Quelle est l’origine du poisson d’avril?

L'histoire du poisson d'avril est encore débattue mais il est souvent admis que ses origines se retrouvent au XVIe siècle, dans un contexte particulier.

Illustration du poisson d'avril
Illustration du poisson d’avril, à Thionville le 29 mars 2007 @BelgaImage

Ce vendredi, peut-être avez-vous été victime d’un poisson d’avril, que ce soit via vos amis, la presse, etc. Même à l’étranger, vous n’êtes pas à l’abri. En Italie, on fait aussi des "pesci d’aprile". Dans les pays hispanophones, c’est le jour des "bromas" (blagues), tout comme dans ceux germanophones qui fêtent le jour des "Scherze" (plaisanteries). Plus sérieux, les lusophones font des "mentiras" (mensonges). Quant aux Anglo-Saxons, ils ne manqueront pas de vous piéger lors de leur "April Fool’s Day" (le jour du fou d’avril). Le 1er avril est donc une tradition répandue mais d’où vient-elle? La question est simple, la réponse beaucoup moins. 

Quand le Nouvel-An se fêtait au début du printemps

Comme l’avoue à France Culture l’historienne des fêtes Nadine Cretin, spécialisée en anthropologie religieuse, l’origine précise du poisson d’avril reste assez énigmatique, même si une hypothèse est privilégiée. Pour comprendre l’histoire de cette blague, il faudrait remonter à la signification du 1er avril lors du Moyen-Âge. 

À l’époque, chaque région d’Europe fêtait le Nouvel-An à un moment différent et la plupart du temps, ce n’était pas le 1er janvier. À Liège, Namur et dans le Hainaut par exemple, cela a changé plusieurs fois. C’était d’abord souvent à Noël, puis de plus en plus vers Pâques. En Flandre aussi, Pâques serait de référence, ce qui posait d’ailleurs problème vu que cette date fluctue d’année en année. Ailleurs, c’était parfois le 25 mars, jour de l’Annonciation, comme dans certaines régions de France (Aquitaine, Normandie, etc.) et dans les îles britanniques. Bref, un joyeux puzzle! Mais dans un grand nombre de cas, le jour de l’An tombait en effet aux environs du 1er avril (même si c’était rarement ce jour-là précisément). 

Au XVIe siècle, les États se centralisent de plus en plus et décident de mettre un peu d’ordre. Un par un, ils adoptent le 1er janvier, fête de la Circoncision de Jésus, comme nouveau repère. Au milieu du Siècle, le Saint-Empire romain germanique franchit le pas, puis l’Espagne et le Portugal en 1556. En France, Charles IX fait de même avec l’Édit de Roussillon en 1564. Dans les Pays-Bas méridionaux (c’est-à-dire grosso modo la Belgique et le Luxembourg d’aujourd’hui), le gouverneur espagnol Luis de Requesens y Zúñiga suit le mouvement en 1575 pour une application dès 1576. L’Église enfonce le clou avec son calendrier grégorien adopté en 1582 par Grégoire XIII. 

Le 1er avril devenu synonyme de blague

Résultat: la période qui tourne autour du 1er avril se retrouve orpheline lorsque Pâques tombe à un autre moment. Selon l’hypothèse dominante, une coutume se serait alors mise en place. Lors du Nouvel-An, les gens s’offraient des cadeaux dénommées "étrennes". En souvenir des anciennes dates du jour de l’An, les Européens auraient commencé à faire de "fausses étrennes" à peu près au moment du 1er avril. Cela est d’autant plus probable que l’Église pratiquait déjà des "rires libérateurs" à Pâques, avec des blagues du prêtre. Parfois, ces "fausses étrennes" pouvaient se faire avec un ton moqueur, pour dénigrer ceux qui refusaient de se conformer à la règle du 1er janvier. Précisons d’ailleurs que le calendrier grégorien n’a été adopté que très tardivement par certains pays. Le Royaume-Uni par exemple n’a troqué son 25 mars contre le 1er janvier qu’en 1752!

Malgré tout, le doute subsiste sur cette origine. Un poète flamand, Eduard de Dene, évoquait par exemple déjà en 1561 le cas d’un noble qui envoyait ses serviteurs faire des courses insensées le 1er avril. À l’époque, ni les Pays-Bas méridionaux, ni la France n’avaient adopté le 1er janvier comme jour de l’An. Est-ce que cette histoire montre que les blagues du 1er avril étaient déjà répandues avant? On ne sait pas. Outre-Manche, l’"April Fool’s Day" apparaît déjà à la fin du XVIIe siècle, des décennies avant que le Nouvel-An n’y soit fixé au 1er janvier. Cette tradition aurait-elle été importée du continent? Mystère.

Un poisson bien mystérieux

Mais tout ça ne répond pas à une autre question: d’où vient l’expression "poisson d’avril"? Ici, les origines sont encore plus floues. La première fois qu’elle apparaît, c’est en 1466, mais elle revêt un sens totalement différent à celui d’aujourd’hui. Le poète Pierre Michault note alors qu’il s’agit d’un "entremetteur, intermédiaire, jeune garçon chargé de porter les lettres d’amour de son maître". Ce n’est qu’en 1718 que le (vrai) poisson d’avril apparaît dans le Dictionnaire de l’Académie française. "Donner un poisson d’avril" revenait alors à "obliger quelqu’un à faire quelque démarche inutile pour avoir lieu de se moquer de lui".

L’origine n’est donc pas récente mais pourquoi parler de poissons? De multiples théories existent. Nadine Cretin évoque notamment le fait que le début avril correspondait au début du carême, c’est-à-dire aux 40 jours de jeûne où on se privait de viande pour manger du poisson à la place. Autre hypothèse: ce serait une référence à la Passion du Christ, célébrée début avril, et le mot "passion" se serait transformé en "poisson". Le poisson est d’ailleurs un des plus vieux signes chrétiens, connu sous le surnom d’Ichthus. Il s’agit aussi du signe du zodiaque parfois célébré autour du 1er avril.

Les historiens pointent également une possible origine sémantique, des noms de poissons étant à l’époque associés à l’amour et à l’humour (comme maquereau, morue). Le mot "vieille" désignait aussi bien une personne âgée, un labre (un poisson) ou encore le carême. Enfin, il existe des thèses plus farfelues, comme celle d’un prince de Lorraine qui se serait échappé du château de Nancy en traversant la Meurthe à la nage un 1er avril.

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