Ketanji Brown Jackson, la première Afro-Américaine aux portes de la Cour suprême

La juge choisie par Joe Biden pour devenir la première femme noire à intégrer la Cour suprême des Etats-Unis a dû affronter les attaques de l’opposition républicaine, lors de son audition au Sénat.

Etats-Unis Ketanji Brown Jackson Cour suprême démocrates républicains femme afro-américain
Ketanji Brown Jackson, le 23 mars, devant la Commission des affaires juridiques du Sénat @BELGAIMAGE

24 heures, cumulées de lundi à jeudi : c’est un entretien d’embauche particulièrement long qu’a passé Ketanji Brown Jackson, juge fédérale à la cour d’appel du district de Columbia. Le 25 février, Joe Biden avait présenté cette femme de 51 ans comme la remplaçante du juge Stephen Breyer, à l’instance suprême du troisième pouvoir américain.

Elle devrait être la première Afro-Américaine à y siéger ; sur un total de 115 juges qui s’y sont succédés en 232 ans, la Cour suprême n’a d’ailleurs compté que deux hommes de couleur noire, Thurgood Marshall, entre 1967 à 1991, et Clarence Thomas, depuis 1991. Les dirigeants du Parti républicain (le parti détient la moitié des sièges au Sénat) l’avaient promis : ils considéreraient la candidature de Ketanji Brown Jackson avec bienveillance, dans le cadre d’un examen " rigoureux et exhaustif ". Rigoureux ? Cela reste à voir. Mais exhaustif, oui, il l’a été.

Durant son audition, l’Afro-Américaine a eu à répondre à 642 questions. Et a essuyé les assauts de plusieurs sénateurs ultraconservateurs. Qui l’ont interrogé sur quelques-unes des obsessions républicaines, comme lorsque le sénateur Ted Cruz a demandé à la juge Brown Jackson :  " Qu’est-ce qu’une femme ? ", espérant l’amener sur le terrain glissant de la participation des athlètes transgenres à des compétitions sportives féminines.

Une Cour qui penche résolument du côté des conservateurs

Les sénateurs républicains ont également accusé Ketanji Brown Jackson de s’être montrée laxiste sur des dossiers de pédopornographie, ce que les démocrates ont réfuté, chiffres à l’appui. Dix Républicains ont réclamé une suspension du processus de confirmation ; le chef de la commission, le démocrate Dick Durbin, n’a pas cédé et a fixé au 4 avril la date du vote de la commission. Le Sénat dans son entièreté se prononcera dans les jours suivants.

Si elle est adoubée, la juge Jackson sera la quatrième femme sur les neuf membres de la Cour suprême, une proportion encore impensable il y a quelques années. Née à Washington, en septembre 1970, Ketanji Brown a grandi à Miami (Floride) dans un foyer d’enseignants du public. Brillante élève au lycée Palmetto (qui a aussi vu passer Jeff Bezos), Ketanji Brown a notamment officié comme avocat commis d’office après ses études de droit ; elle fût également juge au tribunal fédéral de Washington.

Malgré les efforts déployés par le Grand Old party (G.O.P) pour retourner quelques sénateurs démocrates tels que le centriste Joe Manchin, Ketanji Brown Jackson devrait être, sauf accident, élue début avril. Avec deux autres juges démocrates, elle aura toutefois beaucoup de mal à peser au sein d’une Cour suprême où siègent six Républicains. Sur des questions aussi importantes que celles de l’avortement, du port d’arme, des discriminations raciales ou du mariage homosexuel, la balance risque donc de pencher encore pendant de longues années du côté des conservateurs.

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité