a l’impression qu’il y a des combines, mais c’est faux ", s’est défendu Emmanuel Macron. " Aucun contrat n’est passé dans la République sans qu’il respecte la règle des marchés publics. Que quiconque a la preuve qu’il y a manipulation mette le contrat en cause au pénal " a répondu le président.

Deux ministres Olivier Dussopt (Budget) et Amélie de Montchalin (Transformation et Fonction Publique), ont ensuite été envoyés au front pour déminer ce sujet hautement sensible. Le recours aux cabinets de conseil est " habituel et utile ", ont-ils expliqué mercredi soir en conférence de presse. Le cabinet McKinsey représente 5% des dépenses de conseil en stratégie de l’État, a détaillé M. Dussopt. Et le gouvernement représente de son côté 5% du chiffre d’affaires de McKinsey, a-t-il détaillé.

La situation fiscale de McKinsey est protégée par le secret fiscal, nos services ont diligenté une opération de contrôle à la fin de l’année 2021″, a ajouté Olivier Dussopt, en se refusant à commenter l’issue ou les conséquences possibles du contrôle.

L’écart se resserre

Cette semaine, Emmanuel Macron était donné en tête au premier tour, avec 28% des intentions de vote (+0,5 point). La dynamique ascendante de Marine Le Pen se confirmerait, à (21%, +1 point). Seul Jean-Luc Mélenchon semble encore en mesure d’empêcher la candidate d’extrême-droite de passer au secours tour (15,5%, +0,5 point), même si la marche paraît tout de même trop importante.

En cas de deuxième tour Macron/Le Pen, le chef de l’Etat sortant l’emporterait, même si son avance diminue à 52,5% face à 47,5%. En 2017, Emmanuel Macron avait rassemblé 66,1% des suffrages exprimés, son adversaire, 33,9%. Bien qu’improbable, le scénario qui verrait la France basculée à l’extrême-droite n’est plus tout à fait impossible…

 

 

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